‹ Déisme et ChristianismeChapitre 6 sur 36 · XIV PRÉFACE · texte numérisé non relu

XIV PRÉFACE

enveloppe et de goûter aa fruit savoareux et fortifiant de la vie spirituelle. S'il est une communion chrétienne à qui le soin d'accomplir cette tâche, à qui le devoir de préparer cette transition devenue nécessaire soit évidemment dévolu, c'est à l'Église que Luther et Calvin ont fondée sur la simplification du dogme.

Le protestantisme a beau, par ses organes oflBciels, se rapprocher de l'Église romaine, qui, par sa mise en scène trinitaire, par le culte qu'elle a voué à Marie, par Tadoration des saints soigneusement recommandée et encouragée, incline très -visiblement vers le polythéisme, l'élément monothéiste que l'on retrouve toujours au fond de l'intelligence liumaine s'impose au christianisme évangélique, et ne lui permet pas de dévier, de s'abdiquer. Il importe de se placer à ce point de vue, si l'on veut comprendre toute la portée des divisions qui ont récemment éclaté entre le consistoire de Paris^ représentant de l'orthodoxie calviniste, et quelques pasteurs éclairés, convaincus, indépendants. C'est celui d'après lequel je me suis dirigé, orienté dans ce volume consacré en majeure partie à l'appréciation sympathique des tentatives émancipatrices du protestantisme libéral.

PMrACB. IV

L'oQvrage qae je présente aujoonrhui au public est la continuation, mais la continuation progressive de mon précédent ImeLaPiéié au xix' siMe (1). Dans La Piété, j'accordais davantage, sinon à la négation, qui m*a toujours inspiré la plus profonde horreur, au moins à la critique proprement dite ; je me tenais en quelque façon sur la réserve, sur la défensive. Ma préoccupation dominante était, en affirmant le plus nettement possible le déisme pur et simple, de montrer d'une manière irrécusable qu'il n'est aucunement solidaire de Tétroitesse, du pbarisaume, de l'intolérance des Églises constituées ; bref, je m'attachais plutôt à établir ce qu'il n'est pas, qu'à le définir. Au lendemain des passions déchaînées par la publication de la Vie de Jésus^ et lorsqu'on les sentait encore frémissantes, mal apaisées, mal contenues^ cette disposition d'esprit avait, j'ose le penser, sa raison d'être, sa légitimité.

L'étude sur La Légende chrétienne et la Science mo^

(i) Paris, 186Â; chez Michel Lévy.

ivi PRÉFACE.

deme, qu*on trouvera dans le présenl volume, et qui fut écrite à propos du remarquable ouvrage de M. Peyrat, Histoire élémentaire et critique de Jésus (1), est encore conçue dans cet esprit de réserve quelque peu attristée^ d'expectative armée en guerre, si je peux m*exprimer ainsi.

Je sentais que le déisme français, gaulois, celui de Rabelais, de Molière, de Voltaire, de Bérenger, excellent comme limitation et frein de la tendance méthodiste ou cléricale, s*est créé de sérieux obstacles par l'attitude volontiers négative et même hostile qu'il a prise à Tégard de la narration évangélique, rejetant tout en bloc, supprimant Jésus, se privant de gaieté de cœur d'une incomparable méthode religieuse. Ce déisme auquel je me ralliais faute de mieux, et en le considérant comme une opinion philosophique peu susceptible de se prêter à une construction religieuse, me paraissait singulièrement incomplet et ne me satisfaisait qu'à moitié.

Le Christ et la Conscience de M. Félix Pécaut, suivi bientôt d'un second ouvrage du même auteur, De l'avenir du Théisme chrétien considéré comme religion (2), me frappa vivement et me mit sur la voie de la solution désirable. C'était du Jean-Jacques Rousseau plus consé-

(1) Chez Michel Lévy, 2<» édition.

(2) Chez Joël Gherbuliez.

PR£FACE. ivii

qjuent, du Channiog plus éclairé. Le Vicaire savoyard se trouTait complété. On sorUil de Téquivoque. Dans le système du théologien philosophe, Jésus médiateur disparait pour faire place k Jésus initiateur et auxiliaire de la vie morale. Il reprend ainsi son rang et sa fonction dans Téconomie générale du dé¥elo|q[)ement humain. Il n'est pas tout ravenir, mais au moins il n*est pas exclu du temple futur à la fondation duquel il aura tant contribué.

Cette conception de M. Pécaut me parut ce qu'elle est réellement, très-salutaire, très-féconde, très-grande. Immédiatement je compris que le déisme venait de rencontrer sa plus haute et sa plus large expression et que tous les obstacles allaient être levés, non par une transaction boiteuse et mensongère, mais par la conciliation intelligente, trop longtemps ajournée et différée de renseignement monothéiste de Jésus avec l'élément essentiellement déiste de la conscience humaine.

Si je prends ainsi la liberté d'exposer la suite de mes . impressions, ce n'est point, on me croira je Tespère, pour attirer sur une personnalité peu importante l'attention du lecteur. Le motif auquel j'obéis est plus sérieux. Un homme de bonne foi, suGSsamment instruit et intelligent^ lorsqu'il vient à rendre compte de ses sentiments personnels, ne parle jamais en réalité de lui seul. En se confessant, il en confesse beaucoup d'autres. Le pas décisif que

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m'ont fait franchir les livras de H. Pécaot» ils Tont fait franchir aussi & plus d'un philosophe indécis et même, disons-le, à plus d'un protestant modérément orthodoxe. Seulement, chez ce dernier, l'évolution s'est accomplie eo sens inverse.

Le théisme chrétien est le terrain solide, spacieux, où se rencontrent déjà, où finiront par s'établir définitivement les libres croyants et les libres penseurs. Telle est la conviction à laquelle, pour mon compte, je suis arrrivé, et dont ce livre est l'expression bien imparfaite, sans doute, mais sincère. Dans mes éludes réitérées et persistantes sur la crise que traverse en ce moment le protestantisme français, j'ai eu principalement pour but de mettre en lumière le caractère éminemment progressif et humain que pré* sentera le christianisme rajeuni, intelligemment épuré. Ce christianisme libéral, émancipateur, j'en ai montré la manifestation la plus ferme et jusqu'ici, ce me semble, la plus avancée, dans la belle biographie de Théodore Parker due à la plume justement autorisée de M. Albert Réville (dj. Je pourrais en célébrer l'infatigable apôtre et même un peu le martyr dans la personne du re^ctable M. Martin Paschoud, en butte, depuis si longtemps, aux attaques du bigotisme et de l'intolérance, souvent frappé, jamais ac-

(1) Théodore Pfirker^ sa vie et ses oeuvres (çhsi Joël Chsr*

l^ulies)*

PnfirAGE. xn

caUé ni taincu, jamaki découragé. Espérons* a? êc M. Golaiii, daos le magoifique sermou qu'il a prononcé le 19 octobre 186S, à l'ouverture du consistoire de Stras* boni^ (i) avec M. Félix Pécaut, dans son vigoureux et lumineux opuscule sur V Avenir du protestantisme en France (3), que tant de dévouement, tant de vraie piété, tant de douleurs, de luttes et d'efforts ne resteront point stériles.

Déjèf par une sorte d'émulation généreuse, la philosophie spiritualiste, qui semblait indifférente et engourdie, a secoué sa torpeur, s'est mise en marche. Un philosophe distingué, qui est en même temps un élégant écrivain, M. £• Garo» a rompu des lances contre les champions parim rcdontaUes de l'athéisme moderne. Il y a beaucoup de profit à retirer de son livre, L'/dée de Dieu et sen nouveaux critiques (3), et je n'en voudrais retrancher qti'un chapitre, tout à firit inutile, à mon sens, contre la Vie de Jésus de M. Renan. Je dois aussi mentionner, comme un des symptômes du réveil philosophique provoqué par les agitations religieuses de notre temps, le travail de M. Hippoiyte Destrem intitulé : Du Moi divin et de son action sur l'univers {U)i M. Destrem est un

(1) Chez Meyrueis.

(â) Chez Joël Cherbuliez.

(d) Chez Haehette.

(4) Cbsi Didier.

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