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Voyez Vianey, Pétrarquisnte en France, p. 45 sqq

J. Michel d'Amboise, fils naturel de Charles d'Amboise, amiral de France, né dans le royaume de Naples au début du siècle, resta jeune sans ressources. Il fit un mariage d'amour avec une demoiselle Isabeau du Bois, qui lui donna un fils; la mère et l'enfant moururent ensemble au moment de l'accouchement. Michel passa sa vie à chercher des protecteurs, et mourut pauvre vers 1547. Voir Lacroix du Maine, t. II, p. 117-118. Du Verdier, t. II!, p. 59, donne une longue énumération de ses œuvres. Voir encore Niceron, t. XXXIII, p. 333 ; Goujet, t. X, p. 327. Du Bellay s'est moqué de son surnom dans la Deffence, liv. II, chap. XI.

6. Ms. fr. 1722, fol. 77 V : une pièce du roi ou de sa secur :

Me recorder au temps de la misère De l'heur passé de ma félicité...

et au fol. 69 r° :

Douleur n'y a que au temps de la misère Se recorder de l'heureux & prospère, Comme aultreffois en Danthc j'ay trouvé.

7. Publiées par Champollion-Figeac. Paris, Inipr. roy., 1847.

XXIV INTRODUCTION

Délie n'est pas originale, même en France, à la date de 1544, et que Scève n'a guère dit autre chose que ce que disaient ses contemporains. Ses modèles même ne lui appartiennent pas exclusivement. Il ne s'est distingué que par son obscurité.

Cette question de l'obscurité delà Délie ne saurait être résolue que par une étude longue et minutieuse de son symbolisme et de ses sources '. Je dois dire cependant dès maintenant que Scève, par cette recherche du mystère que nous révèle son œuvre, continue une tradition très ancienne, répandue au Moyen Age en France et en Italie, et dont l'origine se trouve dans le De Continentia Virgiliide F. Planciades et le Tiwée deChalcidius. D'après cette tradition, les poètes auraient caché sous des fables les plus profonds secrets de la science et de la philosophie. Pétrarque * lui-même, le grand maître de Scève, s'est fait l'écho de ces idées, qui furent communément adoptées au Moyen Age, et, comme avait fait Dante avant lui, il usa souvent d'un symbolisme obscur. Le chantre de Laure même se vante à plusieurs reprises de l'intention qu'il a de se faire difficilement comprendre, et pense que la poésie doit être mystérieuse. Au xvie siècle, ces théories sont toujours vivaces, et l'on se fait toujours de la nature et de l'art la même conception symboliste. La poésie, dit Marsile Ficin, est par sa nature même remplie

t. Cf. Mile, L'art religieux au xiii* siècle en France, Colin, 190*, p. 43 sqq. Il faudrait citer ici les ouvrages de Marsile Ficin, de Pic de la Mirandole, de H. C. Agrippa, etc. Je renverrai seulement aux ouvrages suivants : Fr. Fiorentino, // risorgimento filosofico nel quattrocento, Naples, 1885, et surtout A. délia Tore, Storia dell' Accademia platonica di Firen\e, Florence, 1902, in-40; — Mabilleau, Etude historique sur la philosophie de la Renaissance en Italie, Paris, Hachette, 1881; — A. Lefranc, articles cités plus haut.

2. Pétrarque, Rer. seuil, lib. IV, ep. 4. De qnibusdam fictionihus Vergilii p. 785 (éd. de Bile, Henricpetri, 1554). — De contemptu miindi. Dial. II, p. 351, Contra medicum quemdam..., passim, et p. 1092 : « Poetae studium est ventatem rerum pulchris velaminibus adornare, ut vulgus insulsum... lateat, ingeniosis autem studiosisque lectoribus et quaesitu difficilior et dulcior sit intentu. » — Epist., lib. II, Ep. Zoilo :

INTRODUCTION XXV

d'énigmes '. » Castiglione, dans le Cortegiano (i 528), met dans la bouche d'un des interlocuteurs de son dialogue la défense d'une véritable théorie de l'obscurité dans l'art. « Si les paroles, dit-il, dont on use dans la conversation, ont en elles quelque obscurité, le sens ne pénètre pas dans l'âme de l'auditeur, et, passant sans être entendu, est en pure perte ; mais cela n'arrive pas à la parole écrite ; car si les mots dont use l'écrivain portent en eux un peu, je ne dirai pas de difficulté, mais de subtilité cachée (acutez:.a recondita), ils donnent en quelque sorte plus d'autorité au style, font que le lecteur avance plus lentement, s'élève au-dessus de lui-même, considère plus attentivement ce qui lui est dit, se délecte de l'esprit et de la doctrine de l'auteur, et avec bon jugement, se fatiguant un peu, goûte le plaisir qu'on éprouve à la poursuite des choses difficiles -. » Plus loin, il dit encore : « Mais nous, bien plus sévères que les anciens, nous nous imposons hors de propos certaines lois; ayant devant les yeux les chemins battus, nous cherchons à marcher par les chemins de détour. Aussi, dans notre propre langue, dont l'office est, comme celui de toutes les autres, d'exprimer clairement les idées, nous délectons-nous de l'obscurité ; nous voulons user, dans notre langue vulgaire, de paroles qui sont incomprises du vulgaire, aussi bien que des hommes qui ont reçu une éducation littéraire. » (Ed. Cian, 1910, p. 86.)

L'Italie avait donc ses partisans de l'obscurité . En France, Rabelais se moquait de cette manie des énigmes s, tout en la

quaedam divina Poetis Vis animi est, veloque tegunt pulcherrima rerum, Ambiguum quod non acies, nisi lyncea rumpat. Cf. encore Pétrarque, canz. 22 et 24 :

Intendami chi puô, che m'intend'io. . .

Una chiusa bellezza è piu soave.

(Voir de Nolhac, Pétrarque et THumanisme, Paris, Bouillon, 1892, p. 110 sqq.)

x. MarsileFicin,Comm«H/<!;'iiinPA!/oH«/;f (1548), lib. VI, Z'Alcib., p. 35, — Nicolas de Cusa, vers 1454, écrivait déjà que les choses invisibles de Dieu se connaissent par les choses visibles des créatures. (Cf. Fiorentino, // risorgimento JilosojuM... Naples, 1885, p. 118.)

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