L \ PETITE S A V V N T E
J ja jeune Amable Coster fille d'un riche médecin de Montpellier , voulait passer à quatorze ans pour un petit prodige. Fille d'un homme célèbre , ses petits ridicules étaient d'autant plus remarqués que son père possédait du talent sans pédanterie, et toute la modestie d'un véritable savant. Amable, avait des sœurs et des frères. Sa mère , toute bonne qu'elle fût pour tous ses enfants , conservait cependant une prédilection très-marquée pour Amable , dont l'éducation s'était faite à Paris, par les soins d'une sœur de madame Coster , qui habitait cette ville , et lui écrivit
qu'Amable , sa nièce , était un vrai phénix. Cette jeune personne , à la vérité , avait effleuré beaucoup de choses, sans rien approfondir. On l'entendait parler de tout d'une manière superficielle : arts, musique, httérature; elle eût Volontiers aussi causé politique , maïs on lui défendait de lire les journaux , comme une lecture inutile à son sexe; obligée alors de s'en tenir à Walter- Scott qu'on voulait bien lui permettre , elle prétendit qu'elle étudiait l'histoire et les mŒurs dans les romans de l'auteur écossais.
^î. Joseph Coster, son frère, âgé de dixhuit ans , sujet fort distingué , qui avait achevé ses études et faisait son droit ; était le plus redoutable de ses critiques. Le jeune Aristarque se plaisait à trouver à sa sœur la beauté , les grâces , l'amabilité de son âge ; mais il éprouvait de grandes contrariétés de la voir aussi pédante ; autorisé et secondé par son I. 2
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père, il résolut de la corriger. 11 ne l'appelait que la nouvelle jeune femme savante, ce qui souvent l'irritait tout de bon et la portait à bouder son fière Joseph ; mais cela ne durait pas. A certains jouis , ils avaient l'un et l'autre permission du papa de réunir dans une salle de la maison une société composée de leurs frères et sœurs et des amis de leur âge; monsieur et madame Coster se joignaient à eux quelquefois. La petite pédante appelait ces réunions des soirées littéraires- et savantes : chacun y apportait son tribut; on s'occupait de lecture , d'essais de littérature , d'extraits d'ouvrages, etc.; et la soirée se terminait par un petit concert que les jeunes gens formaient entre eux.
Amable voulait toujours y briller; aussi priait-elle assez souvent son frère , qui avait un bel organe . de lire les morceaux qu'elle composait. On pense bien qu'elle mit à contribution , dans les
commencements , tous les cahiers d'étude qu'elle avait apportés de Taris.
Les amplifications , les morceaux de style , les extraits d'ouvrages divers , tout y parut pour flatter sa petite vanité ; elle aurait Lien voulu que les. pièces fournies passassent pour être de sa composition; mais il y avait impossibilité , r^iiditoire qui l'entourait était trop éclairé pour se prêter à une pareille complaisance. Xous croyons faire plaisir à nos jeunes lectrices en rendant compte ici de l'une des séances de ce petit athénée , présidé par un docteur de dix-huit ans , et dont lesaffiliés n'étaient pas plus âgés. Tous les membres de l'assemblée étaient réunis à sept heures et demie , et ayant pris place, Joseph Coster ouvrit la séance en ces termes : »
« Mesdames et messieurs , je vous demande le silence pour les lectures d'usage. J'aurai l'honneur , d'abord de
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VOUS lire les morceaux suivants , qui , je pense , intéresseront l'auditoire et seront utiles à nos jeunes lauréats.
DE L' EXORBE (1) .
« L'exorde demande de la^ douceur dans le débit , une diction simple et sans apprêt , qui ne laisse rien soupçonner de l'étude et du travail... Le défaut de l'exorde c'est d'être composé de termes recherchés , d'avoir trop d'étendue , de ne point naître du sujet , de ne point être lié à la narration ; en(!n , de ne point inspirer à l'auditeur la bienveillance , l'envie de se laisser instruire , le besoin d'écouter. «