CLXXXIII
Pourquoy reçoy je en moy mille argumentz
Dont ma pensée est ja si entestée ?
Veu qu'ilz me sont mille noveaux tourmentz
Desquelz mon ame en vain est mal traictée;
Ma face aussi de larmes tempestée
Tresvainement me monstre estre a mort tainct1. [86]
Las ce sainct feu, qui tant au vif m'attainct, Parqui Amour si fainctement nous rit, Ne par rigueur, ne par mercy s'estainct :
Celle l'enflamme, & ceste le nourrit.
En tel suspend ou de non, ou d'ouy2, Je veulx soubdain, & plus soubdain je n'ose. L'un me rend triste, & l'aultre resjouy Dépendant tout de liberté enclose.
Mais si je voy n'y povoir aultre chose, Je recourray a mon aveugle Juge.
Refrénez donc, mes yeulx, vostre déluge : Car ce mien feu, maulgré vous, reluira. Et le laissant a l'extrême refuge, Me destruisant, en moy se destruira.