‹ Délivrons-nous du Marxisme 1923Chapitre 15 sur 23 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

La déviation syndicaliste

Pêu de prolétaires organisés, sans doute, liront ce livre, écrit par un homme qui a dévoué sa vie à leur cause, qui y a tout sacrihié et qui y restera fidèle jusqu’à la mort. Les journaux en qui ils mettent leur confiance, ou feront le silence sur lui, ou en parleront sans justice. Et si, exceptionnellement, quelques travailleurs socialistes ou syndicalistes en prennent connaissance, la plupart, habitués aux louanges hyperboliques que leur prodiguent les démagogues et les atrivistes, goûteront peu la sévérité de nos jugements et trouveront la vérité amère. |

Particulièrement ceux d’entre eux chez lesquels l’esprit syndicaliste a pris le caractère d’un véritable fanatisme admettront difficilement qu’on puisse faire la critique de leur doctrine sans être leur ennemi. Et pourtant c’est dans leur intérêt même que nous allons montrer qu’ils ont mal choisi le champ de leur action. Ils ne comprennent pas à quels dangers ils s’exposent en entreprenant une œuvre aussi formidable que la transformation sociale après avoir commencé par écarter le concours si nécessaire des bonnes volontés et des capacités qui leur viendraient des autres classes. Ceux qui ont fait naître et entretiennent cette erreur dans leur esprit les conseillent aussi mal que si, au moment de s’embarquer pour une traversée longue et périlleuse, ils leur disaient : mettez à terre l’équipage du bateau, vous suffirez seuls à la manœuvre.

Pourquoi, d’ailleurs, tant d’obstination à suivre une voie

funeste et tant d’acharnement, parfois haineux, contre ceux qui en préfèrent une autre? Le syndicalisme n’est pas une fin, mais un moyen d’arriver à l’affranchissement économique de la classe ouvrière, de lui assurer le bien-être et la sécurité auxquels elle a droit. Et si ce but est atteint, qu’importe que ce soit par le syndicalisme ou autrement? | Travailleurs qui aspirez à prendre en maïns le gouvernement du pays, élargissez un peu votre horizon, habituezvous à être plus tolérants et plus justes envers ceux qui ne craignent pas de vous signaler vos fautes, lorsque, manifestement, vous ne pouvez douter de leurs bonnes intentions.

#*#*# Le lecteur ne doit pas s'attendre à trouver dans ce chapitre une histoire du syndicalisme et une discussion de ses doctrines. On ne peut l’examiner ici que dans ses{rapports avec le marxisme et à ce point de vue nous allons démontrer :

Que le syndicalisme, bien qu’il soit incontestablement une déviation de l’idée marxiste, a son origine dans la conception de la lutte de classes qui est propre à Marx et qu’il est ainsi un produit du marxisme.

2° Que le syndicalisme a été un grand malheur pour le mouvement socialiste c’est-à-dire pour la classe ouvrière en premier lieu et pour toute l’humanité ; et que de ce malheur Marx est responsable.

Avant de justifier ces deux propositions, quelques éclaircissements sont nécessaires :

Le syndicalisme est une doctrine qui s’est dégagée, en France, du mouvement syndical, mais qui ne fait pas corps

avec lui et qui est loin d’être acceptée par la totalité des

syndiqués. | Les syndicats sont nés du besoin des ouvriers de s'unir pour résister aux prétentions patronales. Leur création fut toute spontanée et remonte à une date très antérieure à la loi du 21 mars 1884 qui leur reconnut une existence légale. Emile Pouget écrit, dans une brochure publiée en 1908, sous le titre : La Confédération générale du Travail :

C’est parce que, en fait, les syndicats avaient conquis leur place

au soleil que l’Etat s at avisé de leur reconnaître une existence

légale ; il a sanctionné ce qu’il ne pouvait empêcher. Il l’a fait

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