partie, p. 253), que le poète devait « dire à la majorité de ses
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LES SYMBOUSTES
Nous avons vii mainteDant que le symbolisi même que le préraphaélisme anglais auquel il a en quelques-uns de ses mots d'ordre et de ses sent n'est autre chose qu'une forme du mysticisme de nérés débiles et émotifs. Les tentatives de quelqi veurs du mouvement pour introduire un sens balbutiement de ses chefs et prêter à ce mouvem sorte de programme, ne résistent pas un instant à tique, mais s'affirment comme des radotages graph sans le plus petit fonds de vérité et de bon sens. U écrivain français non hostile, assurément, à des tiens raisonnables, M. Hugues Le Roux, caractéi justement le groupe des symbolistes, quand il dit « Ridicules ankylosés, insupportables les uns aux ils vivent incompris du public; plusieurs, de leur quelques-uns, d'eux-mêmes. Poètes ou prosateur procédés sont identiques : plus de sujets, plus d mais des juxtapositions, des mots éclatants, music des attelages de rimes prodigieux, des totaux de ( et de sons imprévus, des bercements, des heu hallucinations et des suggestions provoquées * ».
lecteurs ^e profond Tat twamasiliCeci^c^esi toi!) do sage 1 et « pouvoir répéter à Thomme sain normalement dévelo] le vieux Romain : C'est toi qui es le sujet de la fable! »; très termes, que la. poésie doit être « symbolique » en qu'elle montre des hommes, des destins, des sentiment lois vitales géjnéraux., i. Hugues Le Roux, Pwiraits de cire, Paris, 1891, p. 12S
LE TOLSTOISME
Le comte Léon Tolstoï est devenu, dans ces dernières années, un des écrivains les plus cités et probablement aussi les plus lus de Tunivers. Chacune de ses paroles éveille un écho chez tous les peuples civilisés. Sa forte action sur les contemporaine est indéniable. Mais ce n'est pas une action artistique. On ne Timite pas encore, au moins pour le moment. Il ne s'est formé autour de lui aucune école à la façon des écoles préraphaélite et symboliste. Les écrits déjà très nombreux auxquels il a donné lieu sont explicatifs ou critiques; ce ne sont pas des créations poétiques sur le modèle des siennes. L'influence qu'il exerce sur la manière de penser et de sentir contemporaine est une influence morale qui s'adresse infiniment plus à la grande masse des lecteurs qu'au cercle restreint des ambitieux littéraires cherchant un chef. Ce n'est donc pas une théorie esthétique» mais une concep-
LE TOLSTOISME 237
tien du monde, qu'on peut définir par le nom de tolstoïsme.
Pour démontrer que le tolstoïsme est une aberration intellectuelle, une forme de dégénérescence, il est nécessaire d'examiner critiquement d'abord Tolstoï lui-même, puis le public qui s'enthousiasme pour ses idées.
Tolstoï est à la fois poète et philosophe, cette dernière qualité dans le plus large sens, c'est-à-dire également théologien, moraliste et sociologue. En tant que créateur d'œuvres d'imagination, il occupe une très haute place, bien qu'il n'atteigne pas la valeur de son compatriote Tourgueneff, qu'il semble actuellement avoir fait reculer dans l'estime de la foule. Tolstoï ne possède pas la pondération artistique superbe de Tourgueneff, chez lequel il n'y a jamais un mot de trop, jamais de longueur ni de digressions, et qui, authentique et grandiose créateur d'hommes, plane à la façon d'un Prométhée au-dessus de ses figures, auxquelles il insuffle la vie. Les plus grands admirateurs de Tolstoï eux-mêmes admettent qu'il est prolixe, se perd dans les détails, et ne sait pas toujours dans leur multitude relever avec un goût sûr l'essentiel €t sacrifier ce qui n'est pas indispensable. M. de Vogiié dit, en parlant de La Guerre et la Paix : « L'appellation de roman convient-elle bien à cette œuvre compliquée?... Le fil très simple et très lâche de l'action Tomanesque sert à rattacher des chapitres d'histoire, de politique, de philosophie, empilés pêle-mêle dans cette polygraphie du monde russe... Le plaisir y veut être acheté comme dans les ascensions de montagne; la route est parfois ingrate et dure, on se perd, il faut de l'effort et
Max Nordau. — Dégénérescence. I — 17
de la peine... Les esprits passionnés pour l'histoire ne seront pas sévères à ce fouillis de personnages, à cette succession d'incidents banals qui encombrent Taction. En sera-t-il de même pour ceux qui ne cherchent dans la fiction romanesque qu un divertissement? Ceux-là, Tolstoï va dérouter toutes leurs habitudes. Cet analyste minutieux ignore ou dédaigne la première opération de l'analyse, si naturelle au génie français; nous voulons que le romancier choisisse, qu'il sépare un personnage, un fait, du chaos des êtres et des choses, afin d'étudier isolément l'objet de son choix. Le Russe, dominé par le sentiment de la dépendance universelle, ne se décide pas à trancher les mille liens qui rattachent un homme, une action, une pensée, au train total du monde * ».
M. de Vogué voit les choses remarquablement juste, mais il ne sait pas les interpréter. Il a nettement caractérisé, à son insu, la méthode avec laquelle un dégénéré mystique envisage le monde et en décrit le phénomène. Nous savons que ce qui constitue la particularité de la pensée mystique, c'est le manque d'attention. C'est celle-ci qui, dans le chaos des phénomènes, fait le choix et les groupe de façon qu'ils rendent claire une idée prédominante dans l'esprit de l'observateur. Si elle manque, le tableau du monde apparaît à celui-ci comme un écoulement monotone d'états énigmatiques qui apparaissent et disparaissent sans connexion et restent absolument inexpressifs pour la conscience. Ce fait primordial de la vie psychique, le lecteur doit toujours l'avoir présent à l'esprit. L'homme
i . V»* E. M. de Vogué, Le Roman russe, Paris, 1888, p. 293 et sqq.
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LE TOLSTOÏSME 259
attentif se trouve actif en face de l'univers; l'homme inat^ tentif est passif. Celui-là le règle d'après un plan qu'il a élaboré dans son esprit; celui-ci subit le tumulte de ses impressions, sans tenter de les organiser, de les séparer et de les assembler. Il y a la même différence que dans la reproduction du monde par un bon peintre ou par une plaque photographique. Le tableau supprime certains traits et en met d'autres en relief, de sorte qu'il laisse immédiatement reconnaître soit quelque acte ou spectacle extérieur, soit quelque émotion intérieure du peintre. La photographie reflète sans choix le phénomène entier avec tous ses détails, de sorte qu'elle ne prend une signification que si l'observateur y applique l'attention que la plaque sensible n'a pu exercer. Remarquons d'ailleurs que la photographie elle-même n'est pas non plus une reproduction fidèle de la réalité, car la plaque sensible n'est telle que pour certaines couleurs; elle enregistre le bleu et le violet, et n'éprouve du jaune et du rouge qu'une faible impression, ou qu'une impression nulle. A la sensibilité de la plaque chimique correspond Témotivilé du dégénéré. Celui-ci aussi fait un choix dans le phénomène, non d'après la loi de l'attention consciente, mais d'après l'instinct de l'émotivité inconsciente. Il perçoit ce qui s'accorde avec ses émotions; ce qui ne s'accorde pas avec elles n'existe pas pour lui. Ainsi naît la méthode de travail signalée par M. de Vogiié dans les romans de Tolstoï. Les détails sont uniformément perçus et placés sur le même plan, non d'après leur importance pour l'idée fondamentale, mais d'après leur rapport avec l'émotion du poète. D'idée fondamentale, du reste, il n'y en a pas.
►eine. Le lecteur doit commencer par la mettre dans lan^ comme il la mettrait dans la nature même, dans lysage, dans une foule, dans la succession des évé- [its historiques.
roman est seulement écrit parce que le poète a res de fortes émotions, accrues par certains traits du LU du monde se déroulant devant ses yeux. C'est que le roman de Tolstoï ressemble à la peinture des phaélites : une abondance de détails merveilleuseexacts*, une idée fondamentale mystiquement vague leine apercevable ', une profonde et forte émotion *. ce que sent clairement aussi M. de Vogiié, mais de iau sans pouvoir se l'expliquer. « Par une singulière •équente contradiction, dit-il, cet esprit troublé, it, qui baigne dans les brumes du nihilisme, est d'une lucidité et d'une pénétration sans pareilles Fétude scientifique des phénomènes de la vie. Il a e nette, prompte, analytique, de tout ce qui est sur ... On dirait l'esprit d'un chimiste anglais dans l'âme bouddhiste hindou ; se charge qui pourra d'expliquer trange accouplement : celui qui y parviendra expli-
oir dans La Guerre et la Paix (Œuvres complètes de Léon 11, traduites en allemand, avec Tautorisation de Fauteur, par tel Lœwenfeld, Berlin, 1892, t. V à VIII) : les conversades soldats, 1^ partie, p. 252; la scène d'avant-poste, p. 314 [.; la description des troupes en marche, p. 332; la mort du I Besoukhow, p. 142-145; la chasse à courre, 2* partie, p. 383tc.
lême ouvrage : les pensées du prince Andréi blessé, !'« partie, i; la conversation du comte Pierre avec le franc-maçon et [liste Basdjejew, 2* partie, p. 106-114 et sqq. bid. : l'aventure de la princesse Marie avec son prétendant, artie, p. 410-423; Taccouchement de la petite princesse, lie, p. 58-65; tous les endroits où le comte Rostow voit le tsar ndre ou ceux dans lesquels l'auteur parle de Napoléon P% etc.
LE TOLSTOÏSME 261
quera toute la Russie... Ces phénomènes qui lui offrent un terrain si sûr quand il les étudie isolés, il en veut connaître les rapports généraux, il veut remonter aux lois qui gouvernent ces rapports, aux causes inaccessibles. Alors, ce regard si clair s'obscurcit, Tintrépide explorateur perd pied, il tombe dans T abîme des contradictions philosophiques: en lui, autour de lui, il ne sent que le néant et la nuit * ».
M. de Vogué souhaite une explication de cet « étrange accouplement » de la plus grande clarté dans la perception des détails, et de l'incapacité complète de comprendre leurs rapports les uns -avec les autres. Celte explication, mon lecteur la possède maintenant. La pensée mystique, la pensée sans attention de Témotif, amène à sa conscience des images isolées qui peuvent être très nettes, quand elles se rapportent à son émotion; mais cette pensée n'est pas capable de rattacher raisonnablement les unes aux autres ces images isolées, parce qu'elle manque pour cela de Tattention nécessaire.
Ainsi donc, quelque grandioses qualités que possèdent les œuvres d'imagination de Tolstoï, ce n'est pas à celles-ci qu'il est redevable de sa réputation universelle et de son action sur les contemporains. On s'accordait à voir dans ses romans des productions remarquables, mais, pendant de longues années, ni La Guerre et la Paix, ni Anna Karénine, ni les petits récits, n'eurent beaucoup de lecteurs en dehors de la Russie, et la critique ne payait son tribut d!f^dmiration à leur auteur que sous réserve. En