‹ Delphes et son oracleChapitre 2 sur 6 · CAP VER · texte numérisé non relu

CAP VER

par décret aux bienfaiteurs du temple. Les femmes devaient se faire représenter par un homme: elles n'étaient pas autorisées à consulter directement Apollon. Les clients du dieu ne pouvaient pénétrer dans l'adyton, le saint des saints, mais attendaient dans une salle voisine, à l'intérieur du temple.

De toutes parts affluaient aux jours de grandes fêtes les pèlerins en nombre tel qu'il fallait dresser une ville de tentes pour suppléer à l'insuffisance des logements et installer une véritable ambulance pour soigner éventuellement les malades. Lors des jeux Pythiques, Delphes devait être débordée, comme aujourd’hui encore la ville insulaire de Ténos, lorsque le fête du 15 août ramène de tous les points du monde grec, les fidèles de la Panaghia, obligés souvent de passer la nuit à la belle-étoile, dans les rues et les jardins.

ISocrate, dans son fameux Panégyrique, a bien marqué l'importance de ces grands panégyries où les Grecs appartenant aux cités le plus éloignées les unes des autres, pouvaient se rencontrer, oublier un instant leurs constantes querelles pour prier et sacrifier en commun, se rendre mieux compte des liens religieux et moraux qui les unissaient et se séparer animés de dispositions meilleures pour leurs frères de race.

Ces pèlerins enrichissaient les rapaces Delphiens en leur achetant les victimes nécessaires pour les sacrifices, des objets de piété, des exvoto pour le temple; ils enrichissaient aussi le sanctuaire des plus somptueuses offrandes, si bien que le dieu était propriétaire de maisons et de terres nombreuses. Apollon ne refusait rien, pas même ce que lui offraient des courtisanes comme Rhodopis, qui lui consacra la dime de ses profits, et comme Phryné, qui dédia sa statue dorée, sur l’esplanade qui précédait le temple, au milieu de celles des généraux et des rois les plus illustres. Ne nous en offusquons point: Aphrodite, la voisine d’Apollon, à Corinthe, ne vivait-elle pas de ses mille prêtresses, dont la beauté se payait à un prix resté proverbial? Soyons indulgents pour Apollon : il ne s’est pas toujours désintéressé de la morale privée mais les tentatives qu'il fit pour l’améliorer restèrent sans résultat. D'ailleurs, c’est grâce à l'influence de Delphes que la morale publique progressa, notamment en ce qui concerne la vendetta: c’est par Delphes que l’idée qu'elle pouvait être remplacée par l'exil et des purifications rituelles, à pu pénétrer dans la législation antique. C’est aussi l’oracle qui proclama que le meurtre d’un esclave est un crime punissable, au même titre que celui d’un homme libre.

Grâce à son oracle, Delphes devint le grand sanctuaire national, la plus haute autorité morale, religieuse et politique du monde antique.

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