‹ Délivrons-nous du Marxisme 1923Chapitre 16 sur 23 · PAS · texte numérisé non relu

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d’ailleurs avec l’arrière-pensée de canaliser et d’énerver cette force ouvrière.

On a même prêté à Waldeck-Rousseau, le père de la loi du 21 mars 1884, une autre arrière-pensée plus machiavélique encore : celle de faire servir le corporatisme de dérivatif aux revendications socialistes jugées plus dangereuses. Si vraiment cet homme d'Etat a vu aussi loin, il a montré une réelle pénétration de l’avemir et a bien mérité de la classe privilégiée.

Le but des premiers syndicats ouvriers n’était pas la suppression du salariat, maïs l’obtention de meilleures conditions de travail : salaires plus élevés, durée moindre, opposition aux tentatives patronales de réduire les salaires et d'augmenter le nombre des heures de travail.

Ainsi compris, le syndicat substituait l’égoisme corporatif à l’égoisme individuel. Il ne travaillait qu’au profit de la profession et en somme contre la masse des consommateurs, toujours menacée d'augmentation du prix de vente des produits quand leur prix de revient était relevé par Îles

concessions faites aux ouvriers.

Sur ce terrain, il aurait fini par dresser les différentes profession les unes contre les autres et engendrer d’irrémédiables divisions au sein de la classe ouvrière. Le danger fut reconnu, la solidarité ouvrière comprise et peu à peu des mesures furent prises pour élargir l’action syndicale et la coordonner.

C’est ainsi que se constituèrent la Confédération générale du Travail, organisme central, et la doctrine syndicaliste qui ne tarda pas à dépasser le but primitif et à prendre un caractère nettement révolutionnaire. Il ne s'agissait plus d’arracher des concessions au patronat, mais de le supprimer.

L'homme qui, dans la période de transition, fut le cerveau du mouvement naissant, Fernand Pelloutier, sortait des rangs de la bourgeoisie. Esprit ardent, toujours entraîné vers les solutions extrêmes, il avait d’abord adhéré au marxisme et appartenu au Parti ouvrier français. Mais son tempérament l’entraînait plutôt vers l’anarchie et 1l se détacha du marxisme orthodoxe, tel que le comprenait le

Parti ouvrier français, en en conservant la notion essen- + tielle : celle de la lutte de classe, à laquelle il donna une RL MAS nouvelle interprétation.

Pelloutier mourut en 1900 ; mais le principe de lutte de ï. classe est resté après lui la base invariable de la doctrine, | syndicaliste.

#*## Cette origine marxiste du syndicalisme ne peut être contestée par personne. Mais il est nécessaire de la prouver rigoureusement.

Georges Vvetot, qui a vécu dans l’intimité de Pelloutier, dont, dit-il, l’idéal et les principes étaient les siens, et qui lui succéda comme secrétaire de la Fédération des Bourses \ du Travail, a écrit dans la revue Floréal (mars 1920)

Selon moi, ce qui caractérise particulièrement Pelloutier dans. son œuvre d’éducateur du peuple, de militant et d’organisateur syndicaliste persévérant, c’est la conviction qu’il avait de rendre possible la maxime de Karl Marx : « L’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes! »

Il concevait que, parmi eux, les prolétaires pouvaient et devaient trouver les hommes courageux et expérimentés capables de diriger le travail, d’organiser la production et de la répartir équita- ÿ blement selon les besoins de tous et de chacun. Le ER 1 Toute son action d’éducation et d'organisation s’orienta vers ce

ut.

Ayant compris que toutes les conquêtes du Prolétariat devaient aboutir à la suppression de l’exploitation de l’homme par l’homme, il ne négligeait rien qui pût aider l’exploité à rendre moins lourd son fardeau. Mais il ne concevait pas qu’on pût suggérer aux travailleurs que leur émancipation pouvait dépendre d’autres que d'eux-mêmes.

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Pouget, dans la brochure déjà citée, écrit :

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Au Congrès corporatif de Limoges de 1895, la classe ouvrière s’est donné une organisation autonome, indépendante de tous les partis démocratiques.

Ces aspirations révolutionnaires l’ont amené à se constituer en parti de classe, en opposition à tous les autres partis et en opposition à toutes les autres classes.

Elle entend aussi réaliser et fortifier des groupements aptes à accomplir l’expropriation capitaliste et capables de procéder à une réorganisation sociale sur le plan communiste.

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Pouget cite les statuts types édités par la Confédération générale du travail, pour servir de base à tous ses groupements. On va voir par les extraits ci-dessous qu’ils sont À inspirés du plus pur marxisme : 4

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Considérant que, de par les effets de l’industrie moderne et de l'appui logique que procure le pouvoir aux détenteurs de la propriété et des instruments de production, il y a antagonisme permanent entre le Capital et le Travail ;

Que, de ce fait, deux classes bien distinctes et irréconciliables sont en présence : d’un côté ceux qui détiennent le Capital, de l’autre les producteurs qui sont les créateurs de toutes les richesses, puisque le capital ne se constitue que par un prélèvement effectué au détriment du travail ;

Pour ces raisons, les prolétaires doivent donc se faire un devoir de mettre en application l’axiome de l’Internationale : « L’émancipation des travailleurs ne peut être l’œuvre que des travailleurs eux-mêmes.

* Voici encore d’autres passages de la brochure de Pouget où l’idée de lutte de classe est présentée comme le principe fondamental du syndicalisme : |

. De la conception corporatiste aussi bien que de l’espoir en l’intervention de Etat découlait la collaboration des classes, substituée à la lutte de classes, pierre angulaire du syndicalisme.

La besogne du syndicat qui prime toutes les autres et qui lui donne son véritable caractère d’organisme de combat social, est uue besogne de lutte de classe...

C’est cela qui est, en France, l’objectif dominant de l’organisation syndicale : la lutte de classe.

D'autre part, un marxiste ardent quoique non orthodoxe, Georges Sorel, a écrit dans sa brochure : la Décomposition du Marxisme, en parlant du rôle considérable de Fernand Pelloutier dans la formation de la doctrine syndicaliste :

La nouvelle école... purgea le marxisme traditionnel de tout ce qui n’était pas spécifiquement marxiste, et elle n’entendit garder que ce qui était, suivant elle, le noyau de la doctrine, ce qui assure la gloire de Marx.

Et ailleurs :

Pelloutier avait un sens très net de la nécessité qui s'impose de fonder le socialisme sur une absolue séparation des classes.

Au surplus un autre document officiel, la résolution du Congrès d'Amiens (1906) confirme les citations qui précèdent. Le Congrès d'Amiens a eu, dans le mouvement syndicaliste, une importance exceptionnelle. Il a fixé sa doctrine, et depuis elle n’a pas varié. Les deux tendances qui ont toujours existé dans le syndicalisme et qui ont abouti à sa scission complète, les révolutionnaires et les réformistes,

se “écbhnent également des décisions d'Amiens, chacune Les interprétant selon son point de vue.

Or la résolution d'Amiens affirme la lutte de classe qui

« oppose sur le terrain économique les travailleurs en révolte contre toutes les forces d'exploitation et d’oppression, tant matérielles que morales. »

Mais en même temps la résolution d’ non confirme le

caractère spécial du syndicalisme déjà affirmé dans:les: élaborations précédentes, et précise sa tactique propre :

Non seulement la Confédération générale du Travail est un organisme de classe, mais elle est, dit la résolution d'Amiens: « le seul organisme de classe réel ». |

En conséquence elle doit, non seulement rester: autonome, mais n’entretenir aucun rapport avec le parti socialiste.

Le syndicalisme, dit encore la résolution d'Amiens est apte à préparer et à réaliser, sans interventions extérieures, par la grève générale, l’expropriation capitaliste et la réorganisation sociale avec, pour base, le syndicat qui, de groupement de résistance, se transformera en groupement. de production et de répartition.

La. résolution déclare enfin : « qu’afin que le syndicat atteigne son maximum d'effet, l’action économique doit s'exercer directement contre le patronat, les organisations confédérées n'ayant pas, en tant que groupements syndicaux à se préoccuper des partis et des sectes. »

Et le vote par lequel a été adoptée cette résolution ne prête à aucune équivoque, car il a été émis à la presque unanimité des mandats représentés. C’est par 834 mandats contre une trentaine qu'a été repoussée la proposition de Renard, délégué du textile, qui demandait que la Confédération entrât en rapport avec le parti socialiste.

*## J] faut le dire : le parti socialiste avait dans une certaine mesure provoqué une telle décision en refusant d’admettre dans ses Congrès les représentants des syndicats. Mais pouvait-il faire autrement? Un syndicat est neutre par essence, puisque. pour y être admis, il suffit d’exercer la profession à laquelle il s'applique. Le parti socialiste, au contraire, a une doctrine précise. Admettre dans ses Congrès des éléments hostiles à sa doctrine et assez forts numé-

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