CRÉPUSCULE. DES PEUPLES
Un Américain se marie dans une usine à gaz monte avec sa femme dans un ballon qui les atte accomplit son Voyage de noces dans les nuages. M « fin de siècle ».
Un attaché d'ambassade chinois publie, sous son des livres spirituels écrits en français. Il négocie av banques au sujet d'iin gros emprunt de son gouyern qt se fait avancer dé fortes sommes sur Taffairç à coc Plus tard il se découvre que lès livresr ont été éçri son secrétaire français et que l'attaché d'ambassad nois a mis dedans les banques. Diplomate « fin de sii
Un élève de quatrième passe avec un camarade ( la prison où son père, un riche banquier, a été enferm sieurs fois pour banqueroute frauduleuse, détourne et autres crimes fructueux. Il montre le bâtiment ami et. dit en souriant : « Voici le lycée de papa >
^ Deux amies de pension de bonne famille c; ensemble. L'une soupire.
« Qu'as-tu? demande l'autre.
— Un gros chagrin* . -^Lequel?
' — J'aime Raoul, et il m'aime.
— - Mais c'est charmant! Il est beau,* Jeune, élégî c'est cela qui t'afflige?
— Ouij mais il n'a rien et n'est rien, et mes p veulent que j'épouse le baron, qui est obèse, cha laid, mais puissamment riche,
— ^ Eh bien ! épouse tranquillement le baron et f faire la. connaissance de Raoul » sotte que tu es » »
Tiseltes « fin de siècle ».
ichantilIoDs font comprendre quel sens on attache dans son pays d'origine. Les niais pasticheurs ds des modes parisiennes, qui emploient « fin de à peu près exclusivement dans le sens de « grii « obscène », mésusent du mot, dans leur grossière 3e. C'est ainsi que, une génération auparavant, par méconnaissance de sa véritable signification, Texpression « demi-monde » en lui donnant le « fille de joie », tandis qu'Alexandre Dumas, son , a voulu désigner par ce mot des personnes dans esquelles existe un point noir et qui, pour cette iont exclues du milieu auquel elles appartiennent aaissance, l'éducation ou la position, mais dont 3 ne révèle pas, du moins à celui qui n'est pas au i chose, qu'elles sont rejetées de leur caste, mière vue, un roi qui vend ses droits de souverain chèque considérable semble avoir peu de ressemvec de nouveaux mariés qui font en ballon leur le noces, et le rapport entre un barnum épiscopal emoiselle bien élevée qui conseille à son amie un d'argent mitigé par un ami de la maison, n'est lédiatement reconnaîssable. Et cependant, tous ces i de siècle » ont un trait commun : le dédain des nces et de la morale traditionnelles, est la conception qui gît au fond du mot « fin de : le détachement pratique de la discipline trans- 1 théoriquement subsiste encore. Pour le débauché, ie le vautrement sans frein, le déchaînement de lans l'homme ; pour le fr-oid égoïste, le mépris de
CRÉPUSCULE DES PEUPLES il
tout égard vis-à-vis ses semblables, le renversement de toutes les barrières enfermant la brutale ambition de l'ar et l'avidité des plaisirs; pour le contempteur du monde, rimpudente mise à nu des instincts et mobiles bas, qu'on avait jadis coutume sinon de supprimer vertueusement, du moins de dissimuler hypocritement; pour le croyant, raffi*anchissement du dogme, la négation du monde supra* sensible, l'adoption du plat phénoménisme ; pour le délicat, désireux d'éprouver des vibrations nerveuses esthétiques, la disparition de l'idéal dans l'art et l'impuissance de celui-ci à provoquer encore des sensations à l'aide des anciennes formes; mais pour tous, la fin d'un ordre de choses qui, pendant une longue suite de siècles, a satisfait la logique, dompté la perversité, et fait mûrir le beau dans tous les arts.
Une période de l'histoire touche manifestement à son terme, et une autre s'annonce. Toutes les traditions sont traversées d'une déchirure, et demain ne semble pas vouloir se rattacher à aujourd'hui; ce qui existe chancelle et s'écroule, et on le laisse s'affaler parce qu'on en est las et que l'on ne croit pas sa conservation digne d'un effort. Les idées qui jusqu'à présent ont dominé les esprits sont mortes ou expulsées comme des rois détrônés; des successeurs légitimes et des usurpateurs se disputent l'héritage. En attendant, l'interrègne existe avec toutes ses horreurs : confusion des pouvoirs, perplexité de la foule privée dé ses chefs, despotisme des forts, surgissement de faux prophètes, naissance de dominations partielles passagères et d'autant. plus tyranuiques. On guette avec impa-r tience ce qui doit venir, sans pnîssenlir de quel côté cela
h FIS DE SIÈCLE
Tiendra et ce que cela sera* Dans le chaos des idéés^ on; espère que l'art renseignera sur l'ordre qui doit succédcn à la confusion. Le poète, le musicien doîvenl annoncer ou deviner, tout au moins laisser pressentir, dans quelles formes la civilisation continuera à se développer. Qu'estce qui demain sera tûoral, sera beau? Demaia que saura-: t-on, à quoi croira-t-on, pour quoi s'enthousiasmera-t-on^ comment jouira-t-on? Telles sont les questions, posées par les mille voix de la foule* Et là où un pitre ouvre uiie boutique et affirme avoir une réponse, où un fou ou un farceur commence soudainement à prq>hétiser en vers ou en prose, en notes ou en couleurs, ou prétend exercer son art autrement que ses prédécesseurs et ses émules, on accourt en masse vers lui, on cherche dans ses productions, comme dans les oracles de la Pythie, à deviner un sens; on essaye de les interpréter, et plus elles sont obscures, insignifiantes, et plus elles paraissent, aux yeui^ des pauvres gobe-mouches affamés dé révélations, renfermer en elles d'avenir, plus avidement, plus passionnément on les commente.
C'est là l'aspect qu'offre, à la rouge lueur du Crépuscule des Peuples, le tourbillon humain. Les nuages fantastiques flamboient au ciel dans la belle rutilançe sinistre qui, à la suite de l'éruption du Erakatoa, fut observée pendant plusieurs années. Sur terre rampent des ambres de plus en plus épaisses qui enveloppent les phénomènes d'une obscurité mystérieuse, détruisant toutes les cerliludes et permettant tous les pressentiments. Les formes perdent leurs conloprs et se dissolvent en remous de browllards. Un ]o4ir est fini, la nuit niouie. Les .vieux