‹ Délivrons-nous du Marxisme 1923Chapitre 18 sur 23 · RES · texte numérisé non relu

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dresseraient devant le gouvernement socialiste : en présence du déchaînement des espérances, des craintes et des fureurs, nul arrêt ne serait possible : ajourner serait échouer, et échouer serait périr.

Le concours de toutes les intelligences supérieures, de toutes les forces vives d’un pays est évidemment indispensable pour mener à bien une tâche aussi colossale. Une mentalité ouvrière moyenne n’en conçoit même pas toute l’étendue : trop de connaissances lui font défaut pour qu’elle puisse s’en rendre compte. C’est parce que les militants syndicalistes ignorent les difficultés à vaincre qu’ils s’imaginent les surmonter aisément. Certes ils comptent parmi -eux des spécialistes de la plus grande valeur et capables de prendre en main des services importants. Mais la technique n’est pas l’organisation et, de toute évidence la Confédération générale du travail manque de cerveaux préparés à résoudre les problèmes d'ensemble. On l’a bien vu il y a trois ans lorsqu'elle a essayé d’aborder pratiquement les questions complexes de la reconstruction. Le grand organisme d’études qu’elle avait créé, sous le À nom de Conseil Economique du Travail, n’a abouti qu’au néant et ses nombreuses commissions ont depuis longtemps cessé de fonctionner sans qu’un seul projet viable soit sorti de leurs délibérations.

Un tel avortement était la conséquence fatale de la mauvaise méthode employée. Au lieu de commencer par fixer les | principes généraux, le Conseil Economique du Travail a éparpillé son effort sur une foule de questions de détail en recherchant pour chacune d’elles une solution particulière. De plus, pour affirmer son esprit réalisateur et éviter le reproche de verser dans l’utopie, il n’a étudié ces solutions que dans le cadre de la société actuelle, ne paraissant ainsi envisager une transformation intégrale que comme lointaine et même problématique. Et comme ce que l’on conçoit mal ne saurait s’énoncer clairement, il a adopté, pour formuler ses aspirations, une expression nouvelle, peu heureuse puis- … qu’elle a besoin d’une interprétation pour être comprise : la nationalisation industrialisée.

De leur côté les syndicats de la tendance révolutionnaire,

FE

après s'être montrés sceptiques sur la tentative des dirigeants réformistes de la Confédération, ont manifesté à leur tour l'intention d'entrer dans la voie reconstructive: Ils ont

adopté une résolution dans ce sens au Congrès minoritaire

de Lälle en juillet 1921. Mais jusqu’à présent 1ls n’ont abouti à rien : au lieu de définir les bases fondamentales d’une société communiste, ils se perdent dans un projet de

contrôle ouvrier, voué d’ailleurs à un échec complet, et qui, même s’il se réalisait, confèrerait simplement: à la: classe ouvrière un droit de participation à la gestion. des entreprises capitalistes. Voilà à quelles timidités se réduisent pratiquement les révolutionnaires les plus audacieux en paroles.

"Tr Ibest évident que, du fait de son instruction insuf-

fisante, la classe ouvrière dans toutes ses fractions n’a pas l’envergure nécessaire pour résoudre seule le problème soeial. Autant, sur les détails, elle apporterait de lumières

précienses à une commission composée principalement d’élé-

ments intellectuels, et où elle serait représentée, autant, livrée à.elle-même, elle est impuissante. :

Or: le vice constitutionnel du syndicalisme c’est de repousser les concours plus éclairés qui pourratent s'offrir à lim des autres classes. Sauf quelques éléments d'employés

et de petits fonctionnaires, ils n’admet que les travailleurs

manuels.

Les professions intellectuelles, dont certaines, travaillant pour des patrons, appartiennent réellement: au prolétariat et dont certaines autres, si elles sont indépendantes, n’exploi-

tent pas: du moins le travail d'autrui, ont dû former des

groupements séparés.

Aïu: début de 1920, ces groupements se sont agglomérés

et ont formé la Confédération des Travailleurs: Intellectuels qui.est divisée en onze sections : Art dramatique et musical, Arts plastiques et graphiques, Enseignement, Fonctionnaïres, Lettres, Presse, Professions libérales, Sciences pures et apphiquées, Techniciens du Commerce, Techniciens de l’Industrie,, Groupements interprofessionnels.

On voit, par la simple lecture de cette énumération, toute la. valeur: des éléments qui, n’ayant aucune place dans la

De 27:

Confédération générale du Travail, sont oblicés de s’or-. ganiser séparément. N'est-ce pas folie pure que de penser qu'on peut se passer de leur concours pour préparer et réaliser la transformation sociale?

Mais allons plus loin :-n’est-il pas évident qu’il existe dans l’agriculture, dans l’industrie, dans |: commerce, des compétences nombreuses qui n’entrent pas dans la catégorie des: travailleurs intellectuels et ne devraient pas moins participer à la refonte de nos institutions?

Envisageons par exemple la classe des paysans petits proprétaires, plus nombreuse en France que le prolétariat. Assurément 1l est chimérique d’espérer la gagner en majorité au socialisme. Mais peut-on espérer lui imposer un régime qu'elle repousserait unanimement? Tout au moins faudrait-1l avoir avec soi ses éléments les plus intelligents qui pourraient, au moment décisif, exercer sur les autres une influence apaisante, notamment, empêcher la masse paysanne, d’affamer les villes en cessant de vendre ses produits. Or le syndicalisme écarte de principe tous les paysans. Il entend gouverner contre eux en s'appuyant sur la force ouvrière. C’est tout simplement insensé.

*## Encore une fois il ne peut être question d’enfermer en quelques pages une étude critique complète du syndicalisme : il n’est examiné ici que dans ses points de contact avec le marxisme, notre sujet principal.

Signalons donc, pour terminer ce chapitre, d’abord une énorme lacune qu’il a empruntée au marxisme, puis une précision regrettable apportée par lui à une phrase équivoque du Manifeste communiste.

Nous avons déjà fait remarquer que la théorie de la plusvalue, en expliquant exclusivement par l’exploitation du travail l’origine et l’accroissement de l’accumulation capitaliste, passait sous silence d’autres causes de cette accumulation, et notamment les agissements des spéculateurs et des financiers qui, bien plus que le travail industriel, sont la source des grosses fortunes.

Les syndicalistes révolutionnaires n’ont pas sans doute l'intention de laisser subsister les parasites de la Banque et de la Bourse dans leur organisation syndicaliste de la so-

ciété future, quoiqu’ils n’en parlent pas beaucoup. Mais en

attendant ils les laissent bien tranquilles, tandis qu'ils font une guerre au couteau aux industriels, plus intéressants cependant, puisque tout en cherchant à s’enrichir, ils produi-

sent, alors que les financiers s’enrichissent en ne produi-

sant rien.

Qu’un grand établissement de crédit rétribue convenablement son personnel, qu’il n’exige pas de lui trop d’heures de travail par jour, il est en règle avec le syndicalisme et peut impunément se livrer aux pires pirateries sans qu’on lui en demande compte. On ne s’occupe de lui que comme employeur et son rôle normal de détrousseur échappe à la critique syndicale !... N'est-ce pas là un bel exemple du particularisme qui, malgré les prétentions du syndicalisme marxiste À la généralisation, est sa caractéristique? Il ne voit jamais qu’une partie des hommes et qu’un côté des choses.

Enfin le syndicalisme a repris à son compte la célèbre

phrase de Marx : les prolétaires n’ont pas de patrie ; mais 1l l’a dépouillée de son caractère vague et en a fait un axiome formel d’antipatriotisme ouvertement affirmé.

« Le prolétaire ne peut avoir de patrie » écrivait Victor .Griffuehles, ancien secrétaire de la Confédération générale du Travail, dans l'Action syndicaliste ; « il ne peut être pa- -triote ».

Il est juste de reconnaître que, pendant la guerre, la majorité réformiste de la Confédération a donné son concours dévoué à la défense nationale. Mais la minorité lui en a fait grief, et grâce à sa campagne acharnée, l’antipatriotisme, qui n'avait trouvé que peu d’écho, même chez les extrémistes du parti socialiste, est devenu la doctrine d’une fraction appréciable, quoique minime, du prolétariat. C’est une des raisons qui ont contribué le plus à élargir le fossé qui sépare les syndicalistes révolutionnaires de la masse du prolétariat, car l’antipatriotisme répugne profondément au sentiment français.

### En résumé, Karl Marx, en même temps qu’il lançait

son appel à l’union des prolétaires de tous les pays, leur apportait une doctrine qui devait fatalement aboutir à les di-

soit part o que trop. vague, ht prêtait à dé interpré- | 1 divergentes, soit parce qu ’elle était inacceptable Hat

re F6 | onnait L aux éléments ie et raisonnables de Ja pop

intérieur de les tendances contraires se livrent t des bats acharnés. :

| le os n° a été plus impuissant et jamais,

le sont les fruits du marxisme.

CHAPEIRE X::

Le socialisme marxiste en France

Le marxisme n’a pas tué l’ancien socialisme français, si

lorissant dans la première moitié du XIX° siècle, et ne s’est

pas substitué à lui à partir de la. publication du Manifeste communiste. Ce document est resté à peu près ignoré en France pendant plus d’un quart de siècle.

Ce furent l’implacable répression de l'insurrection ouvrière de juin 1848 et la longue période de réaction étouffante qui la suivit qui anéantirent les magnifiques espérances de rénovation sociale, alors en plein épanouissement.

Elles ne se firent jour de nouveau — bien timidement —

que vers la fin du deuxième empire, pour disparaître une seconde fois à la suite des fusillades de mai 1871 et des déportations qui les suivirent. |

Disons à ce propos que la Commune de Paris n’eut de caractère socialiste ni dans: son origine ni dans ses actes.

Ses décrets les plus audacieux, notamment la suppression

du budget des cultes et la nrise à la disposition de la nation des biens,, meubles et immeubles des corporations. religieu-

ses (2: avril) ; l'interdiction du. travail de muit dans les boulangeries (20 avril ; l'interdiction à toute admimistration pu-

blique ou privée d’infliger une amende ou: une retenue sur les salaires aux ouvriers et employés (27 avril) ; l’établissement d’une-statistique des ateliers abandonnés « pour leur prompte mise er exploitation par l'association coopérative des: ouvriers et. employés » n'avaient rien de commun avec le véritable programme socialiste.

#*#*# La première Internationale de 1864, d’ailleurs, dont beaucoup de membres de la Commune faisaient partie, bien que Karl Marx ait été au nombre de ses fondateurs, sans y jouer apparemment un rôle actif, et bien que ses statuts

commeñcent par proclamer que « l’Emancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes » ne s'était pas montrée plus hardie sur le terrain des revendications économiques. Ses membres français, imbus de la métaphy-

sique proudhonnienne n’envisageaient aucune transformation du régime de la propriété. Et les membres des autres nations n'étaient pas plus avancés. Aussi le préambule des Statuts adoptés par le Congrès de Genève de 1866 était-il tout à fait incolore :

.…J/Association reconnaît comme devant être la base de sa con-

duite envers tous les hommes la Vérité, la Justice, la Morale, sans distinction de couleur, de croyance ou de nationalité.

Pas de devoirs sans droits ; pas de droits sans devoirs.

D'ailleurs lorsque la justice impériale condamna les mem- ‘bres du bureau parisien de l’internationale, elle ne trouva d’autres griefs contre eux que ceux portés au considérant

ci-après : « Attendu que le but des associés était l’amélio-

ration du sort de tous les ouvriers sans distinction de nationalité, et ce par la coopération, la production, le crédit... »

Ce ne fut qu’au Congrès de Bâle de 1868, et malgré l’opposition des délégués français, que l’Internationale, sur la proposition de Bakounine, se prononça pour la suppression de la propriété individuelle.

*## [éclipse des idées socialistes en France devint plus complète encore après la saignée de la Commune. Le prolétariat parisien, amputé de ses plus vaillants militants, était retombé dans l’impuissance, et les revendications ouvrières ne trouvèrent une expression, bien timide encore, que dans le sein des premiers syndicats qui se constituèrent à partir de cette époque :

Les onze premières corporations qui s'organisent et fondent, le 28 mai 1872, le Cercle de l’Union syndicale ouvrière, ne cherchent « qu’une entente commune réglant les intérêts divers » des employeurs et des employés. Et lorsque ce Cercle central qui se pro-

posait de clore « l’ère des grèves » est supprimé par le veto administratif du 22 octobre, les vingt-huit délégations des groupes

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ouvriers qui le composaient alors rédigent une déclaration procla- manñt que le but qu’elles ont toujours poursuivi, c'était « la fin de l’antagonisme existant entre le patronat et le salariat par la formation de commissions mi-partie ouvrières et mi-partie patronales, chargées d’arranger à l’amiable tous les différends ».

C’est le même esprit conservateur qui guide la délégation ouvrière envoyée à l'Exposition Universelle de Vienne (1873), sous le patronage et avec le concours politique et financier des Tolain, des Cantagrel et autres politiciens radicaux. Dans le rapport collectif des cent délégués de quarante-deux corporations parisiennes et de divers groupes de Nancy, Angers, Angoulême, etc., l’organisation syndicale est donnée comme le dernier mot de l’affranchissement des travailleurs, appelés par leurs épargnes (le mot y est) à « organiser l’enseignement professionnel et général, à fonder des sociétés de consommation et de production et à arriver progressivement à l’annulation de l'intérêt du capital par l’établissement du crédit mutuel ».

La délégation qui va à l’Exposition de Philadelphie (1876) n’est pas animée d’un esprit différent ; et si son rapport s’exprime différemment, c’est qu’il ne fut publié qu’en 1879, après que la mamière de voir de quelques-uns de ses membres eut été modifiée par : la propagande socialiste. (Aperçu historique sur le Parti ouvrier français, par A. Zévaës.)

Ainsi, jusqu'en 1876, le socialisme français ayant tout à fait perdu de vue son idéal élevé d’avant 1848, se réduisait à la coopération, au mutuellisme, à la revendication du crédit aux associations ouvrières. Ce furent les seules questions agitées au Congrès de Paris en octobre 1876, auquel

étaient représentés 101 syndicats et 45 cercles d’études s0-. ciales. |

#*#* Mais l’année suivante, Jules Guesde, rentré d’exil, fondait le journal l’Egalité et commençait sa propagande collectiviste qui n’eut tout d’abord qu’un médiocre succès. En effet, au Congrès ouvrier national de Lyon (janvier 1878) une proposition tendant « à étudier les moyens pratiques pour mettre en application le principe de la propriété collective du sol et des instruments de travail » ne recueillit que huit suffrages.

Observons en passant que cette proposition était en contradiction formelle avec la doctrine marxiste qui exclut toute recherche de moyens pratiques et d’application.

On retrouve la même hétérodoxie dans le manifeste adressé en 1870 par Jules Guesde et ses amis, non seulement aux prolétaires industriels et agricoles, mais encore aux paysans-propriétaires, ainsi qu’aux petits industriels et pe-

tits commerçants. Ce manifeste, d’où le mot et même l’idée de lutte de classe étaient absents, se terminait par cette phrase :

La Révolution que nous vous appelons à faire n’atteint que les oisifs, que da féodalité terrienne, industrielle et commerciale, qui

a succédé à l’ancienne féodalité de la noblesse et de l’é épée. Elle

sauvegarde tous les intérêts légitimes, c’est-à-dire les intérêts de tout ce qui, à un ‘titre quelconque, et sous quelque forme que ce soit, travaille et produit. — Et c’est pourquoi elle s’accomplira tôt ou tard, parce qu’elle est la Révolution de ia Justice.

Cet appel à la justice était en opposition absolue avec l’es-

prit du Manifeste communiste qui écarte dédaigneusement les facteurs sentimentaux. Toutefois le but final, la sociali-

sation des moyens de production et d'échange, était en con-

cordance avec le but marxiste. Le socialisme français avait enfin retrouvé sa voie.

Après avoir purgé une condamnation à six mois de prison qui lui avait été infligée pour délit d'association, Jules Guesde reprit avec ardeur sa propagande, secondé par un noyau d’amis dévoués.

Aussi, au Congrès ouvrier de Marseille P'actobte 1800, la minorité du Congrès de Lyon devint majorité, et la coupure

se ft nettement entre l’élément coopérateur qui avait à sa

tête M. Barberet et l’élément vraiment socialiste.

La résolution adoptée par la majorité du Congrès déclare que l'appropriation collective de tous les instruments de travail et forces de production devait être poursuivie par tous les moyens possibles.

De plus le Congrès proclama la nécessité pour les salariés de se constituer en parti politique de classe et de participer aux luttes électorales.

Pour la première fois l’idée marxiste de lutte de classe était donc officiellement admise comme base de l’action socialiste en France. Avec des interprétations diverses, elle n’a pas cessé, depuis, d’en être le levier essentiel.

Et en même temps, comme conséquence de sa décision

d’entrer dans les luttes électorales, le parti socialiste fran-

çais, en voie de formation, décidait de joindre à l’affirmation de son but principal, un programme de revendications immédiates où programme minimum.

Le programme .électora!, divisé en deux parties, comprenait donc : d’une part des considérants expliquant le programme intégral ; d'autre part un certain nombre d'articles applicables en régime capitaliste.

Adopté en premier lieu dans un Congrès régional tenu à Paris en juillet 1880, il fut confirmé par le Congrès national du Havre quatre mois plus tard et devint en quelque sorte la charte constitutive du parti socialiste, définitivement formé sous le nom de Parti ouvrier français.

Le nouveau parti, dit M. Zévaès dans la brochure déjà citée, « était basé sur le terrain de la lutte de classe, il repoussait à la fois toute compromission avec les anarchistes d’une part, avec les coopérateurs de l’autre, et poursuivait, avec l’action révolutionnaire comme moyen, le collectivisme envisagé comme but. »

Le même auteur, dans sa brochure : les Guesdistes, précise ainsi la politique générale du Parti ouvrier français :

ee but du Parti ouvrier français... c’est la transformation du mode de propriété, la socialisation des moyens de production. Ce but sera réalisé par un prolétariat organisé en parti distinct pour la conquête du pouvoir politique, et se plaçant sur le terrain de la lutte de classe.

La lutte de classe résultant elle-même de la division de la société en classes : tel est donc le fait que, dans leur active propagande, les guesdistes se sont attachés sans cesse à mettre en lumière, et c’est en partant du fait de la lutte de classe qu’ils ont déterminé leur attitude politique à l’égard des problèmes qui ont pu se poser depuis trente ans.

#*## Dans les divers Congrès nationaux annuels qu’il a tenus jusqu'en 1902, le Parti ouvrier français a fixé sa doctrine sur diverses questions importantes. Nous allons citer quelques extraits de ses résolutions pour bien le caractéri-

À es 8 |

Sur la question religieuse, le Parti ouvrier français a toujours été très libéral, estimant que la religion est une affaire privée. Il s'exprime en ces termes dans sa résolution du Congrès d’Issoudun (septembre 1902) :

Le Parti ouvrier français rappelle aux travailleurs que l’affranchissement intellectuel ne peut pas précéder, qu’il ne peut que suivre l’affranchissement économique et que, par conséquent, le

seul anticléricalisme sérieux en régime bourgeois est l’anticapitalisme.

Les religions, ainsi que toutes les conceptions surnaturelles, ne disparaîtront que dans une société où, toute classe exploitante dis: parue, l’humanité, maîtresse de $es moyens de production, sera devenue sa propre providence.

Voici maintenant, sur la question de la patrie, un passage du Manifeste du Conseil national de juin 1893 :

L’internationalisme n’est ni l’abaissement ni le sacrifice de la patrie. Les patries, lorsqu'elles se sont constituées, ont été une première et nécessaire étape vers l’unité humaine à laquelle nous tendons et dont l’internationalisme, engendré par toute la civilisation moderne, représente une nouvelle étape aussi inéluctable. Et de même que la patrie française ne s’est pas organisée contre les différentes provinces qu’elle arrachait à un antagonisme caduc pour les solidariser, mais en leur faveur et pour leur plus libre et large vie, de même la patrie humaine que réclame l’état social de la production, de l’échange et de la science, ne s’opère pas, ne peut pas s’opérer aux dépens des nations de l’heure présente, mais à leur bénéfice et pour leur développement supérieur.

Et voici comment le Congrès de Paris (octobre 1893) précisait les devoirs du prolétariat au point de vue de la défense nationale :

Pas plus que la solidarité ouvrière n’exclut ou ne limite le droit et le devoir de se défendre contre les ouvriers traîtres à leur classe, la solidarité internationale n’exclut ou ne limite le droit et le devoir d’une nation de se défendre contre un gouvernement, quel qu’il soit, traître à la paix européenne. La France attaquée n’aurait pas de plus ardents défenseurs que les socialistes du parti ouvrier. | ci

Au Congrès de Nantes (1804) la déclaration suivante a été faite sur la question des grèves : F

Le parti ouvrier ne voit et n’a jamais vu dans les grèves que les conséquences naturelles et nécessaires de la société capitaliste basée sur l’antagonisme des intérêts et des classes.

Le socialisme ne pousse pas aux grèves ; il ne les provoque pas. Mais il en tient compte comme d’un fait, lequel détermine sa conduite et ses devoirs. Notre devoir est, partout où le conflit se produit, de prendre la défense des grévistes. Moins nous sommes des fauteurs de grèves, plus nous devons nous porter au secours de REA contraints à se refuser à un travail devenu intoérable.

Le même Congrès a catégoriquement écarté la grève générale comme moyen de faire la révolution en lui opposant la conquête du pouvoir politique :

Instrument inégal et partiel de défense dans la présente société,

à plus forte raison la grève ne sauraït-elle être, même généralisée,

l'outil de l’affranchissement ouvrier. Préparer la grève générale, ce serait conduire le prolétariat dans une impasse, le diviser contre lui-même en grévistes et non-grévistes ; ce serait immobiliser, dans la lutte pour la libéraiton commune, les travailleurs des campagnes et organiser nous-mêmes notre propre défaite.

C’est sur le terrain politique que le prolétaire est l’égal du capitaliste, supérieur même au capitaliste, puisque les prolétaires sont 12 nombre. Ce n’est que par l’action politique, par la conquête du pouvoir politique, que les travailleurs organisés pourront s’éman-

<ciper en Socialisant ‘les moyens de production, de transport et de distribution des produits.

En ce qui concerne la politique coloniale, le Parti ouvrier français, par le passage ci-dessous d’une résolution de son Congrès de Romilly (1895) a déclaré repousser formellement la colonisation dans sa forme capitaliste ; mais il n’a pas envisagé la question de savoir si la colonisation sur des bases différentes, pourrait être conservée en régime socialiste. De son silence et de l’attitude de certains de ses membres en certaines circonstances, on peut inférer qu’il ne la repoussait pas d’une façon absolue : |

Considérant que la politique coloniale est une des pires formes

de l’exploitation capitaliste, qu’elle tend exclusivement à élargir le champ des profits de la classe possédante, en épuisant de sang et d’argent le prolétariat producteur. |

Le XIII Congrès national du Parti ouvrier français s'élève de toutes ses forces contre les flibusteries coloniales pour lesquelles aucun socialiste conscient ne votera jamais ni un homme ni un sou.

En 1899, l’entrée de M. Müillerand dans le cabinet Waldeck-Rousseau posa le problème de la participation du parti socialiste au pouvoir, c’est-à-dire de sa collaboration | avec les partis bourgeois. Le Congrès d’Epernay (1800) à . cet égard, sous l’influence d’éléments modérés, fut üun peu moins net que ne l'était personnellement Jules Guesde qui s’y montrait résolument opposé :

Le Congrès rappelle :

Que par conquête des pouvoirs publics, le Parti ouvrier français

a toujours entendu l’expropriation politique de la classe capitaliste, qüe cette expropriation ait lieu pacifiquement ou vio-

| lemment ;

Qu'elle ne laisse place, par suite, qu’à l’occupation des positions électives dont le parti peut s'emparer au moyen de ses propres forces, c’est-à-dire des travailleurs organisés en parti de classe ;

I1 laisse pour l’avenir au Conseil national le soin d’examiner à

l’occasion et selon les circonstances, si, sans quitter le terrain dela lutte de classe, d’autres positions peuvent être occupées.

La politique du Parti ouvrier français, on Île voit, était

extrêmement nette. Il avait su la dégager de toute compromission avec l'anarchie et avec le modérantisme. Aussi de-

vait-elle rencontrer une vive opposition dans des milieux divers. Ajoutons que la parole âpre et tranchante, la dialec-

tique incisive, les mots à l’emporte-pièce de son chef Jules

Guesde, dont la manière, avec moins de talent et plus de

prétention à l’infaillibilité dogmatique, était imitée par ses élèves, n’était pas faite pour favoriser les idées de conci-

lation.

*## Depuis longtemps, au sein du Parti ouvrier français,

les éléments purement réformistes combattaient la fraction de gauche rangée autour de Jules Guesde et du journal l’'Egalité.

La scission éclata au Congrès de St-Etienne (1882) à L

suite de polémiques entre l’Egalité et le journal le Prolétaire, dont le rédacteur le plus en vue était le docteur Paul Brousse. Les réformistes y eurent la majorité : ce que voyant, les collectivistes se rendirent à Roanne pour y tenir

un Congrès séparé qui affirma à nouveau le programme pré-

cédemment établi.

La majorité de St-Etienne, de son côté, adopta le titre officiel de « Fédération des travailleurs socialistes de

France ». On lui donna plus couramment le nom de parti

possibiliste.

Les amis de Benoit Malon et lui-même se tinrent à l'écart, et l’influence de Paul Brousse resta prépondérante. Brousse, personnellement, représentait l'extrême droite du socialisme, envisageant à peine et dans le lointain, la socialisation générale des moyens de production, limitant ses revendications à l’étatisation ou à la municipalisation des services publics. et s’associant constamment à la politique des radicaux, plus préoccupé, en somme, des luttes parlementaires que des intérêts du prolétariat.

##*# Une telle attitude ne pouvait convenir aux éléments ouvriers de son parti, et particulièrement aux prolétaires manuels, à tendance plutôt démagogique et anarchisante,.

hostiles à Jules Guesde dont ils trouvaient les formules trop

rigides, mais nullement disposés à subir une ohgarchie

bourgeoise sous l’étiquette socialiste.

Ils se groupèrent autour de Jean Allemane, qui avait fondé le journal le Parti ouvrier et une polémique violente éclata entre cet organe et le Prolétaire que dirigeait Paul Brousse. Le diapason était tel que les deux adversaires ne se traitaient plus que de « sieur Brousse » et de « sieur Allemane » et se jetaient à la tête les accusations les plus graves.

Le conflit se traduisit en scission ouverte au Congrès de Châtellerault (1800). Les partisans d’Allemane se détachèrent de ceux de Brousse et fondèrent le Parti ouvrier sacia-

liste révolutionnaire. Par la suite les deux fractions furent simplement désignées par les noms de leurs chefs respec-

tifs : les Broussistes et les Allemanistes.

Le caractère démagogique du nouveau parti se manifestait de toutes parts. II n’admettait aucune direction, même

morale.

« Des maîtres, des chefs », disait le rapport d’un de ses membres Léon Michaux, au Congrès de 1891, « l'essai en a été assez fatal pour y renoncer à jamais. Que notre orga-

misation repose entière sur la volonté commune, librement exprimée dans nos fédérations et dans nos congrès. »

Et le parti supprima son Comité national pour le remplacer par un simple secrétariat général sans aucun pouvoir.

Il déclara d’ailleurs se placer sur le terrain de la lutte de classe.

Il n’y a jamais eu, à proprement parler, de doctrine allemaniste. La ce la plus caractéristique du parti était le rejet par les travailleurs manuels du concours des intel-

lJectuels.

Par la suite, une fraction des allemanistes se détacha du

parti, avec Arthur Groussier, pour former l’Allhiance com-

muniste.

#*#*# Un autre parti a joué un certain rôle dans la forma-

tion du parti socialiste actuel ; il reconnaissait pour chefs,

en premier lieu Blanqui, par a suite Fudes et Granger, et

plus tard Vaillant. Le Comité révolutionnaire central, son

premier groupement, fermé et peu nombreux, se divisa 4e

l’époque du boulangisme, Granger et Ernest Roche ayant pris parti pour le général démagogue et Vaillant lui étant hostile. | | |

Sa tactique primitive était de préparer des coups de main, des émeutes, pouvant amener une révolution. C'était la méthode de DU dus Mais les dernières tentatives de ce genre

n’eurent aucun succès. L'une, l’attaque du poste des sapeurs-pompiers de la Villette, dirigée par Fudes et Granger quelques mois avant le 4 septembre 1870, au moment où l'Empire semblait mûr pour le coup d’épaule final, échoua

devant l’indifférence populaire : ce ne fut qu’une bagarre. La seconde, à laquelle Blanqui lui-même prit part : la journée du 31 Dbie 1870, contre le gouvernement de la Dé-

fense nationale, quoique beaucoup plus sérieuse, fut a

ment vaincue.

D'ailleurs les progrès de l’armement rendaient les insur-

rections de plus en plus difficiles. Aussi le Comité révolu-

tionnaire central, s’il continua à parler beaucoup de la Ré-

volution, ne jugea aucune occasion assez favorable pour passer aux actes.

.. En 1898, il s’élargit et prit le nom de Parti sociahste révolutionnaire. Sa doctrine a toujours été mal définie. Il se réclamait de Marx en même temps que de Blanqui, mais considérait le socialisme comme un mouvement plutôt que comme un but. Par la suite son action a été surtout réformiste

##*# Mais la puissante personnalité de Jean Jaurès, qui commença à s'affirmer après les élections de 1893 où il avait été élu, amena au socialisme des éléments nouveaux, venus surtout des milieux intellectuels.

Jaurès adopta le réformisme de Benoit Malon et de son groupe ; mais son talent PRCSDEIERE d’orateur et d’écrivain lui donna un rayonnement qu’il n’avait jamais eu jusque là.

I] acceptait d’ailleurs sans réserve la doctrine de la lutte de classe et considérait comme primordiale la nécessité pour le prolétariat de s’organiser en parti politique de classe.

ré

Foncièrement idéaliste, il ne voyait pas d’incompatibilité entre son idéalisme et le matérialisme de Marx. Il s’engagea avec ardeur dans la bataille dreyfusiste et y entraîna une fraction du parti socialiste. Le retentissement | énorme de ses polémiques contribua beaucoup à rallier au- tour de ui une élite de professeurs et d’intellectuels qui parurent un moment acquis au socialisme, mais qui l’abandonnèrent pour la plupart ensuite.

Malgré l'éclat de sa propagande, Jaurès ne devint pas le chef d’une nouvelle organisation nationale socialiste ; mais 1l imprégna de ses idées beaucoup de membres des anciennes organisations et beaucoup d’éléments non groupés, ainsi que plusieurs fédérations départementales autonomes.

##* La multiplicité et les antagonismes des organisations existantes étaient évidemment une faiblesse pour le socialisme français. Aussi tendait-il de plus en plus vers l’unité

et elle se serait réalisée plus tôt si l’entrée de M. Millerand dans le ministère Waldeck-Rousseau, en même temps que le général de Galliffet, le massacreur de la Commune, n’était venue surexciter les colères et raviver les discordes entre socialistes. |

Aussi un Congrès général, qui réunit dans la salle Japy,

en décembre 1800, des délégués des diverses organisations ; nationales, des Fédérations autonomes et des groupements indépendants (ces derniers composés d'éléments jauressis- | tes) n’aboutit qu’à la constitution d’un Comité général com- mun, dans lequel chaque fraction était représentée propor- tionnellement à ses forces, les organisations nationalement constituées étant maintenues.

__ Ce fragile commencement d’union fut rompu l’année sui- vante, au Congrès de la salle Wagram, dont les guesdistes, qui en formaient la fraction principale, se retirèrent. Le surplus du parti socialiste, composé de groupements . hétérogènes, tint un Congrès à Lyon, en mai 1901. Mais une nouvelle scission s’y produisit : les blanquistes, l’Al- liance communiste et plusieurs fédérations autonomes s’en ms séparèrent et s’unirent au parti ouvrier français pour for- + mer le Parti socialiste de France sur la base des principes suivants :

Entente et action internationale des travailleurs ; organisation se politique et économique du prolétariat en parti de classe pour la: conquête du pouvoir et la socialisation des moyens de production de et d'échange, c’est-à-dire la transiormation de la société capita-

liste en société collectiviste ou communiste.

Parti de révolution, et par conséquent d’opposition à l’Etat bour-

geois, s’il est de son devoir d’arracher toutes les réformes susceptibles d'améliorer les conditions de lutte de la classe ouvrière, 1l ne saurait en aucune circonstance, par la participation au pouvoir central, par le vote du budget, par des alliances avec des partis

bourgeois, fournir aucun des moyens ‘pouvant PAISRESS la domi-

ation de: la classe ennemie.

De leur côté les jauressistes et les RO formèrent

le Parti socialiste français qui défendit la pERRSe réformiste et la participation ministérielle.

#*#*# Les deux grandes organisations françaises s’affrontèrent en août 1904 au Congrès international d'Amsterdam et y défendirent chacune son point de vue.

Ce fut la tactique de Jules Guesde, appuyée par la démocratie socialiste allemande, qui lemnort La motion adoptée condamnait nettement la tactique de la participation ;

Le Congrès repousse (ou répudie) de la façon la plus énergique

les tentatives révisionnistes tendant à changer notre tactique eprou-

vée et glorieuse basée sur la lutte de classe et à remplacer la con

quête du pouvoir politique de haute lutte contre la bourgeoisie par une politique de concession à l’ordre établi.

La conséquence d’une ner tactique révisionniste serait de faire d’un parti qui poursuit la transformation la plus rapide possible de la société bourgeoise en société socialiste — d’un parti, par suite, révolutionnaire, dans le meilleur sens du mot — un parti Se contentant de réformer la société bourgeoise.

C’est pourquoi le Congrès, persuadé, contrairement aux tendances révisionnistes existantes, que les antagonismes de classe, loin de diminuer, vont s’accentuant, déclare :

1° Que le Parti décline toute responsabilité, quelle qu’elle soit, dans les conditions politiques et économiques basées sur la production capitaliste, et ne saurait, par suite, approuver aucun des

moyens de nature à maintenir au pouvoir la classe dominante ;

29 Que la démocratie socialiste ne sauraît rechercher aucune participation au gouvernement dans la société bourgeoise, et ce, conformément à l’ordre du jour Kautsky voté au Congrès international de Paris, en 1900.

Le Congrès repousse, en outre, toute tentative faite pour mas-

quer les antagonismes de classes toujours croissants à l’effet de facilHter un rapprochement avec Îles partis Dore

Le Congrès compte que les représentants du Parti dans les Parlements se serviront de leur puissance accrue, tant par leur nombre augmenté que par l’accroissement considérable de la masse d’électeurs qui les suivent, pour persévérer dans leur propagande

Sur le but final du socialisme et, conformément à notre programme, pour défendre de la façon la plus résolue les intérêts de la classe ouvrière, l'extension et la consolidation des libertés politiques

S ? 7, . ; pour revendiquer l’égalité des droits pour tous ; pour continuer, avec plus d'énergie que jamais, la lutte contre le militarisme,

contre la politique coloniale et impérialiste, contre toute espèce

d’injustice, d’asservissement et d’exploitation, et finalement s’employer énergiquement à perfectionner la législation sociale et à rendre possible à la classe ouvrière l’accomplissement de sa mission politique et civilisatrice.

Cette résolution d'Amsterdam a une extrême importance en ce qu'elle définit la doctrine du socialisme marxiste international et en ce qu’elle a été la base de l’unité socialiste en France, unité que le Congrès d'Amsterdam avait invité

les organisations françaises à réaliser le plus tôt possible.

*#*# Après cette décision, le Parti socialiste français avait le choix entre deux alternatives : s’incliner et rejoindre les fractions de gauche sur le terrain de l’unité, ou résister et se mettre en dehors de l’Internationale.

J1 se divisa en deux tronçons. Le plus important, avec Jaurès, accepta la résolution d'Amsterdam. Le second, avec MM. Viviani, Briand, Augagneur, etc., maintint son opposition.

Les délégués des organisations et groupements qui acceptaient la doctrine d'Amsterdam se réunirent le 13 janvier : 1905 et jetèrent les bases de l’unité socialiste en France. Voici le principal passage de leur résolution :

1° Le Parti socialiste est un parti de classe qui a pour but de socialiser les moyens de production et d’échange, c’est-à-dire de

transformer la société capitaliste en une société collectiviste ot

communiste, et pour moyen l’organisation économique et politique du prolétariat. Par son but, par son idéal, par les moyens qu’il emploie, le Parti socialiste, tout en poursuivant la réalisation des réformes immédiates revendiquées par la classe ouvrière, n’est pas un parti de réforme, mais un parti de lutte de classe et de révolution ;

2° Les élus du Parti au Parlement forment un groupe unique, en face de toutes les fractions politiques bourgeoises. Le groupe

socialiste au Parlement doit refuser au gouvernement tous les

moyens qui assurent la domination de la bourgeoisie et son main-

tien au pouvoir : refuser en conséquence les crédits militaires, les crédits de conquête coloniale, les fonds secrets et l’ensemble du budget ; |

Même en cas de circonstances exceptionnelles, les élus ne peu-

went engager le Parti sans son assentiment ;

Au Parlement, le groupe socialiste doit se consacrer à la défense

et à l'extension des libertés politiques et des droite des brava à la poursuite et à la réalisation des réformes qui améliorent conditions de vie et de lutte de la classe ouvrière. à

Quelques mois plus tard, l’unité socialiste reçut Mo | cration au Congrès national tenu à Paris, salle du Gite : (avril 1005). | au .

### Quant aux réfractaires, peu HO brEUe malgré la. présence parmi eux de Da personnalités, composés presque exclusivement d'éléments de droite sans conviction socialiste bien profonde, ils furent quelque temps avant. de ei de se réorganiser. Ce ne fut qu’en 1907 qu’ils reconstituè- Yu rent l’ancien Parti socialiste français, dont le rôle fut insignifant. Lt

Après les élections législatives de 1910, un groupe de e trente-quatre députés, élus avec l’étiquette de socialistes indépendants, socialistes réformistes et républicains socialistes, se constitua sous le nom de groupe républicain socia- Rue et publia une déclaration des plus ternes dont voici : le passage saïllant :

Résolument et exclusivement réformiste, le groupe : estime que les réformes ne doivent cependant être considérées que comme Îles étapes d’une transformation plus complète et l'instauration progressive d’un ordre social où le travail aura co T'ARtÉTRE der ses droits.

En avril xo11, un Congrès national tenu à Paris adopta 1 cette phrase avec de légères modifications comme doctrine fondamentale du Parti républicain socialiste. FA dt OR

Ce parti, composé d'éléments hétérogènes : les uns sincè M rement socialistes mais agissant pratiquement comme des … radicaux, les autres sans aucune conviction et adoptant une étiquette peu compromettante pour être plus libres dans leurs palinodies, a cessé de compter dans le mouvement socialiste en France. À peine a-t-il conservé une existence purement nominale. À

### I] est incontestable que l’unité répondait aux aspirations de la plupart des militants, qu’elle facilita la Propa- ie gande et donna un nouvel élan au recrutement. A-t-elle vé- Fe ritablement apporté un surcroît de force au socialisme ? La question est plus douteuse.

En s’inclinant devant le verdict d'Amsterdam, Jaurès n'avait nullement renoncé à sa conception de Don SOC1a- “liste ; il renonçait seulement à défendre la participation ministérielle et on peut lui rendre cette justice qu’il tint loyalement son engagement. Quant au surplus de sa politique, il pouvait le maintenir, en se fondant sur une ambiguité de la résolution commune du 13 janvier 1905 interprétant la décision d'Amsterdam. En effet après avoir affirmé que « le Parti socialiste n’est pas un parti de réforme, mais un parti de lutte de classe et de Révolution » cette résolution faisait un devoir aux élus de se consacrer « à la réalisation des réformes qui améliorent les conditions de vie et de lutte de la classe ouvrière. » Et quelle est la réforme qui, directement ou indirectement, ne paraisse entraîner une telle amé- lioration?

Jaurès était donc bien à l’aise pour poursuivre, au sein de l’unité, sa politique réformiste, en s’abstenant seulement de la pousser jusqu’à la participation au pouvoir. Il n’y manqua pas.

Et la résistance qu’il rencontra du côté guesdiste ne fut pas bien énergique et ne pouvait pas l’être, le Parti ouvrier français ayant lui-même, en présentant son programme minimum, reconnu l'utilité des réformes. A la vérité, il n’admettait que celles pouvant améliorer les conditions de lutte de la classe ouvrière. Mais la résolution commune, allant

plus loin, y ajoutait celles pouvant améliorer ses conditions

de vie. Jaurès triomphait donc sur ce point et avait pour lui le texte constitutif du Parti.

Au surplus Jaurès admettait la révolution comme Guesde admettait les réformes. Pour Jaurès seulement les réformes étaient le principal, l’immédiat, alors que la révolution était l'accessoire, le lointain ; tandis que, pour Guesde les réformes, APane rester stériles, ne pouvaient servir qu’à faire accepter l’idée d’une on nécessaire par ceux qui y auraient répugné de prime abord. La divergence restait donc réelle et profonde.

Dans la lutte qui s’engagea entre les deux tendances, Guesde devait avoir le dessous. Son rival avait pour lui,

. sinon la supériorité de l’éloquence et du prestige, du moins

celle de la jeunesse et des forces physiques qni lui permet- 1

taient de se dépenser sans compter au Parlement et dans

les réunions, alors que Guesde, fatigué, ne pouvait donner : que des efforts intermittents. De plus Jaurès avait la direc-

tion d’un quotidien : la Petite République d’abord, plus

tard l'Humanité, d’où, chaque matin sa pensée jaillissait :

avec l’impétuosité d’une éruption. Celle de Guesde ne s’ex-

primait plus guère que dans les Congrès. Alors il retrou-

vait sa puissance, et ceux qui ont assisté aux magnifiques

joutes oratoires qui s "engageaient entre lui et Jaurès en Sar-

deront un inoubliable souvenir.

##*# Et pourtant ce n'était déjà plus l’âge héroïque du socialisme, la période qui avait précédé Amsterdam, où chaque tactique s’affirmait sans restriction avec un éclat et une hauteur incomparables. Jaurès était alors tout débordant de foi socialiste ; il consacrait tous ses écrits, tous ses discours

à discuter la doctrine et à justifier sa conception de la tactique. On pouvait ne pas le suivre ; 1l était impossible de ne

pas l’admirer. Quant à Guesde sa dialectique lumineuse, ses formules lapidaires, la force concentrée de son langage d’une pureté impeccable, d’une élégance raffinée malgré sa sobriété faisaient de lui le plus redoutable des contradicteurs. Tous les socialistes étaient fiers d’avoir de tels chefs et jamais le parti socialiste n’eut plus de rayonnement extérieur qu'à cette époque où 1l était si profondément divisé.

Même avant l’unité, la nature impressionnable de Jaurès, influencée à son insu par les adulations dont il était l’objet de la part, surtout, des radicaux, et l’autorité grandissante qu’il exerçait sur eux, avait commencé à l’entraîner peu à peu hors du socialisme ; non que ses convictions eussent fléchi; mais le socialisme l’intéressait moins exclusivement. Il se laissait de plus en plus aller à intervenir dans des questions n'ayant aucun rapport avec lui. Quand il précomisait une réforme, il ne la rattachait plus aussi constamment que jadis au but final. Cette fâcheuse évolution s’accentua après l’unité.

Bientôt il en vint à ne plus parler qu’à de par intervalles de la socialisation des moyens de production, alors qu’il se jetait de toute son ardeur passionnée dans les discussions

sur la Séparation des Eglises et de l'Etat, l'impôt sur le revenu, le budget, les retraites ouvrières, la conquête du Maroc, la réorganisation de l’armée, etc., etc. Et le plus fâ- cheux, c’est qu’au lieu d’être méthodique et gradué comme celui de Louis Blanc, son réformisme était incohérent ; il flottait au gré des événements au lieu de les diriger ; l’actualité le saisissait et l’entraînait dans les voies les plus di- ‘verses, et avec hu, hélas! le parti tout entier.

En même temps, cherchant partout des appuis contre les guesdistes, encore puissants dans les Congrès bien qu’ils perdissent du terrain. Jaurès en venait à de regrettables compromissions avec les éléments démagogiques du parti, au point de défendre à Nancy, lui, le grand patriote, la motion hervéiste que le prolétariat devrait répondre à l’ordre de mobilisation par la grève générale et l'insurrection!

Ainsi, plus l’influence de Jaurès devenait prépondérante, plus la politique du parti s’affaiblissait en se dispersant sur une multitude de questions diverses, ou lorsqu'elle revenait au socialisme, en ne s’attachant qu’à des points secondaires de tactique propres seulement à entretenir de stériles disputes. +

##*# Non, vraiment, l’unité n'avait pas accru la force du

socialisme. Aux causes d’amoindrissement qui viennent : d’être indiquées s’en ajoutait une autre non moins grave. Dans quel esprit fallait-1l comptendre et pratiquer l’unité réalisée? Non seulement il n’y avait aucun inconvénient, mais il n’y avait que des avantages à ce que les deux grandes tendances, dont les forces se contrebalançaient presque dans, les Congrès, continuassent à s’affirmer librement et à se compter sur des motions bien nettes exprimant la pensée de chacune ; puis que l’administration du parti passât entièrement aux mains de celle qui aurait eu la majorité, l’autre se constituant en opposition et s’efforçant de prendre sa revanche au Congrès suivant. C’était le jeu de balance normal du parlementarisme dans le meilleur sens du mot, c'était la confrontation loyale de deux politiques dont l’une et l’autre peuvent se soutenir. Chaque militant socialiste, éclairé par les discussions des Congrès, des réunions et de la presse, auraient pu librement faire son choix motivé entre elles. Il

se serait formé ainsi un esprit socialiste véritable et une : force morale qui serait devenue par la suite une force maté \

rielle.

Nul ne parut le comprendre, ou tout au moins la majo- {

rité ne le comprit pas. On s’habitua à penser que, puisque l’unité était faite, il ne devait plus sortir des Congrès que des motions d’unanimité ou à peu près. Et pour atteindre ce but, chaque tendance fit des concessions à l’autre et [ur sacrifia une partie de ses convictions, de sorte qu’on arriva

à mettre au Jour des textes hybrides, incolores, sans signification précise, incapables d’entraîner les masses ouvrières

et de réveiller les grands enthousiasmes de jadis. Ce confu-

sionnisme fut une perte sensible pour l’idée socialiste et un

gain tout net pour le réformisme bâtard qui l'étouffait de

plus en plus en se substituant à elle.

##*:0n arriva Ainsi à tTor4 ta guerre éclata. Jaurès en

fut la première victime, et quelles qu’aient été ses erreurs,

sa mémoire restera toujours honorée, car nul n’a pu jeter la

moindre suspicion sur sa sincérité et son dévouement. | Manifestement l’Allemagne impériale était l’agresseur ;

aussi, sans une défaillance, les élus socialistes donnèrent.

leur concours à la défense nationale. Guesde et Sembat, et

plus tard Albert Thomas, entrèrent même dans les Con-.

seils du gouvernement, avec l’approbation de leurs collègues. Peut-être eût-il mieux valu, tout en s’associant par le

vote à l’effort commun, s’abstenir de cette participation, qui

donna naissance à des de et à des suspicions.

La mobilisation, en vidant les sections, suspendit la vie du Parti qui fut presque toute concentrée dans son groupe parlementaire. Lorsque, peu à peu, elle reprit son activité, des préoccupations nouvelles avaient fait oublier les anciennes querelles entre réformistes et révolutionnaires. Il s’agissait de savoir si le Parti allait continuer jusqu’au bout son

effort de défense nationale, ou s’il allait essayer d'arrêter le fleuve de sang qui semblait intarissable. Une fraction de

plus en plus forte se prononça pour la deuxième alternative, sans que son influence pût d’ailleurs modifier, si peu que ce fût, la marche inexorable des événements.

Pendant ce temps la guerre avait en Orient des répercus-

Sions plus sensibles : le tzarisme russe avait été renversé et en octobre 1917 le faible gouvernement qui lui avait succédé fut à son tour balayé par la révolution bolchevique. Lénine

et Trotzky, les personnalités les plus marquantes du nouveau régime, prêchaient la paix à tout prix, et invitaient les

prolétaires des nations belligérantes à tourner leurs armes contre les pouvoirs bourgeois qui éternisaient la guerre.

Leur appel ne resta pas sans écho en France où il se constitua une fraction extrémiste exigeant le désarmement immédiat et sans conditions, alors que les autres pacifistes,

tout en voulant mettre fin à la guerre, ne se montraient pas

disposés à subir la domination du militarisme allemand.

L’armistice, puis la paix né mirent pas fin aux luttes des nouvelles tendances. Elles reprirent avec une nouvelle force à la constitution de l’Internationale de Moscou, dite la troi-

-sième Internationale. La minorité du parti socialiste qui vou-

lait y adhérer devint la majorité au Congrès de Tours, et le parti socialiste prit le nom de Parti communiste, alors que

les opposants restèrent eux-mêmes divisés : les uns accep-

tant de se rallier à la troisième Internationale, mais repoussant les conditions imposées par Moscou, les autres restant fermes sur le terrain de la deuxième Internationale, dite Internationale d'Amsterdam, enfin une troisième fraction pré-

| cédemment exclue du parti socialiste pour cause de modé-

rantisme exagéré et constituée sous le nom de parti socia-

liste national.

FFF Telle est la situation actuelle. Les communistes ont

rallié à eux la grande majorité des militants ; les autres

fractions ont un nombreux état-major avec peu de troupes. Il a été question, un moment de ressouder dans une unité

nouvelle ces tronçons épars sauf les socialistes nationaux voués sans doute à un exil perpétuel. Mais une réunion

préparatoire tenue dans ce but, à Berlin en avril 1922, n'a pas résolu les difficultés que soulève un tel projet, et depuis

le Parti communiste n’a cessé de s’affaiblir et de s’émietter

de plus en plus.

**# Par malheur, au milieu de ces déchirements, l’idée socialiste a disparu.

DA de DÉLIVRONS-NOUS DU MARXISME

controverses entre Jules Guesde et Jaurès qui, tout en révé lant de profondes oppositions de méthode, avaient po très avant l’étude de la doctrine et sa An Li L'œuvre du Parti ouvrier français, dont Guesde fut Va “ pirateur, avait été considérable. [1 avait clarifié Pidée socia- : 400 liste en la dégageant d’une part des timides programmes al | coopératistes et mutuellistes, d’autre part des exagérations démagogiques, et, sauf ne violences verbales inutiles, en la plaçant sur un terrain raisonnable. | Le Parti ouvrier français, tout en mettant le principe de ou la lutte de classes à la base de son action — ce qui était une faute, comme on va le voir — avait écarté les absurdités node qui réduisaient la classe prolétarienne: aux seuls ouvriers manuels ; | IT avait purgé le parti socialiste des éléments anarchistes dissolvants en lui assignant, pour accomplir la transformation PROCHES un moyen politique : la conquête du pq | Voir ; | Il avait écarté l’antipatriotisme, qui fut plus tard repris par le syndicalisme, et maintenu les traditions de la RÉ lution française ; :

Il n’insistait pas trop, dans sa propagande sur la conception matérialiste de l’histoire et envisageait surtout les for mes présentes de l’évolution.

Ses principales erreurs lui venaient du marxisme : | D'abord, du moment où il admettait l’action politique et acceptait dans son sein les éléments qui lui venaient de toutes les classes, pourvu qu’ils adhérassent à sa doctrine, il était illogique en prétendant faire une coupure entre les classes et organiser le prolétariat en parti séparé. À quoi bon ériger en principe une distinction qui n'existait pas en fait? Certes le parti soctafiste devait être un partt à part, aux frontières bien délimitées ; maïs il n’avait pas besoin de s'affirmer parti de classe, en lutte non seulement contre Îles autres partis, mais aussi contre les autres classes. Cette tactique funeste, n’a pas attiré à lui un ouvrier de plus et que de sympathies il s’est aliénées dans les classes écartées ! I1 a eu le grand tort aussi de se montrer un parti trop

exclusivement négatif et d’écarter toutes préoccupations re-

| constructives. Son opposition au régime capitaliste ne se tra-

duisait que par un refus de coopération, comme par exemple le vote de ses élus contre le budget. C’était là une politique stérile et que l'opinion ne pouvait comprendre. Lximême s’en est rendu compte, car pour en atténuer l'effet, 1l a dès le début, ajouté à ses exposés théoriques un programme de réformes immédiates, ce qui était une autre faute, car reconnaître la possibilité et l'efficacité de réformes dans le cadre de la société capitaliste, c’est faire de la propagande pour les radicaux dont c’est là le but et la raison d’être.

*## Le programme positif du parti socialiste ne doit pas être d'améliorer le régime actuel, mais de préciser les conditions de sa transformation. Il est permis de croire que, personnellement, Jules Guesde inclinait à cette conception ; mais l’esprit purement marxiste qui régnait autour de lui l’a sans doute empêché de la faire prévaloir.

Et par là le Parti ouvrier français donnait prise à la redoutable critique de Jaurès, purement réformiste lui, mais plus logique dans son erreur. ê

Le propre de l’homme, disait-1l, en substance, n’est pas la pensée, mais le mouvement, la vie. Pour l’entraîner, il ne faut pas se contenter de lui présenter des déductions rationnelles, il faut lui montrer un champ d’action indéfini où, chaque jour, un résultat si minime soit-1l, couronne l’effort. Le programme socialiste fondamental effraie beaucoup de gens qui acceptent volontiers des réformes partielles. Habituons-les à nous suivre sur le terrain des réformes, et d’étape en étape, nous les amènerons à la Daetoutat pes intégrale. Par contre une tactique d'opposition pure et simple équivaut à se retrancher de la vie, de l’action, de la lutte, et ne peut que détourner de nous l’opinion.

Ce raisonnement pouvait séduire il y a une trentaine d’années ; et peu à peu l’influence de Jaurès devint prépondérante au sein du parti unifié : le parti ouvrier français, qui aurait pu y résister, était lui-même trop préparé au réformisme par son programme minimum.

, Pourtant l’expérience a prouvé depuis que le réformisme

ed

n’aboutit qu’à amener pratiquement une a entre politique socialiste et la politique radicale au Parlement au bénéfice de cette dernière sans apporter à la classe ouvrière aucune satisfaction réelle, et à détourner le parti de son propre programme et de la recherche des moyens de le oi ser.

Ni dans l’œuvre de Marx ni dans la résolution d'A ms dam, inspirée par le marxisme, la déviation : réformiste n’était formellement condamnée et c’est pourquoi elle a. pu \ prévaloir. D'ailleurs Jaurès inspirait confiance aux marxistes en se réclamant du principe de la lutte de classe. On à cru qu’il avait conquis beaucoup d’adhérents au socialisme. En réalité, il n’a fait que se créer une nombreuse clientèle d’admirateurs personnels, qui le suivaient sur le terrain réformiste, mais l’auraient abandonné s’il avait voulu faire un pas plus loin. Il a laissé le parti un peu accru numéri-. quemnent, mais moralement très affaibli, vidé de sa substance, et préparé à toutes les déviations démagogiques. Ainsi l’idée socialiste n'avait cessé de décroître ue | l'unité. À la propagande éducatrice de Guesde et du Parti ouvrier Ho qui avait vraiment fait des socialistes cons-. cients, s'étaient ajoutés les enseignements abondants mais diffus de Jaurès dont le réformisme initial, quoique plus critiquable, était encore une doctrine. Maïs insensiblement n l’action socialiste, mêlée à tous les événements perdit son caractère propre. On s’éloigna de plus en plus de la trans- d. à formation sociale pour consacrer tous les efforts à la pOur< 7

suite d’insaisissables réformes. Le parti devient un prolotesit en gement du parti radical. Il n’en différait guère qu’en ce qu’il rappelait constamment qu’il était le seul représentant L des intérêts du prolétariat : l’idée de lutte de classe, quoique atténuée, surnageait seule au-dessus du naufrage des. Lo

principes Tnt

### Pendant la guerre, il s’opéra un Ac nl des opi- É nions : les plus ardents révolutionnaires, s’ils s’associaient à la drone nationale, étaient relégués à droite ; les plus pâles réformistes, s’ils réclamaient la paix me pas- à fe saient à Door ceux qui la voulaient à tout prix étaient ARS l'extrême gauche. |

À cette même époque et par la suite, le parti se renouvela

presque entièrement : des anciens militants, fortement imprégnés de doctrine, les uns furent tués ; d’autres se retirèrent ; le plus grand nombre s’effaça. A leur place surgirent des éléments de qualité bien moindre, dont le socialisme consistait surtout dans leur antipatriotisme et leur verbalisme révolutionnaire intempérant. Si les anarchistes purs dédaignèrent dé franchir la porte d’un parti désormais ouvert à tous, les anarchisants s’y précipitèrent en foule ; et parmi eux nombre de fruits secs de la littérature et de l’art qui envahirent les rédactions des journaux et les fonctions administratives du parti, exerçant ainsi sur l’opinion sociahste une grande et désastreuse influence, qu’ils partageaient avec les habiles de l’ancien parti, adaptés au milieu nouveau. |

Cependant, de meilleurs éléments entraient aussi dans le Parti, poussés par le besoin d’une société plus juste et plus

humaine, dont les horreurs de la guerre et la crise d’impérialisme aigu qui la suivit démontraient la nécessité aux esprits généreux. Mais quand ils se trouvaient en contact

avec les violents, les déséquilibrés qui dominaient les sec-

tions, quand ils avaient assisté à quelques séances remplies

par des attaques personnelles et les manœuvres des intri-

| gants, ou par de vaines discussions sur des détails oiseux,

sans que jamais les grands intérêts du socialisme y tinssent la moindre place, ils partaient discrètement pour ne plus

revenir. Le nombre de ces évadés suffirait à faire un parti

beaucoup plus considérable que le parti actuel.

#*# Incapable à la fois d'apporter un aliment substantiel à l'esprit en développant méthodiquement la doctrine socia-

liste, et d'accomplir la révolution, dont le mot revient sans

cèsse sous la plume et sur les lèvres de ses propagandistes, bien que personne ne la croie proche, le parti communiste n’a d’autre tactique que de faire naître, d’aigrir et d’exploiter les mécontentements, quelle qu’en soit la nature et la cause. Tout lui est bon pour essayer de secouer la torpeur de l’opinion par des campagnes de presse, des interventions retentissantes à la tribune de la Chambre, des candidatures sensationnelles, des meetings suivis d’ordres du jour fou- | 14

droyants, * des manifestations dans la rue — avec : bear coi de prudence, toutefois. ° + PARTS

Il n’obtient d’ailleurs d’autre résultat que de gel ie. plus en plus le vide dans ses groupements. et autour de Im; mais quand même il réussirait à ameuter passagèrement ‘ contre le a ‘un nombre considérable de frondeurs, le socialisme n’y gagnerait rien : ces recrues d'un jour ou à son drapeau dès qu’il s’agirait de ser aux réalisations. Ce n’est pas par de tels procédés qu’on peut constituer un parti digne de ce nom ; c’est par l'affirmation et la propagation d’un nan juste et. raisonnable. |

EE Télle est la situation présente du parti commnemiste Hs la notion de révolution, d’antipatriotisme et d’internationalisme s’y est complètement substituée à celle de socialisme. Toute son action consiste à faire de l'agitation à jet continu en profitant de tous les incidents politiques et économiques qui peuvent y donner prétexte. Plus que jamais il persiste dans l'attitude qui a exaspéré contre lui la masse des gens He raisonnables : dans les questions internationales, il ‘donme toujours tort au gouvernement français et toujours raison à ses adversaires, surtout aux Allemands. Certes la conduite du gouvernement français justifie souvent de sévères critiques ; mais son impérialisme reste à l’état de velléité, à côté de l’impérialisme anglais qui, sur tous les points du rom mét brutalement la main sur des richesses auxquelles il na aucun droit, et quant à son militarisme, pour l’apprécier il est juste de tenir compte ‘des menaces pren ssl) du : mi ° litarisme allemand renaissant. à

De toutes les campagnes: entreprises par le parti commu- de niste, il n’en est aucune qu’il poursuive avec plus d’acharnement que la recherche des responsabilités de la guerre. Cu pagne bien stérile pourtant, et d’où ne peuvent sortir que-des | discordes et des haiïnes. à l’exclusion de tout progrès socialiste. L'histoire a déjà prononcé en attribuant à l'oligarchie mit 0 taire allemande la volonté .préméditée d’une agression. Mais selon nos communistes, ce jugement de l’histoire doit être ” révisé ; il paraît qu’il y a un grand avantage pour:le socia- 54 lisme : PSN à établir que c’est au contraire la France qui |

at DE

‘a voulu et provoqué la terrible conflagration. Et pour en “administrer la preuve, on exhume des archives diplomati- ‘ques une foule de documents plus où moins authentiques, qui jusqu'à présent démontrent seulement que la France, menacée d’invasion, prenait quelques précautions défensives. Tout cela, répétons-le, ne peut servir à rien ; car quand on arriverait à prouver clairement que c’est Poincaré et non Guillaume qui est l’auteur de la guerre, qu'est-ce que ‘le ‘socialisme y ‘aurait gagné ?

Je parti communiste, dans toutes ces questions, devrait “faire à ‘toutes les nations une juste part de blâmes, -et l’acharnement qu’il déploie exclusivement contre son pays hui fait un tort incalculable dans l’opinion française. C’est pour cette raison principalement que le vide se fait autour delui et qu'il est réduit à une minorité d’esprits surchauffrés sans contact avec la masse.

Les dirigeants du parti communiste se rendent parfaite- “ment compte de la diminution croissante de leurs effectifs, “et ce n’est pas leur moindre souci. Mais ils n’en comprenment pas la cause. Etant eux-mêmes des exaltés quel- “ques-uns à froid ; ce sont les pires — ne voyant à côté d’eux que des exaltés, ne faisant appel qu'aux exaltés par le ton violent de leurs polémiques, ils ne voient pas que leur atti- “tude fait fuir les gens de sens rassis qui sont la presque unanimité de la population. Il est clair, cependant, que le socialisme ne se réalisera que quand il sera soutenu par une majorité d’esprits raisonnables, qui finiront par lui gagner la masse. |

-#E Quant aux fractions restées en dehors du parti com- -muniste, elles comprennent, à côté d’éléments très rappro- ‘chés de ce dernier et qui tôt ou tard y entreront, d'anciens réformistes devenus pratiquement des radicaux, et quelques vieux socialistes dont l’âge et l’ébranlement de la guerre ont brisé l’énergie. Les groupes de la fédération du Nord, jadis si ardents, sont absorbés par les difficiles problèmes de la reconstitution économique et ont perdu toute activité socialiste. |

1 n’y a pas à attendre de la nouvelle unification projetée, même si elle réussit, une renaissance de l’esprit socialiste.

C’est surtout pour faciliter des combine ROM ed qu’elle est mise en avant ; tout au plus donnera-t-elle quel. ques satisfactions à des be personnelles en grossis- h sant le nombre réduit des élus. Elle ne remettra pas dans sa véritable voie le socialisme qui en était déjà sorti avant la guerre et depuis s’en est de plus en plus écarté. 4

#%# D'ailleurs cette umification paraît plus difficile que 4 jamais. Loin de se rapprocher de la fraction dissidente, de parti communiste se sépare lui-même en tendances qui se. cu déchirent avec rage. Dans son dernier Congrès national, tenu à Paris du quinze au vingt octobre 10922, la droite, le centre, la gauche et l’extrême-gauche, sans parler des soustendances, ont déployé les unes contre les autres un acharnement haineux qui a écœuré même ceux des membres du . parti qui avaient conservé un peu de sang-froid. Et on a recommencé les exclusions! Jamais le Parti n'avait à ce point manqué de tenue morale. Dans son allocution de clô- Ne ture, le député Dormoy, qui présidait la séance, a déclaré :

« Ce Congrès fut l’un des plus pénibles qu’on ait jamais vu. » Un délégué qualifié disait en sortant : « Ce n’est pas la scission du parti, c’est la liquéfaction. » Ajoutons que d’après les chiffres indiqués, le Parti socialiste comptait 175.000 membres avant le Congrès de Tours. Aujourd’hui su le Parti communiste est tombé à 75.000. Le tirage du journal officiel du Parti est tombé de 300.000 à 150.000.

La résolution votée in extremis par ce triste Congrès, et qui donnait au centre 1698 voix contre 1516 à la gauche et 814 abstentions montre bien la profondeur des déchirements du parti communiste. De plus elle est un acte de révolte contre l’autorité du Comité exécutif de la III° Internationale siégeant à Moscou. Il faut donc s’attendre à de nouveaux troubles dans le Parti, l'Exécutif ne pouvant tolérer une telle attitude. (1)

(1) L’Exécutif est intervenu en effet, et avec brutalité, imposant aux centristes vainqueurs de pénibles remaniements. De plus, par des résolutions plus récentes, il a imposé au Parti communiste français l'exclusion de ceux de ses membres qui appartenaient en même temps à la Franc-Maçonnerie ou à la Ligue des Droits de l'Homme. Enfin, par d’autres exigences non moins tyranniques, il a exaspéré un grand nombre de militants et des milliers de

| En résumé depuis la disparition des grandes autorités

morales de Jaurès et de Guesde, le parti socialiste français est tombé en poussière. |

##*# N'oublions pas qu’en dépit de toutes les aberrations et déviations qu'il a subies, et bien que toute éducation doc- trinale ait depuis longtemps cessé, le Marxisme, réduit à la simple notion de lutte de classe, reste toujours officiellement le dogme fondamental des diverses fractions du Parti. On n’en parle plus guère, mais nul n’a osé le renier. Les modérés comme les extrémistes ont la prétention d’en sui- vre les enseignements, diversement interprétés. Récemment, Vandervelde a fait à la salle des Sociétés savantes de Paris une conférence dont la conclusion est qu’« une des leçons de la guerre et de l’après-guerre, c’est la nécessité d’un retour à Marx. » |

C’est donc le Marxisme qui doit être tenu pour responsable de la déchéance actuelle du socialisme. Ses erreurs et ses lacunes l’ont amené à cet état de décomposition, et vainement on allèguerait pour sa défense qu’il n’est pas juste de faire grief à une doctrine des fautes personnelles de ses adeptes, car en l’espèce les fautes ont leur origine dans la doctrine elle-même.

démissions s’en sont suivies. Un nouveau Parti, dit Union socialiste fédérative, s’est fondé ; mais tous les mécontents n’y sont pas entrés ; beaucoup restent dans l’expectative. D'autres, écœurés, se retirent définitivement de la lutte. I1 paraît impossible que

le Parti communiste survive à cette crise sans précédent.

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