‹ DelieChapitre 117 sur 363 · LXXXII · texte numérisé non relu

LXXXII

L'ardent désir du hault bien désiré ', Qui aspiroit a celle fin heureuse, A de l'ardeur si grand feu attiré, Que le corps vif est jà poulsiere Umbreuse : Et de ma vie en ce poinct malheureuse Pour vouloir toute a son bien condescendre, Et de mon estre, ainsi réduit en cendre 2 Ne m'est resté, que ces deux signes cy :

L'œil larmoyant pour piteuse te rendre, La bouche ouverte a demander mercy.

Vulcan jaloux reprochoit a sa femme, Que son enfant causoit son vitupère.

Venus cuydant couvrir si grand diffame, Battoit son filz pour complaire a son père. Mais lors Amour plorant luy impropere

1. Ce dizain n'était pas entièrement inédit en 1544. II avait paru en 1542 sous forme de huitain dans la Fleur de Poésie francoise (voir l'éd. de 1543, fol. ciii v°) :

L'ardant désir du hault bien désiré Qui aspiroit à celle fin heureuse, A tellement son ardeur attiré Que le corps vif est desja cendre umbreuse : Et de ma vie en ce point malheureuse Ne me reste que ces deux signes cy, L'œil larmoyant pour te rendre piteuse, La bouche, helas ! pour te crier mercy. Nous n'avons plus que l'éd. de 1543. Un exemplaire de l'éd. de 1542 a figuré au catal. de lalibrairie Damascène Morgand, bulletin $8, ^45761. C'est le seul exemplaire connu (voir la réimpr. de l'ouvrage par Ad. van Bever. Paris, Sansot, 1900, pp. ri et 12, n.). — Cf. Délie, diz. 334 et 350.

2. Cl. Marot, Epigr. cxlviii (éd. Jannet, III, 60), s'étonne que son cœur ne soit pas réduit en cendre.

Maint cas, dont fut le Forgeron honteux : Et de vengeance estant trop couvoiteux Pourquoy, dist il, m'as tu bandé la face ? Sinon affin qu'en despit du Boyteux Aulcunesfois, non voyant, te frappasse ?

Ou le contraire est certes vérité,

Ou le rapport de plusieurs est mensonge,

Qui m'a le moins, que j'ay peu, irrité,

Sachant que tout se resouldroit en songe :

Bien que la doubte aucunesfois se plonge

Sur le scrupule, ou ta bonté demeure. [42]

Vray est, qu'alors, tout soubdain, & sur l'heure Je ris en moy ces fictions frivoles, Comme celuy, que plainement s'asseure Tout en ta foy, thresor de tes parolles1.

Non sur toy seule Envie à taict ce songe 2,

LXXXIII. — 9. à fin — 10. Aulcunesfois (1564) : 1544 donne la faute : Auclunesfois

LXXXIV. — 5. aucunes-fois — 6. IJ44 donne demeure (sans point) LXXXV. — 1. a (T)

1. Cf. Cl. Marot (éd. Jannet, III, 40 : A une Dame touchant un faulx rapporteur) . — Cf. aussi Dette, diz. 85.

Page 1