‹ Dégénérescence, Volume 1Chapitre 58 sur 60 · LES PARODIES DU · texte numérisé non relu

LES PARODIES DU

ries», et le résumé de leur con : Chacun de ses livres est orn^ d'images symboliques. Celle qui i est une vignette montrant sur accroupie à tête de femme souffla trine féminine, avec des pattes è d'une guêpe ou d'une libellule se dice semblable à une queue de même est toujours précédée de q ductions et invocations, et souvei du même genre. Je prends comme ( Comment on devient Mage \ Aj d'un grand nombre d'images sym assyriens, la rose-croix mystique, dédicace « au comte Antoine de h prieur du Temple, archonte de la rencontre en latin une « prière d très propre à prémunir le lecteur sibles de ce livre » ; ensuite un ferme une. espèce de profession c cela, une invocation « aux ancêti prières chaldéennes; enfin unelouj homme contemporain », après qi le livre proprement dit.

En tête de chaque chapitre se ipystérieuses. Citons-en deux exer Nom divin : Jud. (La lettre hébn

• 1. Sar Mérodack J. Péladan, Amphit Comment on devient Mage^ Éthique. A gravé par G. Poirel. Paris, 1892.

rement : Baptême. Vertu : Foi. Don : Crainte de Dieu* Ltitude : Pauvreté d'esprit. Œuvre : Instruire. Ange : haël. Arcane : TUnité. Planète : Samas. — II. La iété. Nom divin : El-lah (en caractères hébraïques Kactement transcrits, du reste, puisqu'ils doivent être effectivement : jah-el). Sacrement : Confirmation, 'tu : Espérance. Don : Piété. Béatitude : Douceur,, ivre : Conseiller. Ange : Gabriel. Arcane : Le Binaire, nète : Sin ».

iuant au reste de l'immense volume, je crois inutile d'en e des citations. Il est en conformité complète avec ces es de chapitres.

jes romans ou « éthopées » de M. Péladan, dont neuf paru jusqu'ici, mais que l'auteur doit porter jusqu'à Ltorze, sont ordonnés par groupes de sept, le nombre stique. M. Péladan a même établi un « schéma de condance ^ » qui a la prétention de résumer leurs princies idées directrices. Écoutons de quelle façon il explique œuvres :

c Premier septénaire. — I. Le Vice suprême. Diathèse raie et mentale de la décadence latine. Mérodack, somt de volonté consciente, type d'entité absolue; Alta, itotype du moine en contact avec le monde; Courtenay^ nme-destin insuffisant, envoûté par le fait accompli ial; L. D'Esté, l'extrême fierté, le grand style dans le 1; Coryse, la vraie jeune fille; La Nine, androgyne^ uvais ou mieux, Gynandre ; Dominicaux, pervers con-

Joséphin Péladan, La décadence latine. Éthopée IX : La xandre. Couyerture de Séon, eau-forte de Desboutios. Paris»

l, p. XYU.

scients, caractère d'irrémédiabililé résultant d'une théorie, esthétique spécieuse pour chaque vice, qui tue la notion et partant la conversion. Chaque roman a un Mérodack, c'est-à-dire un principe orphique abstrait en face d'une énigme idéale.

« II. Curieuse. Phénoménisme clinique collectif parisien. Éthique : Nébo ; volonté sentimentale systématique. Erotique : Paule passionnée à prisme androgyne. La grande horreur, la Bête à deux dos, dans la Gynandre (IX) se métamorphose en dépravations unisexuelles . Curieuse, c'est le tous les jours et tout le monde de l'instinct, la Gynandre, la minuit gœthique et l'exceptionnel, etc. ».

Que cette « concordance » soit de nature à donner même la plus légère idée du contenu des romans de M. Péladan, je ne le crois pas un instant. Je veux donc dire quelques mots de ceux-ci en langage non magique.

Ils se meuvent tous dans ces trois cercles d'idées qui se pénètrent et s'enlre-croisent diversement les uns les autres : le suprême but intellectuel de l'homme est d'entendre la musique de Richard Wagner et de l'apprécier complètement; le plus haut développement de la moralité consiste à renoncer à la sexualité et à se transformer en un être hybride bisexuel (androgyne et gynandre) ; l'homme supérieur peut quitter et reprendre son corps à volonté, planer dans l'espace en qualité d' « être astral » et asservir à sa volonté la puissance surnaturelle tout entière du monde des esprits, les bons comme les mauvais.

Dans chaque roman apparaît en conséquence un héros qui réunit en lui les marques distinctives des deux sexes et combat avec horreur les instincts sexuels viilgaires.

isique de Wagner ou en jouit, vit lui-même 3ne du théâtre vagnérien, et conjure les esprits lousser leurs attaques.

ant les origines de toutes ces idées délirantes, ra compte sans difûculté comment elles sont sant la Bible, M. Péiadan tomba sur le nom du nien Mérodak Béladan. La similitude de son adan » et « Péiadan » incita sa fantaisie à établir ts entre lui-même et le roi babylonien de la le fois cette idée née, il trouva dans le galbe de t visage, dans la couleur de ses cheveux et la L barbe, des ressemblances avec les têtes des rois eprésentées sur les plaques d'albâtre du palais L'idée put ainsi lui venir facilement qu'il était im descendant de Béladan ou d'autres rois ou du moins que ce serait chose curieuse s'il 1 continua à travailler cette pensée, jusqu'à ce t un jour résolument le titre de « sar ». Et s'il des rois de Babylone , il pouvait être aussi e la sagesse des Mages. Il commença en con- . proclamer les doctrines ésotériques de la

ireries s'ajoutèrent ensuite les impressions qu'il un pèlerinage à Bayreuth, de Tristan et surarsifal. Il s'enfonça en imagination dans la i Graal, se voyait lui-même en chevalier du réa son ordre de la Rose-Croix, qui est entièreosé de réminiscences du ParsifaL Son inventre hybride asexuel témoigne que son imagi^ vivement préoccupée de représentations ayant

lin caractère génésique et cherche ir--™---- ♦ ^ --'--

User des « instincts sexuels contrair

La vie psychique de M. Péladar un exemple excessivement clair le mystique. Il est absolument dom d'idées. Une assonance fortuite év d'idées qui le pousse irrésistibleme assyrien et mage, sans que son attei représenter qu'on puisse se nomme pour cela descendre d'un Béladan paroles dénué de sens des schola:

le séduit, parce que ce flux se me une « pensée analogique », c'est-^ exclusivement le jeu de lassociati par les ressemblances les plus seco rieures. Il subit avec la plus g suggestion artistique. S'il entend le il croit être un personnage wagnér lectures sur les templiers et les ro maître du Temple et de tous les aut l'émotivité sexuelle particulière aux et celle-ci lui inspire une étrange à la fois chaste et concupiscente, inc namment démonstrative les combat dans sa conscience entre les h exacerbés et le jugement qui recoi

M. Péladan croit-il à la réalité ( illusoires? Autrement dit, se pre réponse à cette question n'est pas sieurs le supposent peut-être. Les

ferme Tesprit de chaque homme sont, chez des natures comme celle de M. Péladan, en proie à un étrange conflit. L'inconscient en lui se fond complètement avec lé rôle de ^ar, mage, chevalier du Graal, grand-malU^e d'ordre, etc., qu'il a inventé; la conscience sait que tout cela est absurde, mais elle y trouve un plaisir artistique et laisse faire l'inconscient. C'est ainsi que les fillettes qui jouent à la poupée les caressent ou les punissent et les traitent comme si c'était un être vivant, tout en voyant bien au fond qu'elles n'ont devant elles qu'un objet en cuir et en porcelaine.

Le jugement de M. Péladan n'a pas d'empire sur son impulsion inconsciente. II n'est pas en son pouvoir de renoncer au rôle d'un sar ou d un mage, ou de ne plus se poser en grand-maître d'un ordre. Il ne peut s'empêcher de revenir continuellement à son absurdité « androgyne ». Tous ces égarements, de même que l'invention de néologismes et la prédilection pour les symboles, les titres longuement détaillés et les préfaces qui s'emboîtent les unes dans les autres, si caractéristiques pour les dégénérés supérieurs, proviennent des profondeurs de ses dispositions organiques et se dérobent à l'action de ses centres plus élevés. Dans sa partie consciente, l'activité cérébrale de M. Péladan est riche et belle. Il y a dans ses romans des pages à ranger parmi les plus magnifiques qui soient sorties d'une plume contemporaine. Son idéal moral est haut et noble. Il poursuit d'une haine ardente tout ce qui est bas et vulgaire, l'égoïsme, la fausseté, la soif des jouissances sous toutes les formes, et ses personnages 5ont des âmes absolument altières qui ne s'occupent qu€

des intérêts les plus dignes, plutôt artistiques, il est vrai, de Thumanité. Il est profondément regrettable que l'envahissement d'idées mystiques maladives frappe d'une stérilité complète son talent peu ordinaire.

A une très grande distance au-dessous de M. Péladan, nous trouvons M. Maurice RoUinat, qui doit cependant être cité, d'abord parce qu'il incame, d'une façon très instructive, une forme déterminée de dégénérescence mystique, et ensuite parce que tous les hystériques français et beaucoup d'hystériques étrangers célèbrent en lui un grand poète.

Dans ses poésies, qu'avec une connaissance caractéristique de lui-même il intitule Les Névroses *, il trahit tous les stigmates de dégénérescence qui désormais doivent être assez familiers au lecteur pour qu'il suffise de les signaler.

Il sent en lui des instincts criminels {Le Fantôme du Crime) :

La mauvaise pensée arrive dans mon âme

En tous lieux, à toute heure, au fort de mes travaux...

J'écoute malgré moi les notes infernales

Qui vibrent dans mon cœur où Satan vient cogner;

Et bien que j*aie horreur des viles saturnales

Dont Pombre seulement suffit pour m'indigner,

récoute malgré moi les notes infernales...

Le fantôme du crime à travers ma raison

Y rôde (dans mon crâne)...

Le meurtre, le viol, le vol, le parricide

Passent dans mon esprit comme un farouche éclair....

1. Maurice Rolllnat, Les Névroses, (Les Ames. — Les Suaires. — Les Refuges. — Les Spectres. — Les Ténèbres). Avec un portrait de l'auteur par F. Desmoulin. Paris, 1883. Un second recueil de poésies, publié par lui en 1891, VAbimey n'est pas moins caractéristique. .

tacle de la mort et de la putréfaction a pour lui e force d'attraction; il se repaît de la pourriture ecte de la maladie. Voyons-en des exemples 1 à différentes pièces :

ctrale adorée, atteinte par la mort, donc devant moi, livide et violette...

e nudité, chaste dans sa maigreur!

de poitrinaire aussi triste qu'ardente!..*

1 d'elle une bière

t sa gueule obiongue avec avidité

blait rappeler

{L Amante macabi^e,)

Mademoiselle Squelette !

Je la surnommais ainsi :

Elle était si maigrelette!

Crachant une gouttelette De sang très peu cramoisi...

Elle était si maigrelette!...

Sa phtisie étant complète;...

Sa figure verdelette...

Un soir, à Tespagnolette Elle vint se pendre ici.

Horreur! une cordelette Décapitait sans merci Mademoiselle Squelette :

Elle était si maigrelette!

[Mademoiselle Squelette).

rracher la morte aussi belle qu'un ange IX atroces baisers du ver, s embaumer dans une boite étrange.

3tait par une nuit d'hiver.

tit de ce corps glacé, raide et livide, s pauvres organes défunts, s ce ventre ouvert aussi saignant que vide \ versa d'onctueux parfums...

(La Morte embaumée).

Viande, sourcils, cheveux, ma bière et mon linceul, La tombe a tout mangé : sa besogne est finie...

Mon crâne a constaté sa diminution, Et, résidu de mort qui s'écaille et s'éi J'en viens à regretter la putréfaction Et le temps où le ver n'était pas à la c

(Le m

Cette perversion du goût s'observe chez les aliénés. Elle inspire simpiei des vers écœurants. Il en est d'aut l'absorption avide d'excrétions huma pires formes, à l'amour avec les cad

Une violente excitation érotomane i série de pièces du volume {Les Ltix hrent pas seulement la sensualité la ] aussi toutes les aberrations de la psy

Ce qui frappe le plus, cependant, ce de terreur vague qui remplissent co iteur. Tout lui inspire de l'angoisse, to Ja nature lui paraissent enfermer un e attend toujours, en tremblant, quelqi mais épouvantable.

Je frissonne toujours à Taspect singuli De certaine bottine ou de certain sou Oui (que pour me railler vos épaules s Je frissonne : et soudain, songeant au Je me demande : « Est-il mécanique c

Ma chambre est pareiUe à mon è

Des rideaux lourds et très antiqi Se crispent sur le lit profond ; De longs insectes fantastiques Dansent et rampent au plafond.

JâAx NoRDAU. — Dégénérescence.

..-. IPV 1

Quand l'heute sonne à ma pendule, Elle fait un bruit alarmant; Chaque vibration ondule Et se prolonge étrangement- Meubles, tableaux, fleurs, livres même.

Tout sent Tenferet le poison, Et comme un drap, Fhorreur qui m*aime Enveloppe cette prison....

{La Chambre).

Elle (la bibliothèque) faisait songer aux très vieilles forêts» Treize lampes de fer, oblongues et spectrales, Y versaient jour et nuit leurs clartés sépulcrales Sur ses livres fanés pleins d'ombre et de secrets.

Je frissonnais toujours lorsque j'y pénétrais : Je m'y sentais, parmi des brumes et des r&les. Attiré par les bras des treize fauteuils pâles Et scruté par les yeux des treize grands portraits...

{La Bibliothèque).

Dans le marais plein de rancune

Qui poisse et traverse ses bas,

U s'entend appeler très bas

Par plusieurs voix qui n'en font qu'une.

Il trouve un mort en faction Qui tourne sa prunelle mate Et meut sa putréfaction Avec un ressort d'automate.

Je montre à ses yeux consternés Des feux dans les maisons désertes»

Et dans les parcs abandonnés Des parterres de roses vertes...

Et la vieille croix des calvaires De loin le hèle et le maudit, ,En repliant ses bras sévères, Qu'elle dresse et qu'elle brandit.

{La Peur).

Je ne veux pas multiplier ces échantillons jusqu'à satiété, et je me contenterai de citer seulement encore les titres de quelques-unes de ces poésies : L Enterré vif^ Le Soliloque de Troppmann, Le Bourreau monotnane^ Le Monstre^ Le Fou^ La Céphalalgie^ La Maladie^ L' Enragée j Les Yeux mortSj Le Gouffre j Les Larmes^ L'Angoisse^ Les Agonies lentes, L'Ensevelissement^ La Bière ^ Le Glas, La Putréfaction, Rondeau du Guillotiné, etc.

Toutes ces poésies sont les produits d'un délire que Ton observe fréquemment chez les dégénérés. Dostojewskiy qui était, on le sait, atteint d'aliénation mentale, en a aussi souffert. « Dès que venait le crépuscule », dit-il de lui-même, « je tombais par degrés dans cet état d'âme qui s'empare de moi, si souvent, la nuit, depuis que je suis malade, et que j'appellerai frayeur mystique. C'est une crainte accablante de quelque chose que je ne puis définir ni concevoir, qui n'existe pas dans l'ordre des choses, mais qui peut-être va se réaliser soudain, à cette minute même, apparaître et se dresser devant moi, comme un.fait inexorable, horrible, difforme ». {Humiliés et Offensés, p. 55 *). Legrain cite un dégénéré fou dont la folie commença << par des sensations d'angoisse, par des craintes imaginaires* ». Le professeur Kowalewski indique, comme degrés des troubles intellectuels de la dégénérescence, en premier lieu la neurasthénie , en second lieu les obsessions et les sentiments d'angoisse

1. Cité par le V» E. M. de Vogué, Le Roman russe, p. 222^ note.

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