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CHAPITRE IV

Le marxisme : historique et philosophique

Si les marxistes se bornaïient à réclamer, pour leur chel et pour leur doctrine, une place honorable, et même la première place, dans le mouvement socialiste contemporain, ils ne soulèveraient aucune objection.

En effet, bien que le marxisme, comme tous les systèmes, contienne des erreurs et surtout des lacunes nombreuses, 1l serait tout à fait misérable de contester l’importance de la contribution qu’il a apportée à la pensée socialiste ; et il. serait odieux de chercher à amoindrir la grande figure de Marx, qui, comme Saint-Simon, comme Robert Owen, comme Fourier, a consacré son existence entière au travail le plus rude, aux luttes les plus âpres, en renonçant volontairement à tout ce qui fait la joie des hommes ordinaires, pout hâter l’heure de l’affranchissement de l’humanité.

Mais ce n’est pas manquer de respect à la mémoire de Marx et méconnaïître la valeur de son œuvre que de mettre les socialistes en garde contre la portée exagérée et dange-

reuse qu'il lui attribuait peut-être lui-même, et qui, en tout cas, lui a été donnée par des disciples trop zélés.

D’après eux, en effet, ce n’est pas seulement la première place qui revient au marxisme, c’est toute la place. Rien n’existe en dehors de lui. Il est le commencement et la fin de la science socialiste. Ce que Marx a écrit constitue le livre sacré, l'Evangile, le Coran, qu’on peut interpréter mais auquel il est interdit d'ajouter ou de retrancher.

À la vérité, ils admettent que, comme Jésus-Christ, Marx ne

a eu des précurseurs. Mais ce mot même, qu’ils emploient

couramment à l'égard de Saint-Simon et de Fourier, prouve que les travaux de ces derniers n'étaient qu’une préparation, une introduction à l'œuvre marxiste qui est la vérité ;

Drnplete et définitive.

Un autre mot, injuste, dédaigneux et presque insolent établit la démarcation, creuse le fossé entre le marxisme et :

les autres doctrines : toutes ne sont que du socialisme wtopique ; seul le marxisme est scientifique, et comme tel il re-

garde de haut tout ce qui l’entoure ; 1l n’en parle H'aice

mépris ; 1l refuse d’en tenir compte.

Pourquoi le marxisme est-il scientifique ? Engels l'a dit Li

dans un passage cité DIM haut : Parce qu'il a apporté deux

grandes découvertes : la conception matérialiste de Phis-

toire et la théorie de L plus-value.

Nous allons discuter la valeur de ces découvertes. Mais

tout d’abord, recherchons au point de vue général ce qui peut bien être la caractéristique d’une doctrine sociale scientifique et par quoi elle se distingue de l’utopie.

#*# Le mot utopie signifie rêverie, idéal irréalisable. On

l’applique à un système ou plan dont la mise en pratique paraît impossible. Bien qu’on parle de quelques utopistes avec une certaine estime, le mot est généralement pris dans un sens péjoratif.

Le mot d’utopie, en sociologie, devrait être réservé à des projets de société future qui ne pourraient fonctionner que Si les hommes avaient atteint une perfection morale qu’ils sont loin d’avoir et qu’ils n’auront sans doute jamais ; par exemple si chacun devait toujours s'acquitter consciencieusement et ponctuellement de ses obligations envers ses semblables et envers la société et s’il était inutile d’instituer des sanctions pour l’y contraindre. Une telle conception sociale, demandant à la nature humaine ce qu’elle ne peut pas donner, est évidemment chimérique. C’est le cas de l’anarchie. Il n’y a nulle injustice à la qualifier d’utopique.

Mais si, au contraire, un penseur, tenant compte de la mentalité et des circonstances économiques de son époque, présente un plan de transformation sociale adaptable à ces réalités, quand même ce plan serait en opposition avec l’opi-

mion dominante, celui-là n’a pas bâti sur des nuées un édi-

fice de pure imagination ; il n’est pas un utopiste. Il ne serait même pas un utopiste parce que son œuvre serait incomplète ou fausse dans certaines de ses parties. Dans ce cas elle comporterait des additions et amendements ; mais toutes ses erreurs, toutes ses lacunes ne lui donneraient pas un caractère utopique si au fond elle était établie sur des réalités et non sur des suppositions.

Or Marx ne fait pas cette distinction. À ses yeux, quiconque présente un projet de transformation sociale quel qu’il soit est un utopiste et tombe de ce fait sous les coups de sa dédaigneuse ironie. Il accable de sarcasmes les malheureux faiseurs de projets dans la troisième partie, non citée plus haut du chapitre III du Manifeste.

L'esprit scientifique, selon lui, consiste à étudier la marche des événements, à la suivre de près, à en constater le sens, à en déterminer les lois générales, sans jamais essayer de la préciser, de l’orienter, de la faciliter, en recherchant la

meilleure voie à suivre, les moyens les plus sûrs et les plus rapides d’atteindre le but, ni surtout en indiquant d’avance

les conditions à remplir, les formes à adopter pour que ce but soit sûrement atteint.

Telle est la conception, purement négative et passive, qu'a Marx d’un socialisme scientifique.

Mais d’autres auteurs, dont l’autorité n’est pas médiocre, ont une conception entièrement différente. | Le professeur socialiste viennois Anton Menger, dans son ouvrage : le Droit au produit intégral du travail, écrit au contraire :

Je considère l’exposé d’un état social parfait, non seulement

comme tout à fait scientifique, mais même comme indispensable, si le mouvement socialiste doit atteindre ses buts, même en partie

seulement.

**#*#* Nous pourrions invoquer également l'opinion de bien d’autres écrivains qualifiés. Mais le simple bon sens suffit pour nous persuader que le socialisme, au sens précis

et complet du mot, doit être à la fois critique et organique.

Dans sa partie critique, il analyse les principes et le fonctionnement de la société existante, met en lumière ce qu'ils présentent d’irrationnel, en dénonce les injustices et s’at-

tache à déterminer les causes exactes des maux qui en ré-. sultent.

Dans sa partie organique, qui se lie étroitement à la première, il indique, en tenant compte des éléments matériels et humains, bons ou mauvais, qui composent cette société, les bases de la transformation à effectuer pour assurer à la fraction la plus pauvre de la population de meilleures conditions d'existence et favoriser, par l’assainissement de l’atmosphère sociale, le D ent intellectuel et moral de tous les Dee

Il va de soi que le socialisme doit en outre extérioriser sa doctrine par la propagande et en préparer la réalisation par les moyens appropriés.

Ainsi compris, soit qu’il s’exprime par l'écrit et la parole, soit qu’il se traduise en actes pacifiques OU insurrectionnels, le socialisme est un mouvement raisonné : il sait d’où 11 part ; 1l sait où il va.

Mais Marx est aux antipodes de cette conception. Un de. ses disciples les plus éminents, Bernstein, qui fut d’ailleurs combattu par Îles marxistes orthodoxes, a cru pouvoir déduire du marxisme la conclusion que le mouvement est tout et que le but final n’est rien. C’est peut-être une déformation de la pensée du maître, qui est le plus souvent vague et impénétrable. Quoi qu’il en soit, la philosophie de l’histoire exposée dans le Manifeste n’est pas une doctrine, c’est l’observation d’un mouvement. Réduit à ce rôle passif, le socialisme est déchu de tout rôle efficace dans la vie sociale. IT assiste en spectateur à ses transformations sans y contribuer.

— Mais on ne peut pas prévoir l’avenir, disent les marxistes ; nous ignorons encore de quels matériaux sera construite la société future ; il est donc utopique d’en dresser quant à présent le plan et il est scientifique de s’en abstenir. |

Certes nul ne peut faire de prophéties ; mais il n’est pas question de cela : un mal étant donné ; sa cause étant reconnue, doit-on attendre qu’il disparaisse de lui-même ou doit-on rechercher les moyens de le guérir? Et lorsqu'il s’agit d’un mal social, c’est-à-dire complexe, ne doit-on pas étudier minutieusement la nature et les conditions d’appli-

cation du remède, chercher à en prévoir les effets? Quand on veut réaliser une réforme ne commence-t-on pas par en présenter le projet pour mettre la question à l’étude et en préparer la solution? Peut-on s’y prendre autrement? Et la transformation socialiste est-elle autre chose que la plus grande des réformes? |

*#*# Cette idée folle que le socialisme pourra se réaliser un jour sans qu’un projet d'organisation socialiste ait été préalablement dressé et étudié est pourtant ancrée dans un certain nombre de cerveaux, égarés par les sophismes marxistes. Mais elle est rejetée par l’immense majorité des esprits éclairés et ne contribue pas peu à discréditer le sociahisme en le montrant comme un parti de pure subversion, incapable de vues positives.

Elle perd d’ailleurs du terrain. On la défend avec moins de raideur ; beaucoup y renoncent individuellement, mais elle reste encore la doctrine dominante des milieux marxistes. Il y a eu des velléités de l’abandonner, mais rien de plus.

Parmi ceux qui refusaient de l’admettre dans sa rigueur, citons Jaurès qui écrivait en 1898 (x) :

Depuis bien des années, sous prétexte de ne pas verser dans le socialisme « utopique », les socialistes s’interdisaient la description précise de la société future. Et à coup sûr, il est impossible d’en dessiner le détail exactement. La vie sociale est trop complexe aujourd’hui, et l’ordre socialiste de demain enveloppera trop de rapports, pour qu’il soit possible de les prévoir minutieusement. Seules les directions générales nous apparaissent ; seuls les grands traits se laissent fixer.

Mais il n’en est pas moins vrai qu’il y a le plus haut intérêt à rechercher le plus exactement possible dans quelles conditions pourrait fonctionner le mécanisme socialiste et aœuels effets il produirait.

À répéter trop pesamment que tout essai de précision de l'ordre futur est chimérique et utopique, on risque de persuader au prolétariat que même les grandes lignes du régime socialiste ne se laissent pas démêler. Et au fond, il y a dans cette réserve

excessive un peu d'affectation : car les socialistes les plus critiques, les plus « scientifiques » ont bien, dans leur pensée de derrière la tête, un plan idéal. Et comment pourrait-on travailler, avec une passion révolutionnaire, à l’avènement d’un ordre nouveau si on Seb pouvait dessiner, au moins pour soi-même, les traits essentiels ?

(1) Préface par Jean Jaurès de l’Application du système collectiviste de Lucien Deslinières.

En outre, et ceci est extrêmement grave, le parti socialiste peut. être surpris par les événements s’il ne s’habitue pas à se demander sans cesse : que ferait demain le prolétariat si, demain, il était lc maître. Et M. Deslinières donne un exemple de la plus haute valeur en étudiant tous les matériaux, toutes les forces dont pourrait disposer le socialisme triomphant et en en déterminant l’usage possible. Rien ne peut donner au prolétariat accablé plus d’espétrance et de ressort que cette vision mette de la réalité socialiste. C’est le signal des victoires prochaines quand l’idée cherche en quel organisme précis elle se réalisera.

Dès maintenant il faut que tous les hommes de science, tous les techniciens qui acceptent l’idée socialiste, les ingénieurs, les agronomes, les chimistes, les statisticiens, entrent dans la voie que M. Deslinières vient d’ouvrir... 11 y a là une grande idée et le germe d’une grande œuvre.

Ajoutons que Jaurès avait accepté la présidence d’un Comité d'Etudes dont l’auteur de ce livre était le secrétaire général, dont faisaient partie en outre, avec Jules Guesde, presque tous les militants de premier plan du parti socialiste, et qui avait pour but la préparation organique du régime socialiste. Une campagne de conférences devait être entreprise pour orienter dans ce sens l’action du parti. Par malheur, l'entrée de M. Millerand dans le ministère Waldeck-Rousseau, en 1800, vint raviver les divisions et les polémiques meurtrières entre socialistes et le projet fut abandonné. I] n’a pas été repris depuis.

Jules Guesde lui-même, qui vient d’être nommé, quoique plus rapproché que Jaurès de la pure doctrine marxiste, admettait l’utilité pour la propagande d’envisager le socialisme sous sa forme positive. En mars 1905, il écrivait à l’auteur de ce livre, qui venait de fonder une revue pour amener le parti socialiste à entrer dans cette voie, une lettre dont voici la première phrase :

Comment ne serais-je pas avec vous, mon cher Deslinières, dans l’œuvre qui vous tient tant à cœur, alors qu’il y a quelque vingt ans déjà, sous l’empire des mêmes préoccupations, je m'étais donné la même tâche!

À une date beaucoup plus récente, le 29 avril 1921, l’Humanité, organe officiel du Parti communiste français, a publié un article dont les conclusions sont plus nettes encore. Cet article explique l’échec de la tentative de reconstruction de la Confédération générale du travail dont on parlera au chapitre IX :

Le Conseil Economique du Travail n’a pas fait une place assez

grande à l'étude de la refonte complète de l’ordre social actuel : il n’a pas dressé le plan général de la production socialiste ; il n’a pas élaboré les principes qui devaient servir de base à ce plan.

Et nous pensons que, dans les conjonctures présentes, ce sont ces préoccupations, que l’on peut qualifier de pratiquement révolutionnaires, qui doivent animer ceux qui se soucient de l’avenir du socialisme. y

On ne saurait trop répéter que le socialisme est entré depuis

1914, depuis la révolution russe, depuis les grandes crises de régime

au des empires centraux, dans une ère véritablement nouvelle et

. qu’une faille profonde nous sépare aujourd’hui du socialisme \ | d’avant-guerre.

Quelques projets même bien étudiés d’amélioration et de réformes ne sont plus suffisants. Ce qu’il faut c’est proposer nettement tout notre programme de réorganisation sociale, c’est montrer avec précision (et nous pouvons le faire) tout ce que les tra- vailleurs, tout ce que la société peuvent attendre d’un nouveau mode de production.

En même temps que nous faisons la critique du système capitaliste, que nous affirmons que la production désordonnée actuelle, basée sur l'intérêt privé du producteur, sur ses disponibilités financières limitées, sur ses capacités techniques insuffisantes, ne répond plus aux besoins nouveaux, faisons apparaître jusque dans ses détails le fonctionnement ordonné de la production et de la répartition communiste, montrons à quel point, lorsque l’intérêt général règlera l’économie, lorsque toutes les disponibilités de travail et de matière seront mises en œuvre, à quel point l'outillage sera perfectionné et à quel niveau élevé sera portée la production de toutes les richesses nécessaires au bien-être des hommes.

Et surtout qu’on n’aille pas dire qu’en travaillant à un plan de production et de répartition communiste on fait aujourd’hui œuvre d’utopie !

NE L'utopie d'avant guerre peut être la réalité de demain.

DEN Et bien que nous ne croyions pas que la société capitaliste soit su sur le point de s'effondrer d'elle-même, nous sommes certains que les véritables révolutionnaires, ceux qui veulent avec passion Vin l'avènement de la société nouvelle, ne pensent pas sans angoisse . aux responsabilités qui pèseraient sur leurs épaules le jour où le pouvoir viendrait aux mains des travailleurs.

ue Dans ces heures troublées, au milieu de difficultés sans nombre, qui pourrait trouver assez de sérénité pour organiser rapidement … et sur des bases solides tout l’ensemble de la production repris | au capitalisme défaillant ?

De quel secours seront en pareille occurrence les travaux, les études et aussi les constructions préalables, qui basés sur la connaissance exacte de l’économie actuelle, auront réglé l’emploi de l'outillage existant, déterminé celui qu’il faudra immédiatement créer, prévu l’organisation communiste de l’usine et l'emploi des compétences, fixé la nature et le fonctionnement des directions nécessaires ?

C’est pour cette tâche difficile que le Parti va convoquer tous ceux qui peuvent l'aider de leurs connaissances. Il prépare ainsi une grande œuvre de réalisation révolutionnaire.

I1 semble bien que cet article ait été suivi de la constitution d’un vague Comité d'Etudes. Mais cet effort n’a rien donné et ne peut rien donner de plus que celui de la … Confédération générale du travail. Les éléments capables de dresser un plan de reconstruction n'existent pas dans les organisations syndicalistes et socialistes, entraînées par Marx dans une voie trop différente et saturées d’esprit démagogique. Peu importe d’ailleurs pour la thèse que nous défendons dans ce chapitre. Nous voulions prouver que le marxisme n’a pas le droit de se décerner à lui-même le titre flatteur de doctrine scientifique parce qu’il s’est borné à une œuvre de critique et d'observation, ni d’accabler sous le vo- ‘cable injurieux d’utopiques les doctrines qui se placent sur le terrain positif. Ni l’une n1 l’autre de ces deux épithètes ne sont justifiées et 1l se trouverait aujourd’hui peu de socialistes pour les défendre. :

En réalité c’est Marx qui est utopiste en enseignant que le socialisme pourra se réaliser sans avoir été préalablement étudié dans sa forme organique, et ceux-là sont imbus du véritable esprit scientifique qui pensent, au contraire, qu’il est chimérique d’aborder pratiquement une transformation aussi profonde de l’état social sans s’y être préparé.

La question de la possibilité et de la nécessité d’une préparation organique du régime socialiste sera d’ailleurs traitée plus complètement au chapitre VIIT

#*#*# Revenons maintenant à la conception matérialiste de l’histoire, en commençant par l’examen de cette question préalable : |

La propagande et l’action socialistes ont-elles besoin d’être étayées d’une interprétation philosophique de l’histoire ? |

L’affñirmative a été soutenue par de grands esprits.

Bien avant Marx, Saint-Simon avait dit qu’une nouvelle forme de société ne pouvait s'établir en dehors des forces historiques données et que l’avenir doit être intimement lié aux forces vivantes du présent et du passé.

Aïlleurs, Saint-Simon écrivait :

On ne crée point un système d'organisation sociale, on aperçoit le nouvel enchaînement d’idées et d'intérêts qui s’est formé, et on le montre, voilà tout. Un système social est un fait ou il n’est

sien. Ce n’est pas moi qui ai formé ce projet de constitution dont

j'ai exposé les bases ; c’est la masse de la population européenne

qui à travaillé à le former, pendant les huit siècles qui ont précédé

celui-ci ; si tout le monde ne l’a pas encore aperçu, c’est qu’il se

trouve caché par le frontispice de l’ancien édifice social qui est encore subsistant.

Plus tard Auguste Comte enseignait que les sociétés évoluent d’après certaines règles résultant de la nature des choses, et que par suite, tout en étant soumis à l’universelle loi d’un changement, dans l’ensemble progressif, les phénomènes sociaux sont soumis aussi à des lois invariables.

Après Auguste Comte, son disciple Laättré avertissait les

socialistes que toute théorie incapable d’expliquer par l’histoire la série logique de ses tentatives d’organisation est frappée d’impuissance.

. Plus récemment encore, Benoit Malon, après avoir reconnu que par la combinaison des données de Pecqueur, de Vidal, de Louis Blanc et de Colins avec le plan d’organisation politique de Fauvety et de Renouvier, on constituerait une théorie et une pratique collectivistes relativement complètes, ajoutait : Pourtant la nouvelle doctrine n’était pas encore aux portes du triomphe dans l’opinion publique. Et Malon en indiquait en ces termes la raison :

La cause principale git dans la forme purement logique que lui avaient donnée ses premiers fondateurs. Il eût fallu indiquer la place du collectivisme dans l’évolution économique et conclure ainsi non seulement à sa justice, mais encore à sa nécessité, étant données les conditions nouvelles de la production capitaliste. Ce devait être l’œuvre de Marx et du socialisme allemand. Malgré les indications précieuses de Saint-Simon et de Fourier, personne, dans le socialisme reconstructif français, ne se préoccupait de philosophie et d’histoire, des lois du développement de la civilisation et de processus social. .

Ce fut une faute grave, une faiblesse pour le collectivisme naissant.

Ce sont là, évidemment, de fortes autorités. Pourtant on peut leur opposer le bloc des autres socialistes non marxistes qui n’ont pas jugé à propos de rechercher, à l’aide de la philosophie et de l’histoire, les discutables loi du développement social et n’ont pas cru nécessaire de rattacher leur doctrine à un processus.

S'ils ont écarté ces préoccupations, ce n’était pas par ignorance ni par inconscience. C’est parce qu'ils les jugeaient

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