OUVTIETs
de sorte qu’en ajoutant ces chiffres à ceux de la répartition
ci-dessus on arrive à la réduire à ces deux lignes : Patrons : 8.300.000, Salariés : 11.700.000.
Plus de huit millions de patrons! environ. deux patrons
pour trois salariés! Nous.sommes encore loin du moment où une douzaine de magnats du capital auront accaparé la tota-
lité des moyens de production. Si le nombre des patrons
En
est en décroissance, il apparaît avec certitude que sa décroissance est bien lente.
M. Fontaine, rappelant la différence des questionnaires aux divers recensements, n'hésite pas à interpréter ce chiffre. : |
Ainsi compris le nombre des patrons diminue-t-il en France? Je né me hasarderais pas à répondre ni à comparer nos deérmiers chiffres aux chiffres antérieurs.
Je crois qu’il serait encore moins prudent de baser une réponse ferme sur cette constatation que, abstraction faite des travailleurs isolés, 23,5 % des personnes actives recensées ont été classées comme chefs d'établissement en 1806, 25,5 % en 1901 et 31,2 % en: 1906 ; ces chiftres sont influencés par le perfectionnement des méthodes di recensement professionnel.
Pour pénétrer plus avant dans le sujet, laissons complètement de-côté la notion de. « patrons » et prenons les établissements.
l’ensemble des établissements de toute espèce, pour l’agriculture, le commerce, l’industrie, les transports, les professions libétales, s'élève à. :
20720.000!0. 424 0e 0, PT A LR en 1906 A ODA en IOO1 D DA OOON RS AN UT UN en 1806
Mais cette progression est encore trompeuse.
Si l’on veut étudier le mouvement de concentration des entreprises, il faut recourir aux chiffres qui caractérisent les seuls établissements avec personnel, les établissements occupant au moins un ouvrier ou un employé en dehors des patrons. Et il faut prendre 12 nombre des établissements eux-mêmes, et non celui des personnes classées comme chefs de ces établissements.
Les établissements occupant-au moins un ouvrier ou un employé étaient, en :
F0 50 OR ONE Re HER) 314000 F2 01 UN AR AN NN AeER RAn . de 2.256.000 AR RS NI APN RES de 2.390.000
M. Fontaine constate que ces chiffres n’indiquent pas de mouvement accusé, mais du flottement. Néanmoins il croit pouvoir en, conclure que. « depuis 1896, le nombre des: patrons, les vrais, ceux occupant au moins un ouvrier, ne diminue pas sensiblement. »
M. Fontaine distingue ensuite entre les diverses catégories professionnelles :
L'agriculture, de 1.500.000 établissements en 1896, est descendue à 1.336.000 en 1906.
L'industrie, de 603.000 en 1896, est montée à 632.000 en 1906. \
Le commerce, de 250.000 établissements en 1896, est monté ae
à 278.000 en 1906.
M. Fontaine constate encore que ces cuite ne marquent
pas de mouvement, mais de la stagnation. |
Il signale ensuite l’extension du nombre des grands établissements et de leur personnel. De cela personne ne doute, et 1l est inutile de reproduire ses chiffres.
Et il conclut en ces termes
Oui, il y a une concentration industrielle rapide dans les industries de ne Le nombre total des établissements et des salariés augmente, grâce à l’afflux venu de l’agriculture, puisque la population de la France est stationnaire. Le nombre des patrons augmente ; mais le nombre des grands établissements augmente relativement plus vite que celui des petits.
Même phénomène dans le commerce avec cette différence que
le nombre des patrons croît plus vite et que le mouvement de con-
centration est plus lent. |
Dans l’agriculture, diminution à la fois de la population patronale et de la population salariée, diminution du nombre des établissements, concentration faible, très faible des entreprises.
Dans l’ensemble de la France, par suite de ces divers mouvements composants, maintien du nombre des patrons ; importance de plus en plus grande de leur rôle économique, par suite du développement des grandes entreprises industrielles et commerciales.
D'autre part les statistiques officielles du Ministère des finances nous fournissent des chiffres qui confirment pleinement ceux des recensements.
Extrayons-en d’abord le nombre des cotes figurant au rôle de l’impôt foncier. Il était, en chiffre rond, savoir, en :
1826 de 10.297.000 cotes 1835 de 10.895.000 — 1842 de II.512.000 — 1858 de 13.119.000 —
À partir de cette année, on distingue‘entre la propriété
bâtie et la propriété non bâtie, et les statistiques de l’une et
de l’autre n’est pas établie pour les mêmes années. Mais prenons les chiffres des deux dernières années portées au tableau, et qui sont très rapprochées. Nous trouvons, en 1894 pour la propriété non bâtie 13.958.000 cotes et en 1891 pour la propriété bâtie, 6.587.000 cotes. Le total est donc de 20.545.000 cotes, c’est-à-dire environ le double de ce qu’il était en 1826. Dans la même période, la population a passé,
de 31 millions à 38 millions d'habitants ; mais la surface du sol a diminué, puisque, si elle a été accrue de Nice et de la Savoie, elle a été amputée de l’Alsace-Lorraine, c’est-à-dire d’un territoire plus grand. Donc le doublement des cotes est la preuve qu’il y a eu morcellement considérable et non concentration de la propriété foncière.
Un autre renseignement non moins concluant nous est fourni par la statistique du Ministère des finances en ce qui concerne le commerce et l’industrie. Il s’agit du nombre des patentes qui était, en :
16271de T.126.000
1835 de 1.208.000
1842 de 1.502.000
1858 de 1.733.000
1894 de 2.053.000
| 1913 de 2.399.000
Là encore le nombre des cotes a doublé et même un peu plus.
Qu’on interprète ces chiffres comme on voudra, qu’on les rapproche de ceux des recensements avec lesquels ils peuvent plus ou moins différer, il est impossible de leur faire dire que le nombre des commerçants et industriels diminue.
Empruntons encore une constatation au travail déjà cité :
Pour l’Aïllemagne, M. Fontaine indique Île nombre des
patrons recensés en trois années différentes :
10071 74 1895 1882 Agriculture 2.501.000 2.568.000 2.288.000 Industrie 1.977.000 2.062.000 2.201.000 Commerce 1.012.000 844.000 702.000 Ensemble 5.490.000 5.574.000 5.191.000
En vingt-cinq ans, 1l y aurait donc eu, en Allemagne augmentation du Lonbre des patrons de 300.000 environ. Si l’on tient compte de l’augmentation considérable de la popu-
lation générale, il est bien évident que, proportionnellement
à l’effectif de cette population, le nombre des patrons a diminué. La diminution est même absolue pour l’industrie en particulier, et dans cette branche la concentration est très accentuée.
### Mais, pour la France comme pour l'Allemagne, plaçons-nous “on l'examen de ces chiffres, aw point de vue marxiste.
Marx ne se bornait pas à prévoir la concentration des entreprises et des fortunes. Il ajoutait que cette opération s’effectuerait par l’éviction et la disparition dela petite et moyenne bourgeoisie, rejetée dans le prolétariat: S1-ce phénomène s'était effectivement produit, il aurait une grande importance, d’une part parce qu’il augmenterait la force nu-
mérique du prolétariat, d’autre part parce que les éléments
qu'il lui apporterait seraient en général instruits et animés du désir de se venger du grand capital qui les aurait ruinés. Pour les fins révolutionnaires envisagées par Marx, la dépossesion de la petite et moyenne bourgeoisie aurait donc été un fait déterminant. Mais 1l n’y aiplus à se dissimuler aujourd’hui qu’il ne s’est. pas accompli. Marx s’est nettement trompé dans ses prévisions.
Certes la classe capitaliste devient de plus en plus riche et le prolétariat de plus en. plus nombreux. Mais entre ces deux classes extrêmes, appelées à se heurter violemment, les petites et moyennes D s’interposent comme un tampon, où mieux comme un bouclier. pour les- grands. capitalistes avec lesquels elles. se solidarisent contre la. classe ouvrière.
Et leur nombre ne diminue pas. d’une manière appréeiable ; 1l est impossible d'envisager le moment où elles auront disparu et où les grands capitalistes eux-mêmes auront été dévorés: par les très grands. À supposer que cela arrive un jour, ce jour sera si lointain qu'autant vaut ne pas y compter.
Aïnsi s’écroulent les espérances que le marxisme a éveil-
lées dans l’ésprit des prolétaires. Cette réalisation automa-
tique du socialisme, ce n’était qu’un beau rêve. S'ils veulent une amélioration de leur sort, ils ne doivent pas l’attendre en dormant, mais la conquérir de haute lutte.
On ne saurait trop insister sur les conséquences désastreuses qu’a eues, pour le développement du socralisme, l’effondrement des prophéties marxistes sur la marche de l’évo-
lution. Toute la propagande avait été basée sur une entière
certitude de leur réalisation prochaine. Les: éducateurs
vs DÉLIVRONS-NOUS DU MARXISME 109
marxistes avaient fait pénétrer leur foi dans les ‘esprits de leurs élèves. Il y a quarante-cinq ou cinquante ans, ni les uns n1.les autres ne doutaient de l’imminence du dénouement prévu. Aussi avec quelle ardeur ils :se Jetaient dans la bataille! Mais à mesure que les années s’écoulaient :et que des espoirs:se reculaient,.cette ardeur allait se :refroidissant de plus.en plus. Aujourd’hui le vent froid des dures réalités a glacé la belle confiance des premiers jours, et même les ‘plus vaillants ont abandonné le drapeau.
51 les prévisions :marxistes :avaient été confirmées par les faits, l'instauration ‘du socialisme .se serait faite facilement, presque d'elle-même. Le nouveau pouvoir aurait trouvé toute une organisation de production concentrée qu’il n'aurait :eu qu'à tourner vers l’intérêt général. À une tâche ainsi simphiñée, on peut admettre que les faibles capacités :administratives de la classe ouvrière auraient suffi. Marx n'aurait donc .pas été tout à fait déraisonnabie en ‘lui attribuant, à elle seule, toute la puissance politique et économique.
Mais puisque nous voyons aujourd’hui que le socialisme ne surgira pas de lui-même et qu’il sera nécessaire de le créer artificiellement, au prix de luttes pénibles et d’efforts de pensée considérables, 1l faut être dépourvu de tout jugement pour continuer à croire que le prolétariat, réduit à ses seules forces, est à la hauteur.d’une tâche aussi colossale. Avec l’espérance de voir se réaliser les prévisions marxistes, c'est toute la tactique marxiste qu’il faut abandonner.
*## La lutte sera d’ailleurs-d’autant plus difficile que la plus :grande partie du :prolétariat lui-même :est loin d'en comprendre :la nécessité. Sur un autre point, ‘en ‘effet, les Événements ont déçu :les prévisions de Marx. :I1 croyait qu'avec «la -monopolisation des moyens de production, devaient s’accroître «en “bas « la misère, l’oppression, ile :servage, :la dégradation et l'exploitation. » :Kh :bien, très simcèrement, 1l:faut-reconnaître que les ouvriers, dans l’ensemble, :ne<sont pas :plus malheureux aujourd’hui qu’il y a un demi-siècle ou ‘un :siècle. La plupart d’entre eux, même de ceux qui se plaignent, trouvent au fond leur: existence supportable :et tremblent de perdre dans rune ‘révolution plus qu'ils:n'y gagneraient.
. Certes:nous ne justifions-pas leur'passivité qui résulte sur-
tout de leur ignorance. Habitués à leurs dures conditions de vie, ils ne peuvent concevoir une organisation sociale nou-
velle qui, en augmentant leur bien-être, y ajouterait la sécurité. Le marxisme, sur ce point, ne leur a rien appris;
il ne leur parle que de détruire ce qui existe sans leur montrer les avantages qu'ils trouveront à la transformation. C’est moins par satisfaction de la société présente que faute de discerner clairement la nouvelle qu’ils restent méfants à
l’égard du socialisme. Mais enfin il faut reconnaître qu'ils
ne sont pas poussés dans nos rangs par l’accroissement continuel de leur misère qu'avait annoncé Marx.
A cet égard, d’ailleurs, des chiffres décisifs ont été produits.
Dans son ouvrage : « Ce qu’on appelle la féodalité financière », M. Alfred Neymark dit que les « actions et obligations de chemins de fer sont la propriété de plus de 700.000 familles, c’est-à-dire de plus de deux millions de petits rentiers. » |
Dans le Morcellement des valeurs financières, le même auteur établit comme suit le classement d’un certain nombre de valeurs : |
Rentes françaises : 5.096.811 inscriptions, représentant une moyenne de 159 fr. de rente ; |
Banque de France : 28.358 actionnaires ; : -
Crédit Foncier : 40.339 actionnaires ;
Caisse d'épargne : 8.600.000 livrets ;
Dépôts en banque : 300.000 comptes.
Il en conclut qu’il n'existe aujourd'hui qu’une « poussière de titres » et que la France n’est pas une « féodaltté financière » mais une « démocratie financière ».
La conclusion de M. Alfred Neymark est dérisoire, car les petits porteurs de titres n’ont aucune influence sur la direction des affaires publiques, ni même de celles où ils ont mis leurs fonds. Ce sont les grands financiers qui imposent partout leurs volontés et ils constituent bien une féodalité ou une oligarchie financière. Mais les chiffres sont là et 1l faut bien reconnaître que sur les 5 millions de porteurs de rentes françaises et surtout les 8 millions et demi de titulaires de livrets de caisse d’épargne, un nombre assez considérable représente des prolétaires ; par conséquent il n’est
pas vrai que la situation de ces derniers soit plus mauvaise que par le passé.
La misère complète, avec les grandes souffrances qui l’accompagnent, on les trouve dans la dernière couche de la classe ouvrière : le prolétariat unqualified (non qualifié) des Anglais et le lumpen proletariat (prolétariat en guenilles) de Marx, dont il existe dans tous les autres pays des éléments similaires. Ces malheureux, par faiblesse où inconscience sont isolés, incapables de se défendre et impitoyablement exploités. Mais l’ouvrier valide et non chargé de famille gagne assez largement sa vie et ne se refuse pas quelques petits plaisirs, sur le choix desquels il est d’ailleurs souvent assez mal inspiré. Syndiqué, il se défend contre les exigences patronales. En général, dans son égoïsme, il ne s’occupe guère des plus malheureux que lui, et dans son insouciance, il ne pense pas non plus que l’âge, la maladie, un accident, une crise économique prolongée pourront à son tour le réduire au dénûment.
Chez l’ouvrier de type moyen, l’esprit révolutionnaire est donc à peu près nul et il ne faut pas compter, pour l’y déve. lopper, sur l’augmentation de la misère. Il n’est pas juste de prétendre que le régime capitaliste l’a intensifiée. Son crime — et il est assez grand, au milieu de l’augmentation de la richesse, — c’est de ne l'avoir pas fait disparaître, de n'avoir apporté à la masse des non possédants aucune garantie d’existence. |
CAE PARU