‹ Déjanire; tragédie lyriqueChapitre 7 sur 27 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

Implorez d'eux pour moi quelque métamorphose

Et que je ne sois plus, Mes sœurs, qu'un spectre, une âme, une ombre de moi-même, Fuyante, insaisissable et libre à tout jamais!

Les Mêmes, DÉJANIRE.

Déjanire paraît en avant de sa suite, qui reste au fond. Elle s'arrête un instant sur le seuil avant d'entrer, fixant sur Iole des regards terribles.

DÉJANIRE, à Iole.

Je te vois, et sans qu'on te nomme, Iole, je te reconnais.

Mais toi, me connais-tu? Connais-tu Déjanire? Et ce que je suis, le sais-tu ?

Le ton dont vous parlez suffit à me rapprendre, Noble épouse d'Hercule! reine de Calydôn!

J'aime ton lier regard et ton maintien superbe;

Ma rivale au moins est digne de moi.

Oui, de ton sang je garde encore mes mains pures Mais tu viendras, enchaînée à mon char, Désormais ma captive, Vivre au palais de Calydôn.

Là je te ferai voir que, moi vivante, Hercule

Ne peut pas avoir une autre épouse.

J'ai parlé. Parle donc à ton tour! réponds-moi!

Reine, je n'ai rien à répondre; Je ne suis pas l'auteur du mal dont vous souffrez.

Rumeur de foule au dehors.

LES FEMMES, avec effroi.

Hercule vient! il va paraître!

Hercule paraît. Son visage est terrible. Entrée silencieuse et superbement lente. Il marche vers Déjanire qui soudainement glacée de crainte et de respect recule devant lui, comme fascinée par son regard.

HERCULE

Sortez tous !

Tous se retirent avec crainte. Iole avec ses femmes rentre dans son appartement. Hercule et Déjanire restent seuls.

Tu n'as pas craint de braver ma colère, Femme! depuis quand Tépouse ose-t-elle, Si grand que soit l'amour qu'elle inspira, Se révolter devant la parole du maître? Le juges-tu? l'oses-tu condamner?

Je venais, la rage dans l'âme,

Je venais, la rougeur au front!

Mais tu viens, je te vois, tu parles! — ma colère

Fond comme la neige au soleil.

Je ne sais plus haïr, je ne sais plus maudire,

Et je me souviens seulement

Du trésor que je dois défendre, L'amour qui nous unit, l'inviolable amour!

HERCULE

Tu me parles d'amour et moi d'obéissance!

Obéir!... tu voudrais!...

HERCULE

Ne te souviens- tu pas De tes humbles serments murmurés dans mes bras?

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