‹ Delacroix, raconté par lui-même (volume 2)Chapitre 9 sur 29 · L’INSTITUT CONQ^UIS EN · texte numérisé non relu

L’INSTITUT CONQ^UIS EN

Nous sommes à la veille de la grande exposition qui va faire de Paris, pour la première fois, en 1855, la foire de l’univers. 1854 se passe en préparatifs. Depuis la nouvelle organisation des Salons de peinture, Delacroix fait partie, tous les ans, du jury d’admission nommé par les exposants, et aussi du jury des récompenses composé, à la fois, des élus des artistes et des membres choisis par l’Administration. En 1852, son nom est sorti le deuxième de l’urne, et le premier en 1853. Aussi, le décret du 23 décembre 1853, instituant une commission, présidée par le prince Napoléon, pour préparer la fameuse Exposition Universelle << des produits de l’agriculture, de l’industrie et des beaux-arts », associe-t-il sa personne à celle d’Ingres pour représenter, à elles seules, la peinture au sein de cette commis-

sion, divisée en deux sections, dont l’une spécialement occupée du côté artistique de la manifestation. La rencontre des deux maîtres, qui sont, depuis des années, des adversaires irréductibles, manquera plutôt de cordialité. « Ingres a été pitoyable : c’est une cervelle toute de travers », écrit Delacroix au sortir d’une séance où ils se sont trouvés d’un avis opposé sur la question d’ajouter à l’exposition artistique une partie rétrospective, et où, « aidé de Mérimée», il a fait écarter le projet, auquel son rival s’étaît rallié b). Delacroix est incapable de dominer la répulsion que lui inspire la peinture d’Ingres. A propos de l’ouvrage que son « illustre confrère en plafonds » vient de terminer pour l’Hôtel de Ville, il déclare à un de ses correspondants (=) que « les camées ne sont pas faits pour être mis en peinture » et, s’efforçant en vain de se montrer équitable pour un art trop opposé au sien, il jette sur son agenda (3) : « La gaucherie domine toutes les qualités de cet homme. Prétention et gaucherie, avec une certaine suavité de détails qui ont du charme, malgré ou à cause de leur affectation : voilà, je crois, ce qui en restera pour nos neveux. »

L’Administration, représentée par Frédéric de Mercey, le chef de la section des Beaux-Arts au Ministère d’Etat, qui est en même temps commissaire général de l’Exposition, a remis à chacun des deux artistes dont la haute personnalité a été appelée dans les conseils de l’Etat pour l’élaboration de cette grande solennité la commande d’un tableau pour cette circonstance (h. Ingres peindra Jeanne d' Arc au sacre de Charles VIL Delacroix songe à marcher sur les traces de Rubens en consacrant une grande toile à une épique Chasse aux lions. Ce

(1) Journal, tome II, p. 317.

(2) Lettres, tome II, p. iio.

(3) Journal, tome II, p. 352.

(4) Journal, tome II, p. 313.

Page 1