‹ DelieChapitre 15 sur 363 · INTRODUCTION XXXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXXIII

défendre l'auteur de la Délie, et lui faire un mérite d'avoir renoncé à laisser la poésie « se trainer tousjours, comme les serpens, sur la terre l ».

Il semble qu'il y ait eu, à l'époque, une certaine incertitude sur la façon dont il convenait de juger la Délie; et rien n'est plus significatif à cet égard que l'ambiguïté de l'attitude des poètes de la Pléiade. Du Bellay, après avoir attaqué Scève dans la Deffence, lui consacre un éloge à la fin de l'Olive (son. 105) et dans la Musagnœomachie (i1) 50). En 1 5 5 3, nouveaux éloges » ; mais en 1558, s'adressantà Pontus de Tyard, il blâmera le poète qui se tient sans cesse dans les hauteurs de la contemplation platonicienne ', critique qui, derrière Pontus de Tyard, atteint Maurice Scève. De même J.-A. de Baïf, dans sa Meline (1 552), déclare qu'il ne veut pas s'égarer trop haut, et qu'il tient surtout à rester intelligible. Lui aussi pense à Scève, en disant :

Autre que moy s'égare en ses discours, Non entandu, ni s'entandant luy mesme *...

Enfin Ronsard, après avoir reconnu Scève comme un précurseur dans la préface de ses Odes (1 5 50) s, blâme bientôt la Délie

1. En dehors de toute préoccupation littéraire, les partisans de la cause féministe étaient grands admirateurs de Scève. C'est ainsi que François de Billon (Le Fort Inexpugnable de l'honneur du Sexe Femenin, Paris, Jan d'Allyer, 1555, fol. 35 r°) écrit ceci, en parlant des sœurs de notre poète : « Les compositions desquelles (si bien étoient recueillies) ou bien, que par le loyer de labeur studieux les Femmes feussent aussi ardamment induyttes a cela, que les Hommes y sont poussez, moins n'auroient elles décoré tout leur pais, l'une pour sa Science de Poesye : & l'autre pour ses tretz de nayve Charité & assidue contemplation eschoses divines, qu'a fait & s'efforce faire celluy qui portant le nom de Maurice & pareil surnom qu'elles deux, semble estre leur frère, & de qui aumoins, les œuvres (bien commentez) pourront un jour avoir l'heur du Pétrarque. »

2. Voir le sonnet adressé à Scève par du Bellay lors de son passage à Lyon en mai 1553 (éd. Chamard, t. II, p. 288). Dans les Regrets de 1558 (t. II, p. 163), voir le sonnet 137 :

Sceve, je me trouvay comme le 61z d'Anchise...

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