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rent à leur deinièie métamorphose.
)) Il y a pourtant des fourmis dont les Lifi'es ne tilent pas; ce sont celles des espèces qui ont un aiguillon à deux nœuds au pédicule de l'abdomen. les Lines de certaines espèces passent l'hiver amoncelées au fond de leurs cases; celles-là sont velues, mais seulement en hiver.
» Dans l'état de rniuphes , l'insecte a sa forme complète, toute sa taille , tous ses membres. On voit déjà l'origine des ailes dans celui qui est destiné à voler , mais il lui manque de la force, de la consistance, et il est enveloppé dans une pellicule comme dans un maillot ; bientôt même il devient tout à fait immobile.
Ces nymphes ne savent pas briser elles^ mêmes le fort tissu de leur coque , il faut que les ouvrières les en délivrent.
» Rien n'annonce que la fourmi entende, mais l'extrême sensibihté de ses antennes lui permet sans doute de dé- I. 13.
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couvrir quelque mouvement qui indique l'époque où elle doit briser la coque; toujours est-il qu'elle ne s'y trompe pas. Ce n'est point une petite besogne ; il faut casser les fils un à un , pour pratiquer plusieurs petits trous contigus , puis couper les séparations pour ne faire qu'un trou , par où l'on puisse tirer l'insecte de sa prison. Quelquefois cette ouverture ne suffisant pas, il faut couper une bande dans le sens longitudinal. Four cela, les fourmis se servent de leurs dents comme de ciseaux. Dans une telle occupation , plus d'une ouvrière épuise ses forces ; d'autres les remplacent ; elles reviennent ensuite , et ies travailleurs se multiplient autour de la coque; l'un relève la bandelette, les autres essayent, avec des précautions inGnies, de tirer l'insecte bors de son enveloppe. Ouand il en est sorti > toutes les parties de son corps sont revêtues d'une pellicule, dont ies ouvrières se mettent à le débarrasser.
Elles tirent délicatement les antennes et les antennullcs de leur fourreau ; puis les pattes, ensuite les ailes , quand c'est un individu ailé ; enfin le corps lui-naème. Alors l'insecte peut marcher et recevoir la nourriture, dont il a grand besoin, et (jue ses gardiennes se hâtent de lui offrir. Cela fait , les débris des coques sont rejetés dans les cases les plus éloignées du centre de la fourmilière, ou à la surface extérieure, ou même loin du nid, selon les espèces de fourmis.
» Les gardiennes n'ont pas fini encore leur service ; elles continuent à nourrir les jeunes fourmis; elles leur montrent les sentiers et les labyrinthes de l'habitation ; elles étendent les ailes des mâles et des femelles; sans cela ces frêles organes resteraient froissés. Elles rassemblent dans les mêmes cases les mâles qui se dispersent , et quelquefois elles les conduisent hors de la fourmilière, et les surveillent tant qu'ils y restent. Cette
sollicitude des ouvrières pour les petits, est d'autant plus admirable, que ces ouvrières ne sont pas leurs mères.
)j Tant que la température n'atteint pas le quinzième où le seizième degré du thermomètre de Iléaumur , les mâles et les femelles des fourmis restent dans le nid ; c'est par un beau jour d'été qu'ils prennent l'essor. Les ouvrières ouvrent toutes les issues ; une fermentation extraordinaire agite la peuplade. Les mâles et les femelles sortent , agitent leurs ailes brillantes , se promènent rapidement à la surface du nid , et gagnent les sommets des plantes voisines, soit gazons, fleurs ou arbustes ; les ouvrières les y suivent avec un empressement mêlé de sollicitude , et leur offrent de la nourriture. Tout à coup les mâles s'élèvent dans les airs, les femelles partent ensuite, et les ouvrières rentrent et ferment toutes les issues.
» Les mâles et les femelles forment un essaim qui plane au-dessus de la fourmilière, s'abaissant et se relevant alternativement et avec lenteur ; puis ils retombent sur le sol , reprennent l'essor , et disparaissent pour ne plus revenir.
» Sans armes et sans industrie , les mâles doivent* bientôt périr ; et peutêtre la nature ne leur a-t-elle accordé qu'une courte existence.
» Les femelles , dispersées au loin , vont pondre isolément et fonder de nouvelles fourmilières. En touchant le sol elles s'arrachent elles-mêmes et avec eflbrt leurs ailes devenues inutiles ; elles cherchent un gîte , et deviennent industrieuses et laborieuses comme les ouvrières qui les ont nourries.
» Mais comme il faut que les fourmilières pourvoient à la conservation de la population, les ouvrières ne laissent
pas sortir toutes les femelles capables de la perpétuer. Elles en retiennent ou ramènent violemment plusieurs dans le nid , leur arrachent les ailes , les poussent dans les cases , les y gardent avec vigilance , en un mot , elles les constituent prisonnières; ainsi, le cortège qui entoure les femelles vers l'instant du départ , est moins une garde d'honneur , qu'une escorte destinée à saisir et à ramener celles qui paraissent les plus propres à renouveler la population. Les gardiennes d'une femelle ainsi devenue captive, s'accrochent à ses pattes , ne la quittent pas un instant, et ne la laissent point sortir; mais elles la nourrissent avec le plus grand soin , et la conduisent dans les quartiers dont la température leur paraît la plus convenable. Insensiblement chacune de ces femelles perd l'envie de soj^lir, son ventre grossit; et alors elle n'est plus gardée que par une seule
fourmi qui la suit partout, et prévient tous ses besoins. La plupart du temps , la gardienne , les jambes postérieures posées à terre et les autres sur l'abdomen de sa captive, semble guetter l'instant où celle-ci pondra pour prendre les œufs. Cette sentinelle est souvent relevée; mais aussitôt que la féôïs>ndité de la femelle est bien reconnue, une cour d'une douzaine de fourmis la suit partout, la soigne, la caresse, lui oflre de la nourriture , la conduit par ses mandibules dans les passages difficiles ou montueux, et la porte même dans les dillérents quartiers. Ses œufs sont rangés autour d'elle , et quand elle re- [X)se , un groupe de fourmis l'environne. Les femelles d'une même fourmilière n'ayant aucun pouvoir , n'éprouvent aucune rivalité ; les mères ont chacune leur cour et icçoivent les mômes honneurs que les leines des abeilles. Souvent on les porte dans de loin-
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taines promenades, et voici comme on s'y prend : une ouvrière saisit la femelle par les mandibules; celle-ci se reploie comme une trompe sur le corselet ou autour de la tête de l'ouvrière, qui, bien que plus petite, chemine trèslestement avec son fardeau. On sait que la force des fourmis est bien supérieure à leur taille. Les porteuses se relaient aussi souvent qu'il le faut, et à chaque pose , le cortège fête l'objet de leurs soins.
» Si une des femelles réservées par la fourmilière vient à périr, cinq ou six ouvrières demeurent auprès d'elle pendant plusieurs jours, la brossant (1) etla léchant sans cesse, soit par un reste d'affection, soit pour tâcher de la ranimer.
» Ce que je t'ai dit, ma fille, des travaux des fourmis et de l'éducation des petits , prouve déjà qu'elles doivent
(1) Avec les pallcs aiil(':ris!ires. .
avoir une langue , c'est-à-dire une manière de s'entendre : ce qui achève de le démontrer, c'est la promptitude avec laquelle les sentinelles extérieures portent l'alarme jusqu'au fond du nid.
Inquiète les fourmis les plus éloignées de leurs compagnes à la surface de la fourmilière, tu les verras aussitôt courir vers d'autres fourmis, leur donner de petits coups de tète contre le corselet, leur communiquer par ce moyen leurs crairùcs eu leur col«re aue celles-ci transmettent de même à d'autres, lesquelles les propagent par la même voie. Tu verras bientôt les ouvrières de l'intérieur accourir en foule à la surface et se joindre au tourbillon qu'elles y trouvent. Si une ouvrière parait insensible au premier avis , les coups se répètent jusqu'à ce qu'elle s'agite pour répandre l'alarme et se préparer aux combats. Mais, soit instinct particulier, soit ordre de discipline, le même avis
qui appelle à la surface les ouvrières, en chasse les mâles et les femelles, qui se hâtent de chercher un asile au fond du nid; d'un autre côté , les ouvrière» préposées à la garde des œufs, des larves , des nymphes ou des femelles , n'ont pas plutôt fcçu le signal d'alarme, qu'elles retirent leur précieux dépôt dans les cases les plus profondes.
S'il arrive qu'une fourmi écartée de la masse résiste par un motif quelconque 'ù\L signal da la ielràlie, on ia tire violemment ; si elle se fâche , on la surprend et on l'emporte.
» Les fourrais se dirigent dans leurs courses par la vue, le tact, la mémoire, et probablement l'odorat. Elles vont chercher leur nourriture à de grandes distances; elles reconnaissent leur route; elles savent retourner aux lieux qu'elles ont une fois visités , et regagner toujours leurs nids. Ce n'est pas sans beaucoup d'hésitations , d'épreu-
ves et de recherches, qu'elles se letrouvent une première fois ; mais elles en viennent à bout. Une seule suffit pour en conduire plusieurs, qui amènent l>ientùt toute la bande.
» Quelques espèces , telles que les fourmis brimes, les jaunes, etc., savent même s'indiquer le chemin au moyen de certains gestes faits avec leurs antennes,
j> Il arrive assez souvent qu'une peuplade entière déserte son habitation pour s'en aller ailleurs; mais ce n'est pas, Comme on l'a cciit, à la suite d'une délibération publique et générale.
» Voici comment sopère cette é/iu- ^ratioii. Lorsque des causes suffisantes rendent la fourmilière incommode , quelques ouvrières vont chercher un autre emplacement où elles jettent les fondements d'une nouvelle ville ; puis elles reviennent au nid et recrutent
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des compagnes , tantôt par des caresses qui se font toujours avec les antennes, tantôt par des enlèvements. Si la persuasion leur réussit, elles prennent les recrues par les mandibules, et les conduisent au nouveau gîte. Celles-ci reviennent et aident les premières à recruter. Si la persuasion ne réussit pas . les recruteuses surprennent et emportent quelques fourmis, qui s'habituent vite à la nouvelle demeure , et aident elles-mômes à y conduire ou à y porter toute la peuplade. Quand toutes les ouvrières y sont arrivées, on s'eccjpedes œufs, des Tiymphes ou des larves, qu'on y transporte promptement , et enGn des mâles et des femelles, qu'on y apporte de même; puis on abandonne pour jamais l'ancien nid. Quelquefois plusieurs nouveaux nids se commencent en même temps par diverses bandes qui recrutent dans l'ancien, chacune pour son compte; mais
quand on saperçoit que la peuplade est divisée , on se réunit dans une même fourmilière par de nouveaux recrutements. Quelquefois encore on abandonne le nid commencé pour retourner à lancien, quelquefois aussi, quand la nouvelle cité est trop éloignée de la première pour y porter les fardeaux tout d'une traite , on prépare des gîtes intermédiaires , espèces de relais qui , parfois , deviennent des colonies d'une métropole.
» On trouve aussi dans les bois de sapin, de grandes fourmilières, voisines les unes des autres , se communiquant comme les villes d'un même empire par des routes battues , longues d'une centaine de pieds et larges de plusieurs pouces. Ces routes sont travaillées avec soin, creusées, nivelées, dressées par les fourmis; c'est un art exercé par les seules fourmis fauves.
Cette espèce recrute comme la fourmi
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Jiercule, Vélhiopieîine, la noit'e cendrée, hi sanguine et la mineuse, par les procédés que je viens d'énoncer. Mais le talent de s'entendre par les signes faits avec les antennes appartient aux fourmis brunes , aux jaunes , aux fourmis échancrées , à\x^ fuligineuses Qi'à plusieurs autres.
» La fourmi des gazons saisit par la nuque celle qu'elle veut porter, tandis que les autres espèces qui se portent se prennent par les mandibules.
» Dans leurs émigrations, les brunes et lea fuligineuses ne portent que les mâles et les femelles , qui sans doute ne connaissent pas encore bien leur langage.
» Rien n'égale l'aiïection réciproque des fourmis d'une même peuplade. Là, point de préférences, point de jalousies , point de curiosité indiscrète. Chaque individu s'intéresse également au bienêtre de tous, et ce'ui qui fait une dé-
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uveile avantageuse s'empresse de la i oinmuniquer à la société qui en partage le profit. De même, la société entière s'intéresse au sort de chaque iniluidu.
» Toute fourmi apporte au nid ses trouvailles , quand elle le peut , ou y mène ses compagnes. Si une fourmi est mutilée , ses compagnes s'empressent autour délie et la pansent en versant de leur bouche , sur ses plaies , un suc dont elles connaissent sans doute la vertu. L'attachement de ces insectes pour leurs travaux «t leur fourmilière est tel , que ceux même à qui on coupe l'abdomen, continuent, tant qu'il leur reste un peu de force , de porter au nid les œufs et les larves dont ils étaient chargés an moment où on les a surpris. On peut enlever une partie d'une peuplade , la séquestrer pendant plusieurs mois , au bout de ce temps remettre les captifs en liberté, et on est sur que
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ceux de leur fourmilière qui viendront ; à les rencontrer, les reconnaîtront , les fêteront , les ramèneront au nid , et viendront avec eux chercher les autres jusque dans leur prison , s'ils peuvent y pénétrer.
» La concorde et la paix régnent parmi tous les individus d'une même peuplade ; mais il y a de terribles guerres de peuplade à peuplade , soit de même espèce , soit d'espèces différentes. Je vais te dire d abord un mot de la chasse, nous arriverons ensuite à la guerre.
» Tout l'art des fourmis dans leur chasse consiste à se réunir en grand nombre pour assaillir leur gibier et l'entraîner dans leur nid. Celles des contrées méridionales, plus grandes et plus guerrières, détruisent tous les rats et autres animaux de même force. Les plus grosses proies des nôtres sont des scarabées et des hannetons; cependant elles dissèquent à merveille les lézards
et d'autres botes mortes qu'elles rencontrent.
w La guene. chez les fourmis, se fait généralement à force ouverte. Des armées nombreuses partent de deux fourmilières ennemies , se cherchent , se lencontrcnt et se heurtent. La m^lée n"est d'abord qu'une multitude de combats singuliers ; mais bientôt, de part et d'autre, des fourrais arrivent au secours de leurs champions respectifs accrochés l'un à l'autre. Chaque parti tire le sien de toutes ses forces; et l'on voit alors des chapelets de quinze à vingt fourmis se tiraillant en sens contraire. Elles se tiennent avec une si opiniâtre obstitination que plusieurs se rompent, et la mort même ne leur fait pas lâcher prise. Souvent une fourmi revient du combat, portant à l'une de ses antennes ou de ses pattes la tète, ou même le corps entier d'un ennemi nioit dont elle ne peut se débarrasser.