‹ Délivrons-nous du Marxisme 1923Chapitre 14 sur 23 · QE · texte numérisé non relu

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production dans des proportions insoupçonnées et de la ré-

partir équitsblement, ce qui serait évidemment la solution de tous les problèmes posés aujourd’hui.

Et pour s'être ainsi solidarisés avec le marxisme Het sant, les partis socialistes actuels sont condamnés à disparaître avec lui. |

"### Surun des points signalés plus haut, le dernier, il est nécessaire d’insister ; la phrase si souvent citée : les pro- Tétaires n’ont pas de patrie, exploitée avec tant d’acharnement contre le socialisme, est peut-être la cause principale de la situation amoindrie où 1l se trouve aujourd’hui.

Constatons ‘d’abord que, malgré sa forme tendancieuse, cette phrase ne répond pas nettement par la négative à la question de savoir si les prolétaires doivent prêter leur concours à la défense nationale. Elle signifie que les prolétaires

me‘participent pas aux avantages attachés pour la bourgeoi-

sie à l’existence d’une patrie. Elle ne dit pas que les prolétaires n’ont pas intérêt à sauvegarder le patrimoine qui, s’il est actuellement celui de la bourgeoisie, deviendra le leur un'jour. Aussi sur cette question, si importante quoique, à proprement parler, elle ne fasse pas partie de la doctrine socialhiste, les divisions qui se sont produites ont été d’une violence qui a amené de véritables déchirements.

Avant la guerre, l’antipatriotisme n’était accepté que par une ‘poignée d’énergumènes.

Dans 'son manifeste du 9 juin 1893, le Conseil National du Parti ouvrier français le répudiait en ces termes énergiques :

. Nous ne laisserons pas traduire notre glorieux cri de : Vive l’In-

ternationale ! ‘par l’inepte hoquet de : À bas la France! “Non, l’internationalisme n’est ni l’abaissement ni le sacrifice

de la patrie.

.…Loin de s’exclure, patriotisme et äinternationalisme ne sont que deux normes, se complétant, du même amour de l’humanité.

Les autres fractions du parti socialiste n’ont jamais affirmé une doctrine différente.

Toutes, alors qu’elles étaient séparées et depuis leur unification, .ont réclamé l'abolition des armées permanentes qu’elles considéraient comme une arme de la bourgeoisie contre la classe ouvrière plutôt que comme un moyen de

défense contre l’ennemi extérieur ; mais c'était pour les remplacer par la nation armée, en qui elles voyaient une sauvegarde plus efficace de Vinébrite de la patrie. |

Ft s’il est vrai qu'aux Congrès unitaires de Nancy et de Paris, des motions proposant de répondre par la grève générale à l’ordre de mobilisation ont réuni une majorité, d’ailleurs assez faible, il faut comprendre que dans la pensée de ceux qui les votaient, la grève générale devrait éclater à la fois dans tous les pays belligérants, de sorte qu'aucune guerre ne serait possible et qu'aucune patrie ne serait en danger. Sans quoi, des hommes comme Vaillant et Jaurès qui soutenaient ces motions ne les auraient pas plus admises que Guësde qui les combattait. Les deux premiers se trompaient, d’ailleurs, et Bebel se chargea de leur ouvrir les yeux au Congrès de Stuttgart, en leur déclarant que le prolétariat allemand n’obéirait pas à l’ordre de grève. On a trop vu, en 1914, à quel point 1l était un instrument passif dans la main du militarisme.

L'état d’esprit du parti socialiste français avant la guerre explique parfaitement son attitude quand la France fut envahie. Ce fut à l’unanimité que les députés du Parti affirmèrent leur volonté de résistance, et deux d’entre eux, Guesde et Sembat, avec l’approbation de leurs collègues, entrèrent dans le gouvernement de défense nationale. Un troisième, Albert Thomas, y entra également plus tard.

Mais au fur et à mesure que la guerre se prolongeait et que grandissaient ses horreurs, cet état d’esprit se modifiait peu à peu. Bientôt une imposante minorité réclama la paix, sinon à tout prix, du moins sans victoire. Un autre élément qui se manifesta aux Congrès de Zimmerwald et de Kienthal, allait même plus loin. Il proposait une action révolutionnaire générale pour une paix immédiate et interprétait la doctrine marxiste dans le sens que les prolétaires du monde entier devaient se solidariser pour abattre les capitalistes de toutes les nations, également responsables de la guerre.

Dans cette La. l’idée de patrie disparaissait conpes tement devant Donna online prolétarien. | |

Rares furent les Français qui l’acceptèrent ; et encore en l’acceptant, ils dépassaient leur pensée et se laissaient entraîner par l’influence croissante des bolcheviks.

C’est que l’antipatriotisme répugne profondément à la mentalité française. La France est, par ses frontières naturelles, par la cohésion de ses éléments ethniques, par son

histoire, une nation bien définie. Kréquemment engagée dans

des luttes contre ses voisins, elle a pleine conscience de la solidarité qui unit ses enfants en présence des agressions de l’étranger. La défense de la patrie est pour tout Français

le premier des devoirs. Aussi nos traditions révolution-

naires sont-elles tout imprégnées d’esprit patriotique.

Voilà ce que ne pouvait pas sentir un cosmopolite comme Marx et ce que ne sentent pas davantage les nombreux élé-

ments étrangers, d’origine sémite ou slave, qui se sont agré-

gés au parti socialiste français. C’est surtout l’influence de

. ces derniers, appuyée par les éléments similaires de l’exté- ? rieur, qui a fait dévier peu à peu le parti français de son

patriotisme primitif et ont amené son avant-garde à une

négation complète de l’idée de patrie et des devoirs qui en

découlent. À chaque Congrès, depuis le commencement de la guerre, les partisans de la défense nationale ont perdu du terrain jusqu’au Congrès de Tours (1921) où ils ont été mis

en minorité.

Il est vrai que certains membres du parti communiste français ne vont pas jusqu’à nier toute obligation envers la patrie. Mais ils subissent la doctrine de Moscou qui oppose

nettement au devoir patriotique le devoir prolétarien. Dans

la polémique bolchéviste les mots « social-patriotes » et « social-traîtres » sont employés indifféremment comme ayant

la même signification.

En résumé la doctrine marxiste, sur ce point comme sur tous les autres, est tellement incertaine que, d’une part, des marxistes comme Guesde, Vaillant, Plékhanof, Vandervelde ont pu se prononcer pour la défense nationale poussée jusqu’à la victoire, tandis que d’autres marxistes comme Lénine et Trotzky ont pu adjurer les combattants de mettre fin à la guerre en jetant leurs armes en pleine mêlée.

Le fait que cette dernière tendance aït prévalu dans le socialisme français est grave pour son avenir. Sur ce point comme sur d’autres, il heurte de front le sentiment national. |

#*#* De même qu'il n’a donné aucune indication sur la meilleure tactique à suivre pour conquérir le pouvoir, Marx n'a pas dit si l’expropriation des capitalistes serait avec ändemnité. Encore une fois nul ne peut faire de prophéties ;

mais une œuvre qui renfermerait toute la doctrine socialiste

ne pourrait être muette sur ce point important. Elle devrait faire connaître les diverses .solutions-en ‘présence, et parmi elles, celle qui paraît le plus désirable, dans l'intérêt même du BA SAR pour faciliter sa réalisation, et aussi-au point de vue du droit et de l’humanité.

En droit pur, on peut évidemment nier toute légitimité de la propriété capitaliste et dès lors la solution logiqué.devrait être l’expropriation sans indemnité. C’est vraisemblablement celle qu’envisageait Marx ; elle était en harmonie avec le caractère révolutionnaire de l’expropriation et la date où elle pourrait être accomplie.

Beaucoup de socialistes en ont jugé ainsi, soit parce qu ils ne voyaient pas la possibilité de se procurer des capitaux suffisants pour payer les indemnités, soit parce que, Marx ne leur ayant appris ni que le socialisme augmenterait considérablement la production ni par quel système financier serait assurée la répartition des produits, ils n’avaient pas songé à une indemnité sous forme de revenus.

D’autres socialistes, préoccupés de désarmer les oppositions qu’ils rencontraient, ont préconisé au contraire l’indemnisation des expropriés par rentes temporaires ou viagères, où au moins leur assistance par pension alimentaire.

À vrai dire ces divergences n’ont jamais troublé les partis socialistes, toujours trop absorbés dans leurs querelles de tactique pour trouver le temps de discuter la doctrine. Mais sur ce point encore l’unité de pensée n’est point faite dans leur sein ; ils n’ont même pas déterminé leur attitude à la:majorité des voix d’un Congrès, et cette incertitude est très nuisible à la propagande.

### On nous vante la profondeur de l’analyse marxiste. La vérité c’est qu’elle est pesante et prolixe ; mais profonde, non.

Une analyse vraiment profonde devrait embrasser la vie sociale dans tous ses éléments et tenir compte de toutes les forces dont l’avenir sera la résultante.

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Mais Marx est en proie à une idée fixe. Il tourne sempiternellement dans le même cercle. Rien n’existe à ses yeux en dehors du conflit entre le prolétariat et ses exploiteurs. S'il mentionne de loin en loin les autres classes, c’est distraitement et sans s’y arrêter. On ne voit donc pas chez lui le mouvement général d’une société, mais un mouvefnent partiel, et bien qu'il attribue aux éléments qu'il étudie le rôle principal dans la transformation inévitable, il est clair que l’heure et les conditions de cette transformation dépendront, dans une mesure plus ou moins forte, de l’action des érionte qu'il néglige.

Ainsi des divers moyens par lesquels se constituent les fortunes, un seul lui apparaît, ou tout au moins il ne s’intéresse qu’à un seul : la plus-value résultant du surtravaïil. Il ne sort pas de là : la plus grande partie du Capital est

consacrée à cette théorie — d’ailleurs erronée dans les ter- mes où il la présente.

Quant aux agissements des spéculateurs, qui faussent à leur profit la loi de l’offre et de la demande, des financiers qui, par mille artifices frauduleux, déponillent l’épargnant, 11 semble les ignorer.

Bien qu’il s’occupe des crises économiques propres au ré-. gime capitaliste, il ne fait pas ressortir l'instabilité des fortunes, déjà grande en temps normal, et que ces crises aggravent terriblement. Pourtant l’indication précise des causes

«t de l'intensité de cette instabilité pourrait détacher du ré- £gime capitaliste un grand nombre de ceux qui en sont ou en

peuvent être victimes. Pourquoi négliger de tels arguments? On peut admettre le nom de régime capitaliste, par

lequel Marx désigne la société actuelle, puisque le capital y est prépondérant. Mais il n’y est pas seul. On a vu plus

haut le nombre considérable de petites entreprises qui y vi-

vent sans exploiter le travail. Il aurait fallu les étudier aussi attentivement que les entreprises capitalistes. A côté de l’action du capital exploiteur, il aurait fallu montrer celle du petit capital, fécondé exclusivement par le travail de

son possesseur. En un mot ce n’était pas seulement le régime capitaliste qu’il aurait fallu analyser, c'était le régime individualiste tout entier.

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130 DÉLIVRONS-NOUS DU MARXISME an

Marx a dénoncé les méfaits du grand capital industriel ;. mais en n'étendant pas son réquisitoire aux petites entre+

prises, il semble les exonérer de tout reproche. Or: si le.

grand capital seul est: néfaste et si le petit est inoffensif,, la solution n’est pas le communisme mais simplement le rem: placement des grandes entreprises: par. des petites. Sans. doute une telle conclusion est contraire au. sens de l’évolution tel que l’a vu Marx. Mais d’autres peuvent la soutenir en se fondant sur l’absence de ses critiques contre les petites entreprises. |

Si l'analyse de Marx s’était étendue. à l’ensemble: du. ré: gime individualiste et avait englobé le rôle social des petites entreprises, il aurait reconnu qu’elles étaient plus nuisibles encore à l’intérêt général que ne le sont les grandes.

En effet si une grande exploitation industrielle ou agricole exploite le travail ouvrier, du moins, en général, à raison de la perfection de son matériel et de ses procédés techniques, elle produit scientifiquement, c’est-à-dire qu’elle donne beaucoup de produits pour peu de main-d'œuvre.

Un tel mode de production crée donc l’abondance et ii suffirait d’une meilleure répartition pour que l’état de cho-. ses devint tout à fait satisfaisant. |

Les petits établissements, au contraire, n'ayant qu’ux outillage primitif ou attardé, gaspillent une énorme quantité de force humaine pour un faible résultat. C’est le régime de la rareté, et même avec une répartition équitable il ne peut aboutir qu'à généraliser la misère.

Il était facile de justifier cette thèse par d’innombrables exemples et de déraciner ainsi le préjugé favorable à la pe: tite propriété qui reste ancré dans beaucoup d’ésprits, en

montrant qu’elle est au moins aussi malfaisante que la.

erande,;au point de vue social, quoique par des raisons diffé rentes.

Il était facile également de montrer qu’en régime com: muniste, la production industrielle, standardisée dans ses. types et effectuée dans de très grandes usines: spécialisées, munies d’un outillage automatique, donnerait, à égalité de main-d'œuvre, des rendements incomparablement supé-

rieurs, même à ceux des meilleurs établissements capitas.

listes.

Par de tels arguments la doctrine marxiste aurait profondément impressionné les esprits raisonnables et spéciale-

ment les techniciens, mieux en état d’en comprendre la por-

tée. |

Mais rien de tel ne s’y trouve ; 1l est vrai qu'il est inu-

tile de convaincre les gens par des raisonnements si la force

des choses suffit à réaliser le socialisme.

### C’est être souverainement injuste envers Karl Marx

que de dire que son matérialisme aboutit à la satisfaction des appétits physiques et à l’exclusion de tout idéal, que le socialisme, tel qu’il le comprend, se réduit à n’être que le parti du ventre. |

Engels avait raison de protester avec indignation contre une telle déformation de la vérité en écrivant :

Le philistin, par le mot matérialisme, entend la goinfrerie, l'ivrognerie, la paillardise, la soif de l’argent, la cupidité et la Tésine, la fabrication du profit et la tricherie à la Bourse, bref tous les vices crapuleux auxquels il s’adonne en cachette ; par idéalisme, il entend la croyance à la vertu, à l’amour de l'humanité et à un meilleur monde en général, choses qu’il pose pour aimer devant le monde. | Le matérialisme n’a, ni chez Marx ni chez les autres phi- Josophes qui l’ont défendu, le sens vulgaire dénoncé par: Engels.

Il faut entendre par matérialisme l’opinion que l'esprit,

loin d’être antérieur à la matière, n’en est que le produit et qu’'ainsi les facteurs moraux sont subordonnés aux facteurs matériels dont ils dérivent. Ainsi compris, le matérialisme s’oppose au spiritualisme qui affirme la primordialité de lesprit. Mais il ne s’oppose nullement à l’idéalisme, c’est-àdire à la poursuite de ce qui peut élever le niveau intellectuel et moral de l’humanité.

Si Marx se préoccupe avant tout des facteurs économiques, c’est-à-dire matériels, c’est parce qu’il a parfaitement compris qu’il est chimérique de chercher à améliorer l’homme tant qu’il restera courbé sous la tyrannie des besoins et que, par conséquent, la tâche la plus pressante est de l’en affranchir.

Ventre affamé n’a point d’oreilles, a dit la Fontaine. Il faut donc commencer par remplir le ventre pour que l’hom-

me puisse écouter le langage de la raison. C’est également

ce qu’exprimait la sagesse latine, dans le proverbe : Primum vivere ; deinde philosophare.

Oui, telle est incontestablement la pensée ca se dégage j

de Voie et de la vie de Marx.

Mais Marx a eu le grand tort de ne point l’énoncer explicitement, et son silence a permis non seulement les interprétations défavorables de ses adversaires, mais les déformations involontaires de ses partisans.

L'idéal n’est pas inconciliable avec sa doctrine ; mais il n’y tient aucune place. Il y paraît même peu en nn

car c’est lui qu’on peut croire visé et atteint par les sareas-

mes impitoyables dirigés contre les « vérités éternelles » :

liberté, égalité, fraternité, justice, droit, dédaigneusement. these de « blagues Done » par Paul Las

gendre de Marx et marxiste outrancier.

Pour être tout à fait juste envers Marx on doit même.

admettre qu’au fond la réforme économique inclut toutes

les réformes morales et qu’elle doit être le seul but immé-

diat du socialisme.

On ne saurait dons approuver Malon lorsqu'il écrivait :

L’iniquité économique est la plus criante ; mais elle n’est pas

la seule iniquité à combattre. Or le socialisme doit attaquer tous les maux sociaux et moraux et mettre fin non seulement à l’exploi-

tation de l’homme par l’homme, à toutes les oppressions et ini-

quités religieuses, familiales et politiques, mais encore à tous les égoïîsmes, toutes les duretés nuisibles, par suite à toutes les souffrances évitables.

Une équivoque redoutable est contenue dans ce passage. J1 semble dire que le parti socialiste, au lieu de concentrer son action contre le régime capitaliste, origine de tous les maux, doit la disperser en s’attaquant en même temps à toutes ses manifestations mauvaises, c’est-à-dire doit combattre à la fois la cause première et ses effets. I1 semble

aussi isoler les effets de la cause et laisser croire qu’on peut

abolir, ou tout au moins atténuer les premiers tant que la seconde subsistera.

C’est bien là l’erreur de la politique réformiste cCont, après Louis Blanc, Malon fut le père comme inspirateur de Jaurès.

C’est la source de déviations comme l’anti-cléricalisme et l’anti-militarisme qui croient pouvoir, en régime capitaliste, abattre le pouvoir des prêtres et mettre fin aux guerres.

C’est aussi le principe de la fatale aberration, si nuisible au développement du socialisme dans les milieux intellectuels, que la transformation mentale doit précéder la transformation économique.

La doctrine marxiste a raison contre tous ces sophismes lorsqu'elle dirige exclusivement vers l’abolition du régime capitaliste les efforts de ses victimes. C’est là le seul but qui doive actuellement nous préoccuper.

Seulement, pour atteindre ce but plus sûrement et plus vite, il fallait ajouter et démontrer que tous les buts moraux étaient atteints, que toutes les aspirations idéales étaient réalisées du même coup. Et Marx ne l’a pas fait. Quelle puisance de pénétration son silence a fait perdre au socialisme !

Là encore on retrouve son dédain pour tout moyen de convaincre les hommes. Convaincus ou non, ils seront en-

traînés par le torrent de l’évolution. Cet état d’esprit pure- ment fataliste, que traduit constamment l’œuvre de Marx, est une des plus grandes faiblesses de sa doctrine.

Aussi, après les réserves faites sur la thèse de Malon, doit-on l’approuver impartialement lorsqu'il ajoute que le socialisme, s’il découvrait la beauté de son but idéal, « rallierait sous ses drapeaux non seulement les prolétaires in-

| dustriels en particulier et les salariés en général, mais tous . les souffrants et tous les espérants. »

On doit approuver également son collaborateur Rouanet écrivant dans la Revue socialiste du 15 décembre 1887 :

Le dévouement, l’esprit d’abnégation et de sacrifice, les hautes

vertus morales, facteurs indéniables du progrès humain que le

socialisme est appelé à faire entrer dans un cycle nouveau, telle est donc la lacune du socialisme marxiste contemporain.

ï Et il faut encore s’associer à la pensée de Georges Re- __ nard, un autre collaborateur de Malon, écrivant dans : Etu- des sur la France Contemporaine :

Les rédacteurs de la Revue socialiste osent faire briller de nou-

veau devant les yeux de la foule un idéal de justice qui puisse l’attirer et la guider... cet idéal n’a rien de surnaturel ni de divin ;

c’est un foyer de lumière purement humain ; c’est un phare allumé par l'élite des générations disparues, éclipsé quelquefois, maïs qui reparaît toujours et qui, de siècle en siècle, jette de plus en plus de clarté! k MU

Ils soutiennent que montrer aux hommes un avenir meilleur, c’est leur inspirer la volonté de le réaliser. Ils disent qu’appuyer sur le droit les revendications socialistes, c’est leur donner ume double force, car d’un côté c’est affaiblir la résistance de leurs adversaires, préparer parmi eux des défections et rendre ainsi, comme il arrive dans toute révolution qui réussit, les futurs vaincus complices de leurs futurs vainqueurs ; d’autre part, convaincre les assaillants qu'ils sont les soldats de la bonne cause, c’est leur mettre au cœur cette énergie virile qui fait les héros et les martyrs...

Les rédacteurs de la Revue socialiste ne réhabilitent pas seulement l’idée du droit, ils rendent hommage au sentiment, si cruellement honni et bafoué. Ils n’ont pas honte d’avouer qu'ils ont un cœur, ils ne comprennent pas pourquoi la science étoufferait la compassion, ils n’affectent pas d’être insensibles à la souffrance humaine.

Ainsi, quoi qu’en aient dit les marxistes orthodoxes, ce qu’il fallait reprocher à Malon et à ses adeptes, ce n’était pas leur réaction contre la sécheresse exagérée de Marx, mais plutôt le réformisme sur lequel ils se sont laissés glisser et qui les a conduits à confondre leur politique avec celle des radicaux. Maïs cette déviation n’était nullement la conséquence de leur réhabilitation de l’idéal. Ils auraient pu affirmer leur idéalisme tout en restant fermes sur le terrain du socialisme. Et c’est ce que devra faire le parti socialiste de lPavenir.

Sans doute, pour la masse des hommes, l’intérêt est le seul mobile auquel ils puissent obéir. Heureux encore quand ils sont pleinement conscients de leurs véritables intérêts et ne se laissent pas séduire par l’appât d'avantages immédiats, plus ou moins tangibles, qui tournent ensuite à leur détriment. En s'adressant à l’intérêt, Marx bâtissait donc sur le solide et ce serait une faute d'abandonner ce terrain éprouvé.

Mais la foule n’est pas tout : il faut compter aussi avec

l'élite, moins nombreuse mais formée d’éléments supérieurs à grande action, et dont la force morale compense largement l’insuffisance numérique. Or l’élite est indifférente à son intérêt ; elle n’est sensible qu’à l’altruisme, au bien commun ; elle se sacrifie au besoin pour l’intérêt général. Le marxisme ne pouvait donc avoir beaucoup de prise sur elle

“puisqu'il dissimule les buts humains du socialisme au lieu de les mettre en lumière «et qu'il faut, pour: des. découvrir, sortir de ses sentiers étroits.

Marx ne donne aucun aliment aux sentiments généreux de l’élite ; dans aucune partie de son œuvre ‘on ne découvre trace ‘de la moindre sensibilité. Il constate les souffrances des hommes aussi froidement que s’il enregistrait un phénomène de la nature inanimée. On pourra répondre que le chirurgien qui torture pour guérir ne doit pas s’émouvoir, dans l'intérêt même de l’opéré. La comparaison ne serait pas juste, car Marx ne guérit rien et son indifférence, réelle ou affectée, fait perdre à sa cause la force considérable, le puissant désir de vaincre le mal qu’engendre dans les âmes le noble sentiment de la pitié. Citons encore ce passage de Georges Renard :

Le socialisme ne peut accepter pour base le principe antimoral et bassement individualiste de l’intérêt personnel ; il doit reposer sur le sentiment social par excellence, sur celui qui relie l’homme à l’homme, qui a créé la société et que la société renforce chaque jour, c’est- à-dire sut la sympathie pour tout ce qui vit.

« O sainte et trois fois sainte pitié, s’écrie Malon, vertu mère, vertu régénératrice et réparatrice, sois notre déesse, reçois notre culte. »

Quelle fatalité pour le socialisme de n’avoir pu trouver encore sa véritable voie et de ne s’être arraché au sentimentalisme exclusif qui lui cachait les réalités que pour tomber dans l’exagération contraire!

Pourtant non seulement l'intérêt, lorsqu'il s'élève au-dessus du bas égoïsme individuel, n’est pas incompatible avec le sentiment ; mais il se confond avec lui. Tous les hommes sont solidaires et les uns ne peuvent trouver de bonheur pur et durable dans le malheur des autres. Travailler pour tous, c’est encore la plus sûre manière de travailler pour soi. En mettant cette loi de solidarité à la base de ses institutions, le socialisme donnera donc à la fois satisfaction aux intérêts matériels et aux aspirations morales.

Marx le comprenait sûrement, puisqu’il fut le type le plus élevé de l’altruiste qui se sacrifie entièrement au bonheur de l’humanité, en même temps que le modèle de toutes les vertus privées. Qu'il ait eu la modestie — ou l’orgueil —

$ He ne di offrir sa Does vie en exemple, OR | Mais qu "il ait dénié toute valeur aux mobil s

à ne et nous cblige ainsi à pose entre et les autres, n'hésitons pas à écarter ce qu'il a dit p

quoi il ne APR en négliger aucune.

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