ACTE I, SCENE II
Et ne conviendrait pas à la mère d'Achille. Que, portant la cuirasse et le casque mouvant, Je succombe avec Troie, ou meure auparavant, La mort, dont j'attendrai la blessure inconnue, Dès qu'elle paraîtra, sera la bien venue. Le laboureur obscur peut fuir ses sombres yeux ; Mais les jeunes héros de la race des Dieux Doivent, comme au devant d'une amante fidèle, Sitôt qu'elle apparaît, courir au devant d'elle. Leur sang impatient, fait pour couler à flots Délivré par l'épée ou les lourds javelots, Et qui ne connaît pas l'ennui des terreurs vaines, S'indigne d'être obscur et caché dans leurs veines ; Et lui-même, cherchant partout le coup mortel, Il veut montrer sa pourpre à la clarté du ciel ! Ainsi, ne cède pas à ta douleur stérile, Et laisse-moi combattre et vivre.
THÉTIS, avec tendresse.
O mon Achille !
Obéis à ta mère. O mes seules amours, Qu'importe que tu sois ignoré quelques jours ! Zeus lui-même, jadis, parmi les chasseresses Prit les traits d'une vierge errante aux longues tresses ! Obéis maintenant ! Bientôt, semant l'effroi,
D El DAM I A.
Tu combattras parmi les hommes, comme un roi ; Mais laisse auparavant, quittant leurs territoires, Les princes Achéens assembler leurs nefs noires, Et laisse-moi, touché par mes ennuis secrets, Cacher ta chère tête !
ACHILLE
Et quand je le voudrais, Crois-tu donc que bientôt mes fureurs dans cette île Ne révéleraient pas le sang bouillant d'Achille ? Change mes vêtements : pare-moi, si tu veux, Et mets des joyaux d'or jusque dans mes cheveux : Mère, je meurtrirais les mains des jeunes filles ! Crois-tu donc que mes doigts, mal faits pour les aiguilles, Respecteraient, malgré tes discours mensongers, Les agiles fuseaux et les thyrses légers, Et que j'éviterais, fileuse sans mémoire, D'émietter en morceaux les quenouilles d'ivoire ! Mère, je ne suis bon qu'à lutcer, comme un roi, Au sein de la bataille implacable.
THÉTIS
Tais-toi !
Regarde.
A ce moment, Deïdamia, Thoé, Zeuxo et Perséis sortent de la maison de Lycomède et traversent lentement la scèiu. — Deïdamia marche la première; ses sœurs portent des fleurs et des gâteaux de miel. Elles vont déposer ces offrandes sur l'autel, devant lequel elles se prosternent, tandis que Deïdamia, élevant ses bras, semble invoquer les Dieux.