Legrain, op. cit,, p
maladifs *. Legrand du Saulle * et Morel * décrivent cet état de crainte vague non fondée et forment pour lui le mot assez peu heureux de « panophobie ». Magnan le
3 plus exactement « anxiomanie», folie angoissante,
considère comme un stigmate très habituel de la îrescence. La folie angoissante est une erreur de la mce qui est remplie de représentations de crainte ilace la cause dans le monde extérieur, tandis qu'en elles sont produites par des processus pathologie passant dans l'intimité des organes. Le malade se ppressé et inquiet, et il impute aux phénomènes ntourent un aspect menaçant et sinistre pour s'exp à lui-même sa terreur dont la cause lui échappe, (ju'elle a ses racines dans l'inconscient, ttous avons vu en Maurice RoUinat le poète de •manie, nous allons voir en un autre écrivain dont i, dans ces deux dernières années, s'est répandu au 3 Belge Maurice Maeterlinck, un exemple du myslidevenu absolument enfantin et idiotement incohé- Vest surtout dans ses poésies que son état d'esprit èle de la manière la plus caractéristique *. Emprunlur quelques citations.
li la première pièce du recueil : .
serre au milieu des forêts !
£t vos portes à jamais closes !
î Journal of mental scienccy janvier 1888.
îgrand du SauUe,.Ie délire des persécutions. Paris, 1871,
^rel, Du délire panophobique des aliénés gémisseurs. Annales
psychologiques. 1871, deuxième volume, p. 322.
urice Mœterlinck, Serres chaudes. Nouvelle édition. Bruxel»
Et tout ce qu*U y a sous votre coupole !
Et sous mon âme en vos analogies !
Les pensées d^une princesse qui a faim,
L^ennui d*un matelot dans le désert,
Une musique de cuivre aux fenêtres des incurables.
Allez aux angles les plus tièdes 1
On dirait une femme évanouie un jour de moisson,
Il y a des postillons dans la cour de l'hospice ;
Au loin, passe un chasseur d'élans devenu infirmier.
Examinez au clair de lune !
(Oh! rien n*y est à sa place I)
On dirait une folle devant les juges.
Un navire de guerre à pleines voiles sur un canal,
Des oiseaux de nuit sur des lys,
Un glas vers midi,
(Là-bas sous ces cloches !)
Une étape de malades dans la prairie.
Une odeur d'éther un jour de soleil.
Mon Dieu ! mon Dieu ! quand aurons-nous la pluie, Et la neige et le vent dans la serre !
Ces successions de mois idiots sont intéressantes au point de vue psychologique, car elles laissent reconnaître avec une clarté instructive ce qui se passe dans un cerveau détraqué. La conscience n'élabore plus une idée fonda- ■ mentale ou centrale. Les représentations surgissent telles que l'association d'idées purement mécanique les évoque. Nulle attention ne cherche à mettre de l'ordre dans le tumulte des images qui vont et qui viennent, à séparer celles qui n'ont pas de rapports raisonnables entre elles, à supprimer celles qui se contredisent, et à unir logiquement en une série unitaire celles qui sont apparentées.
Voyons encore, dans ces poésies, quelques exemples d'une suite d'idées exclusivement dominée par Fassocia-
"'Tf^ffCr^'
406^ LE MYSnaSME
dées affranchie de tout contrôle. Voici une pièce î Cloches de verre,
oches de verre I
mges plantes à jamais à Tabril
dis que le vent agite mes sens au dehors I
te une vallée de l'âme à jamais immobile 1
a tiédeur enclose vers midi !
es images entrevues à fleur du verre I
ï soulevez jamais aucune!
m a mis plusieurs sur d'anciens clairs de lune.
minez à travers leurs feuillages :
a peut-être un vagabond sur le trône,
Bt l'idée que des corsaires attendent sur l'étang,
[ue des êtres antédiluviens vont envahir les villes.
en a placé sur d'anciennes neiges.
m a placé sur de vieilles pluies.
5z pitié de l'atmosphère enclose!) tends célébrer une fête un dimanche de famine, a une ambulance au milieu de la maison, outes les filles du roi errent un jour de diète à travers
[les prairies, minez sui'tout celles de l'horizon!
s couvrent avec soin de très anciens orages, [marais! ! il doit y avoir quelque part une énorme flotte sur un 6 crois que les cygnes ont couvé des corbeaux ! entrevoit à peine à travers les moiteurs)
) vierge arrose d'eau chaude les fougères, I troupe de petites filles observe l'ermite en sa cellule, sœurs sont endormies au fond d'une grotte vénéneuse 1
3ndez la lune et l'hiver, ces cloches éparses enfin sur la glace.
oici une autre, Ame.
1 âme!
aon âme vraiment trop à l'abri !
ses troupeaux de désirs dans une serre !
endant une tempête sur les prairies !
Allons vers les plus malades :
Ils ont d'étranges exhalaisons.
Au milieu d'eux, je traverse un champ de bataille
On enterre un frère d*armes à midi,
Tandis que les sentinelles prennent leur repas.
Allons aussi vers les plus faibles :
Ils ont d'étranges sueurs; Voici une fiancée malade.
Une trahison le dimanche Et de petits enfants en prison.
(Et plus loin, à travers la vapeur,) Est-ce une mourante à la porte d'une cuisine? Ou une sœur épluchant des légumes au pied du
[in
Allons enfin vers les plus, tristes :
(En dernier lieu, car ils ont des poisons.)
Oh 1 mes lèvres acceptent les baisers d'un blessé !
[tours de m Toutes les châtelaines sont mortes de faim, cet été. Voici le petit jour qui entre dans la fête!
J'entrevois des brebis le long des quais Et il y a une voile aux fenêtres de Thôpitall
Il y a un long chemin de mon cœur à mon âme I Et toutes les sentinelles sont mortes à leur poste!
[de m Il y a eu un jour une pauvre petite fête dans les fa On y fauchait la ciguë un dimanche matin; Et toutes les vierges du couvent regardaient pî Sur le canal, un jour de jeûne et de soleil. [v
Tandis que les cygnes souffraient sous un pont vé On émondait les arbres autour de la prison, On apportait des remèdes une après-midi de juin. Et des repas de malades s'étendaient à tous les h
Mon âme !
Et la tristesse de tout cela, mon âme! et la tristesse
Rien ne serait plus aisé que de composer, sur le de ces « poésies », d'autres pièces qui dépasi
même celles de MdBterlinck, celle-ci par exemple : O fleurs!
Et Ton gémit si lourdement sous ces très anciens impôts l
Un sablier contre lequel le chien aboie en mai,
Et l'étrange enveloppe de lettre du nègre qui n'a pas dormi.
Une grand'mère qui mangerait des oranges
Et ne pourrait écrire I
Des matelots en ballon, mais bleus ! bleus !
Sur le pont ce crocodile,
Et i*agent de la police à la joue enflée
Fait des signes, silencieux !
! deux soldats dans Fétable,
Et le rasoir est ébréché !
Mais ils n*ont pas gagné le gros lot.
Et sur la lampe il y a des taches d*encre, etc.
Mais à quoi bon parodier Maeterlinck? Son genre ne supporte aucune parodie, vu qu'il atteint déjà les bornes^ extrêmes de Tidiotie, et il n'est pas non plus très digne de la part d'un esprit sain de se moquer d*un pauvre diable d'idiot.
Quelques poésies de Maeterlinck sont simplement composées d'assonances rapprochées les unes des autres sans égard au sens et à la signification, comme, par exemple, la courte pièce intitulée Ennui :
Les paons nonchalants, les paons blancs ont fui, Les paons blancs ont fui Fennui du réveil; Je vois les paons blancs, les paons d'aujourd'hui. Les paons en allés pendant mon sommeil, Les paons nonchalants, les paons d'aujourd'hui, Atteindre indolents l'étang sans soleil, J'entends les paons blancs, les paons de l'ennui, Attendre indolents les temps sans soleil.
On s'explique le choix de ces mots : ils renferment
LES PARODIES DU MYSTiaSME 409
presque tous la voyelle nasale « en » ou « an » ou « aon ». C'est un cas de cette forme d'écholalie qui n'est pas rare chez les aliénés. Un tel malade dit, par exemple (en allemand) : Man kann dann ran Mann wann Clan Bann Schwan Hahij et il continue à débiter avec monotonie cette psalmodie, jusqu'à ce qu'il se fatigue ou qu'un mot prononcé devant lui devienne le point de départ d une nouvelle série de rimes.
Quand on lit avec quelque attention les poésies de Maeterlinck, on reconnaît bientôt que les images confuses qui s'y suivent pêle-mêle, comme dans un rêve, sont empruntées à un cercle très restreint de représentations qui renferment une émotion, soit pour tout le monde, soit seulement pour lui. « Étrange », « vieux », « lointain », sont les adjectifs qu'il répète continuellement; ils ont cela de commun qu'ils indiquent quelque chose de vague, de difficile à reconnaître, de reculé jusqu'à l'extrême horizon, et répondent ainsi au nébuleux penser mystique. Un autre adjectif qui le fait rêver est « lent ». Il produit aussi cet effet sur les symbolistes français, qui pour cette raison l'aiment beaucoup. Ils l'associent manifestement à la représentation des mouvements du prêtre lisant sa messe, et il éveille en eux les émotions de la foi mystique. Ils trahissent cette association d'idées, en ce qu'ils emploient fréquemment « lent » à côté de « hiératique ». Maeterlinck songe en outre continuellement à des hôpitaux avec leurs malades et à tout ce qui en fait partie (religieuses, remèdes, opérations chirurgicales, bandages, etc.), à des canaux couverts de bateaux et de cygnes, et à des princesses. Les hôpitaux, ainsi que les canaux qui formant
un Irait du paysage belge, sont peut-être liés aux f remières impressions de son enfance et produisent en lui, pour cette raison, des émotions. Mais les princesses enfermées dans des tours, souffrant la faim, s'égarant, pateaugeant à travers les marais, etc., lui sont incontestablement demeurées dans l'imagination à la suite de la lecture des puériles ballades des préraphaélites, dont celle de Swinburne a été reproduite, comme échantillon, dans un chapitre précédent. Hôpitaux, canaux, princesses : tels sont les tableaux qui reparaissent toujours, avec l'opiniâtreté d'obsessions, et qui, seuls, laissent apercevoir quelques contours un peu arrêtés, au milieu du chaos nébuleux de son galimatias.
Quelques-unes des poésies de Maeterlinck sont écrites dans la forme poétique traditionnelle; d'autres, au con-r traire, n'ont ni mesure ni rime, et consistent en lignes de prose de longueur arbitrairement changeante, non à la façon des poésies libres de Gœthe ou des Lieder de la mer du Nord de Henri Heine, qui voguent d'un mouvement rythmique fortement accusé, mais aussi sourdes, cahotantes et boiteuses qu'une énumération d'inventaire. Ces pièces sont une imitation servile des éjaculalions de Walt Whitman, cet Américain fou pour lequel Maeterlinck, conformément à la loi d'attraction mutuelle des aliénés entre eux, devait nécessairement éprouver de la sym* pathie.
Je voudrais placer ici quelques remarques sur Walt Whitman, qui est également une des idoles auxquelles ]es dégénérés et les hystériques des deux mondes dressent depuis quelque temps des autels. Lombroso le range
expressément parmi les « génies fous * ». Fou, Walt Whilman Tétait sans aucun doute. Mais un génie? Cela serait difficile à prouver. C'était un vagabond et un infâme débauché, et ses poésies renferment des explosions d'érotomanie comme on n'en voit guère un second exemple d'une égale impudeur naïve dans la littérature signée d'un nom d'auteur '. Il doit précisément sa réputation à ces pièces bestialement sensuelles qui ont commencé par attirer sur lui l'attention de tous les saligauds américains. 11 est atteint de folie morale et incapable de distinguer entre le bien et le mal, la vertu et le vice. a Telle est la profonde doctrine de Timpressionnabilité », dit-il à un endroit : « ni préférence, ni exclusion. Le nègre à tête crépue, le bandit des grands chemins, le malade, l'ignorant, nul n'est renié ». Et, ailleurs, il déclare quil « aime d'un même amour l'assassin et voleur, Thomme pieux et bon ». Un radoteur américain, W. D. O'Connor, l'a appelé pour cette raison a the good
1. Lombroso, Génie et Folie^ p. 322. « Walt Whitman, le poète •des Anglo-Américains modernes, et très sûrement un génie fou, ■était typographe, professeur, soldat, menuisier, et pour quelque temps aussi bureaucrate, le plus étrange des métiers pour un poète ». Lombroso indique avec raison ce changement fréquent de ■carrière comme un des signes caractéristiques du trouble d'esprit. Un admirateur français de Whitman, Qabriel Sarrasin {La renaissance de la poésie anglaise : 1798-1889, Paris, 1889, p. 270, note), pallie dans les termes suivants cette preuve d'instabilité et de faiblesse de volonté organiques : « Cette facilité américaine à passer d'un métier à un autre choque nos vieux préjugés d'Europe et notre indécrottable vénération pour les carrières bien hiérarchiques, bien bureaucratiques, et bien routinières. Nous restons à cet égard comme à tant d'autres essentiellement étroits, et n'arrivons pas à comprendre que la variété des aptitudes donne à l'homme une valeur sociale bien plus grande ». C'est bien là le procédé du hdbleur esthétique, qui trouve pour chaque fait qu'il ne comprend pas des phrases bien tournées à l'aide desquelles il explique et justifie tout à sa propre satisfaction.
2. Walt Whitman, Liâtes of Gra^s. Anew édition, Glascow, 4884.
t » (le bon vieux poète). Mais nous savons que )nté », qui est en réalité de Tobtusion morale et isiblerie maladive, accompagne fréquemment la icence et apparaît même chez les plus cruels
chez Ravachol, par exemple. Walt Whitman est
la folie des grandeurs et dit de lui-même : « A cette heure, je décrète que mon être est affranchi
les barrières et limites; je vais où je veux, contesté et absolu de moi-même. Je respire proit dans l'espace. L'Est et l'Ouest sont à moi. A le Nord et le Sud. Je suis plus grand et meilleur nême l'avais pensé. J'ignorais qu'il y eût en moi înie bonté... Celui qui me renie ne me cause Bine. Celui ou celle qui me reconnaît sera béni mira .». Il est atteint de folie mystique, et il ( J'ai le sentiment de tout, je suis tout et crois à crois que le matérialisme est vrai et que vrai le spiritualisme; je ne rejette rien ». Et dans un jsage encore plus caractéristisque : « Santa spi- ). Souffle, vie, au delà de la lumière, plus léger mière, au delà des flammes de l'enfer, joyeux, igèrement par-dessus l'enfer, au delà du paradis, seulement par mon parfum, saisissant toute vie re, atteignant et comprenant Dieu, comprenant ir et Satan, pénétrant tout (car que serait tout, t Dieu sans moi?), essence des formes, vie des réelles, vie du grand globe rond du soleil et des
de l'homme, moi, l'âme universelle... w. Dans ies patriotiques il flagorne cette corrompue ie d'argent américaine qui achète les suffrages,
suborne les fonctionnaires et abuse du pouvoir, et il rampe devant la suffisance yankee la plus arrogante. Dans ses poésies guerrières, les célèbres Drum Taps (P^"ï'^*v.-"<° de tambour), ce qu'on remarque surtout, c'e gouri fanfaron et le pathos creux. Ses morceau: lyriques avec leurs « ô! » et leurs « ah! »
leurs phrases doucereuses de fleurs, prairies, et soleil, rappellent les endroits les plus arid douceâtres et les plus mollasses de notre viei] heureusement enterré et oublié. En tant Walt Whitman offre une ressemblance surpre Paul Verlaine, dont il partageait tous les st dégénérescence, le genre de destinée, et, chose même Tankylose rhumatismale. En tant que renoncé à la strophe arrêtée, comme trop dii mesure et à la rime, comme trop gênantes, carrière à sa fuite d'idées émotive en exclamât riques auxquelles la définition de « prose devc convient infiniment mieux qu'aux braves réguliers de Klopstock. Le parallélisme des ps; style éruptif de Jérémie semblent lui avoir, ; servi de modèles. Nous avons eu, au siècle pré Paramythies de Herder et l'insupportable « p que » de Gessner déjà mentionné. Notre goût t tardé à nous faire reconnaître tout ce qu'il j artistique et de rétrograde dans ce style informa un siècle cette aberration du goût n'a plus t nous un seul imitateur. Les admirateurs hysl Walt Whitman louent au contraire chez lui, c( l'avenir », ce retour à une mode surannée, et
414 LE XYSTICISME
iQvention du génie dans ce qui n'est que l'incapacité d'un travail méthodique. Néanmoins, il est intéressant de signaler que deux personnalités aussi dissemblables que Richard Wagner et Walt Whitman sont arrivées sur des terrains différents, sous la contrainte des mêmes motifs, au même but : celui-là à la « mélodie infinie », qui n'est plus une mélodie; celui-ci à des vers qui ne sont plus des vers, tous deux par suite de leur impuissance à soumettre leur pensée capricieusement vacillante au joug de ces règles qui régissent la mélodie « finie » comme le vers lyrique pourvu de mesure et de rime.
Ainsi donc, Maeterlinck a imité servilement dans ses poésies le fou Walt Whitman, en exagérant encore ses absurdités. Outre les poésies signalées, il a encore écrit des choses qu'il faut bien appeler des drames, puisqu'elles sont coulées dans la forme du dialogue. Le plus connu de ces drames est La princesse Maleine ^
Les dramatis personœ, comme l'auteur, fidèle en cela à Tusage romantîco-mystique des préraphaélites et des symbolistes, intitule la liste de ses personnages, sont les suivantes : Hjalmar, roi d'une partie de la Hollande; Marcellus, roi dune autre partie de la Hollande; le prince Hjalmar, fils du roi Hjalmar; le petit AUan, fils de la reine Anne; Angus, ami du prince Hjalmar; Stéphane et Vanox, officiers de Marcellus; Anne, reine du Jutland; Godelive, femme du roi Marcellus ; la princesse Maleine, fille de Marcellus et de Godelive; la princesse Uglyane, fille de la reine Anne. A cela s'ajoutent toutes les poupées
1. Maurice Mœterlinck, La princesse Maleine. 10« (!) éditioOt Bruxelles, 1890.
articulées et les pantins bien connus empruntés aux recoins les plus poussiéreux du vieux débarras roman* tique : un fou, trois pauvres, deux vieux paysans, des seigneurs, des pèlerins, un cul-de-jatle, des mendiants, des vagabonds, une vieille femme, sept béguines (le nombre mystique!), etc.
11 faut remarquer les noms que Maeterlinck donne à ses figures. En sa qualité de Flamand, il sait très bien que Hjalmar n'est pas un nom hollandais, mais Scandinave, et que Angus est un nom écossais. Mais il commet cette confusion à dessein, pour effacer de nouveau les contours précis dont il semble délimiter ses personnages en les qualifiant de « rois de Hollande », pour les détacher de nouveau du sol ferme sur lequel il fait semblant de les placer, pour supprimer les coordonnées qui leur assignent une place dans l'espace et le temps. Ils doivent porter des vêtements, avoir des noms et occuper un rang humain, et n'être cependant en même temps que des ombres et des nuages.
Le roi Hjalmar arrive avec le prince Hjalmar au château du roi Marcellus, afin de demander pour le prince la main de la princesse Maleine. Les deux jeunes gens se voient pour la première fois et seulement quelques moments, mais tombent aussitôt amoureux l'un de l'autre. Au banquet en l'honneur du roi éclate une querelle au sujet de laquelle on ne nous renseigne pas; le roi Hjalmar, gravement offensé, jure vengeance et quitte en courroux le château. Dans Tentr'acte, Hjalmar porte la guerre chez Marcellus, le tue, lui et sa femme Godelive, et rase son château et sa ville. La princesse Maleine et sa nourrice
casion — comment, pourquoi et par \ dit pas — emmurées en une chambre tour; mais la nourrice parvient, après vaii, à desceller avec ses ongles une lille, et les deux femmes gagnent le
aime Hjalmar et ne peut Toublier, elles ule vers le château de son père. Les . Là demeure la reine Anne du Jutland, ses sujets,' a trouvé auprès du roi fille adulte Uglyane et son jeune fils i Danois a reçu systématiquement un i accueil hospitalier. La reine Anne a ieillard. Elle est devenue sa maîtresse, ement et le détraque de corps et d'âme, ils épouse sa fille à elle. Hjalmar est illances de son père. Il exècre sa belleluche et frémit à la pensée d'un mariage croit que Maleine a été, pendant la ses parents, mais il ne peut néanmoins
it ce temps, a traversé avec sa nourrice ; enchantée et de village incompréhenî série de rencontres et de conversations mendiants, des vagabonds, des paysans, is, et elle arrive au château de Hjalmar connaît, mais où elle n'en devient pas emoiselle d'honneur de la princesse
lant, le prince Hjalmar se décide à se
rapprocher d'Uglyane, et il lui donne à ce rendez-vous nocturne dans le parc du châteai rendez -vous secret, mais en quelque sorte c rendez-vous de fiançailles consenti par son i par sa mère à elle. Maleine y met obstacle, e Uglyane qui s'habille et se pare somptueuseme prince Hjalmar est allé dans la forêt et ne vi Ensuite elle se rend elle-même dans le pan reconnaître de Hjalmar, qui arrive ponctuellei mène tout ravi à son père, qui la salue com future, et il n'est plus question des fiançailles ( avec Uglyane. La reine Anne résout de se débî la gêneuse. Elle affecte à son égard de Tan assigne une belle chambre dans le château; la nuit, elle contraint le roi, qui résiste Ion pénétrer avec elle dans la chambre de Maleine, laquelle elle passe un lacet et qu'elle étrangl est accompagné de signes et de prodiges. U s'ouvre violemment sous un coup de vent, u apparaît, une aile du château s'écroule, une i feu , un cygne tombe mort, blessé par une main in Le lendemain matin, on découvre le cadavre cesse Maleine. Le roi Hjalmar, que la nuit du privé du dernier reste de sa raison, trahit le crime. Alors le prince Hjalmar poignarde la reii s'enfonce ensuite à lui-même la lame dans le ce quoi, la pièce se termine ainsi :
La nourrice. — Venez, mon pauvre seigneur.
Le roi. — Mon Dieu! mon Dieu! elle attend à les quais de Tenfer!
Max Nordau. — Dégénéreseence. I —
NOURRICE. — Venez! venez!
ROI. — Y a-t-il quelqu'un ici qui ait peur de la maié- 1 des morts?
;us. — Oui, sire, moi....
ROI. — Eh bien, fermez les yeux alors et allons-nous-en! NOURRICE. — Oui, oui, venez, venez !
ROI. — Je viens, je viens ! Oh ! oh ! comme je vais être nainlenant î — Et me voilà dans le malheur jusqu'aux îs I A soixante-dix-sept ans ! Où donc êtes- vous? NOURRICE. — Ici, ici.
ROI. — Vous ne m'en voudrez pas? — Nous allons aer; y aura-t-il de la salade? — Je voudrais un peu de
NOURRICE. — Oui, oui, il y en aura.
ROI. — Je ne sais pas pourquoi, je suis un peu triste
rd'hui. — Mon Dieu, mon Dieu! que les morts ont donc
nalheureux!... {Il sort avec la nourrice).
eus. — Encore une nuit pareille, et nous serons tout
s! {Ils sortent tous, à V exception des sept béguines, qui
ment le Miserere en transportant les cadavres sur le
Les cloches se taisent. On entend les rossignols au
rs. Un coq saute sur Vappui de la fenêtre et chanté).
irsque Ton commence à lire cette pièce, on s'arrête et e demande : Pourquoi tout cela me semble-t-il si u? Qu'est-ce que cela me rappelle donc? — Au bout iielques pages, la clarté se fait soudain : tout cela ne espèce de centon de Shakespeare ! Chaque figure, ue scène, chaque expression quelque peu essentielle ! oî Hjalmar est composé du roi Lear et de Macbeth ; du Lear par sa folie et par la façon dont elle se mani- , de Macbeth par sa participation au meurtre de la cesse Maleine ; la reine Anne est un ravaudage de lady beth et de la reine Gertrude; le prince Hjalmar est nteslablement Hamlet, avec ses discours obscurs, ses
profondes allusions, et sa lutte intéri devoirs de fils et la moralité; la nourri Juliette, Angus est Horatio, Vanox et Rosenkranz et Guldenstern, avec des alliai et de Bernardo (dans Hamlet), et toutes 1( soires : le fou, le médecin, les courtisans, physionomie des figures shakespearienne!
La pièce commence de la façon suivanU du château. {Entrent Stéphano et Van^ Quelle heure est-il? — Stéphano. D'aprè être minuit. — Vanox. Je crois qu'il va Ton rapproche de cela la première scène d plate-forme devant le château. {Francisa Bernardo vient à lui),,. Francisco. V exactement à votre heure. — Bernare de sonner... — Francisco. Le froid est ; transi jusqu'au cœur ». On pourrait ran scène par scène, mot par mot, si la ch peine, à quelque endroit de Shakespean modèle. On trouve successivement dan Maleine la description de la terrible nuit < César (acte 1", scène m), Tépisode du / château d'Albany (acte P**, scène vi : « L pas attendre un moment de plus le d apporte-le-moi... »), la scène nocturne lady Macbeth presse son époux de comme le triple « ô I ô ! ô ! » d'Othello, poussé Anne, les conversations d'Hamlet avec mort de la princesse Maleine a été inspiré souvenir de Desdémone et par celui de 1
- 'Jçî"'
420 LE MYSTICISBIE
délia, qu'on a pendue. Tout cela est, il est vrai, entremêlé de la manière la plus folle et souvent défiguré jusqu'à être méconnaissable, ou bien pris à contre-pied; mais, avec quelque attention, on s'y retrouve pourtant.
Que l'on s'imagine un enfant à Tâge où il est juste en état de suivre la conversation de grandes personnes, devant lequel on aurait joué ou lu Hamlety Le Roi Lear^ Macbeth^ Roméo et Juliette^ Richard 11^ et qui, retourné dans la chambre de ses petits frères et sœurs, leur raconterait à sa façon ce qu'il a entendu. On aura alors une idée juste de La princesse Maleine. Maeterlinck s'est gavé l'estomac de Shakespeare et rend les morceaux non digérés, mais transformés d'une manière répugnante et avec un commencement de décomposition putride. Cette image n'est pas ragoûtante, mais elle peut seule donner ui^e idée claire du processus intellectuel qui se produit lorsque des dégénérés font ce qu'ils appellent « créer ». Ils lisent avidement, reçoivent, par suite de leur émotivité, une très forte impression; celle-ci les poursuit avec la puissance d'une obsession, et ils ne sont pas tranquilles tant qu'ils n'ont pas rendu, en le parodiant d'ailleurs tristement, ce qu'ils ont lu. Leurs œuvres ressemblent ainsi à ces monnaies des Barbares qui imitent les modèles romains et grecs, mais qui révèlent pourtant que leurs confectionneurs ne pouvaient lire et ne comprenaient pas les lettres et les symboles maladroitement copiés par eux.
La princesse Maleine de Maeterlinck est une anthologie shakespearienne à l'usage d'enfants ou d'habitants de la Terre de Feu. Les figures du grand Anglais sont devenues des rôles pour les artistes du théâtre de singes. Elles
rappellent encore à peu près les atl ments des personnes qu'elles imitent de cervelle humaine dans la tête et deux mots cohérents et sensés. Voû de la conversation des personnages d Le roi Marcellus cherche (acte P", la princesse Maleine de son amour e parle ainsi :
Marcellus. — Eh bien, Maleine?
Maleine. — Sire?
Marcellus. — Tu ne comprends pas^
Maleine. — Quoi, Sire?
Marcellus. — Tu me promets d'oubl
Maleine. — Sire....
Marcellus. — Tu dis? — Tu aimes
Maleine. — Oui, Sire !
Marcellus. — « Omî, Sire! ». Ah!
Elle avoue cela cyniquement, et elle ( pudeur! Elle a vu Hjalmar une seule fc après-midi, et la voilà plus chaude que J
Godelive. — Seigneur!...
Marcellus. — Taisez-vous! « Oui^ i.
quinze ans! Ah! c'est à les tuer sur plac
Godelive. — Seigneur!
La nourrice. — Est-ce qu'elle ne peu autre? Allez- vous la mettre sous verre?
crier ainsi à tue-téte après une enfant! mal!
Marcellus. — Ah! elle n'a rien fait ( taisez-vous; je ne vous parle pas, et c'< instigations d'entremetteuse...
Godelive. — Seigneur!
La nourrice. — Entremetteuse! moi,
Marcellus. — Me laisserez-vous pai •en! Allez- vous-en toutes deux! Oh! je si
idez, et que l'ère des intHgues est ouverte à présent; mais
dez!.... Maleine, il faut être raisonnable. Me promets-tu
3 raisonnable?
lleine. — Oui, Sire.
lrcellus. — Ah! tu vois! alors tu ne songeras plus à ce
ïge?
lleine. — Oui.
LRCELLUS. — Oui? — c'est-à-dire que tu vas oublier
aar?
lleine. — Non.
LRCELLUS. — Tu ne renonces pas encore à Hjalmar?
lleine. — Non.
lrcellus. — El si je vous y oblige, moi! et si je vous
me ? et si je vous sépare à jamais de voire Hjalmar à face
élite fille! — vous dites? — {Elle pleure). Ah! c'est
! — Allez-vous-en; et nous verrons! Allez-vous-en!
[)ici maintenant la scène du second acte, où Maleine et mar se rencontrent dans le parc sombre du château.
ALHAR. — Venez....
lleine. — Pas encore.
ALMAR. — Uglyane! Uglyane! (// V embrasse; ici le jet
i, agité par le vent^ se penche et vient retomber sur eux).
lleine. — Oh! qu'est-ce que vous avez fait?
ALMAR. — C'est le jet d'eau !
LLEINE. — Oh! oh!
ALMAR. — C'est le vent !
LLEINE. — J'ai peur!
ALMAR. — Ne songez plus à cela ; allons plus loin. Ne son-
s plus à cela. Ah! ah I ah ! je suis tout mouillé!
LLEINE. — Il y a quelqu'un qui pleure ici.
ALMAR. — Quelqu'un qui pleure ici?
LLEINE. — J'ai peur.
ALMAR. — Mais n'entendez-vous pas que c'est le vent?
LLEiNB. — Mais qu'est-ce que tous ces yeux sur les arbres.
ALMAR. — Où donc? Oh! ce sont les hiboux qui sont