CCCLXXXII
L'heureux séjour, que derrière je laisse. Me vient toute heure, & tousjours au devant, due dy je vient ? mais fuyt, & si ne cesse De se monstrer peu a peu s'eslevant.
5 Plus pas a pas j'esloingne le Levant,
Pour le Ponent de plus près approcher : Plus m'est advis de le povoir toucher, Ou que soubdain je m'y pourroys bien rendre. Mais quand je suis, ou je l'ay peu marcher.
10 Haulsantles yeulx, je le voy loing s'estendre.
CCCLXXXIII
Plus croit la Lune, & ses cornes r'enforce, Plus allégeante est le febricitant :
Plus s'amoindrit diminuant sa force.
Plus l'affoiblit, son mal luy suscitant. 5 Mais toy, tant plus tu me vas excitant
Ma fiebvre chaulde avant l'heure venue.
Quand ta présence a moy se diminue.
Me redoublant l'accès es mille formes.
Et quand je voy ta face a demy nue, De patient en mort tu me transformes.
CCCLXXXIII. — I. croist — renforce (T)— 6. venuë — 7. diminue — 9. nuë
DELIE
CCCLXXXIV
Me desaymant par la sévérité De mon estrange, & propre jugement, Qui me fait veoir, & estre en vérité Non méritant si doulx soulagement, Comme celluy, dont pend l'abrègement De mes travaulx me bienheurantz ma peine, Je m'extermine, & en si grande hayne De mes defFaultz j'aspire a la merveille D'un si hault bien, que d'une mesme alaine A mon labeur le jour, & la nuict veille.
CCCLXXXIV. — I. des-aymant
DIZAINS CCCLXXXIV-CCCLXXXVI
CCCLXXXV
Dessus ce Mont, qui la Gaule descouvre,
Ou Ion entent les deux Sœurs resonner ^
Lors que la nuict a l'esprit sa guerre ouvre 2,
Je luy voulois paix, & repos donner,
Avec le lict cuydant abandonner
Mes tristes pleurs, mes confuses complainctes. [176]
Quand le Soleil dessus ses roues painctes
Celle a mes yeulx soubdain représenta 3,
Qui par douleurs, ny par cruaultez maintes
De ce cœur sien oncques ne s'absenta.