CHAPITRE XIV 20I
Kien ne put ébranler la stoïque résolution du prisonnier.
« Le temps accordé à ma mère s'écoula en vaines supplications : il fallut l'emporter hors de la chambre, elle ne voulait pas quitter la prison. Dans la rue, Mme de Custine retrouva Guy de Chaumont- Quitry, avec les trente mille francs en or. « Tout est perdu, dit ma mère, il ne veut plus se sauver. » — « Je le connais, j'en étais sûr, répondit simplement M. de Quitry (i). »
Désormais Armand ne pouvait échapper à la mort.
On se rappelle que, le 13 juillet 1793, il avait écrit à son père une lettre fort innocente, oii il l'engageait, à mots couverts, à donner sa démission, démission qui devenait chaque jour plus inévitable.
Voici cette lettre : c'est elle qui servit de base à l'acte d'accusation.
Au général Custine, commandant en chef les armées du Nora et des Ardennes, à Cambrai.
u Paris, le 13 au soir.
« Le courrier qui m'a apporté votre lettre, mon cher papa, dit qu'il va être réexpédié et qu'il passera demain, de grand matin, prendre ma réponse. Je ne veux pas qu'il parte sans vous porter du moins l'expression de
(i) La Russie en iSjQ, par Astolphe de Custixr.
ma tendre et douloureuse participation aux sentiments pénibles que vous éprouvez.
« Je ne sais si mes deux dernières lettres vous sont parvenues. Je vous y entretenais de plusieurs des choses dont vous me parlez. Au surplus, rien n'est plus juste et même plus indispensable que vos démarches actuelles et projetées. Je gémirai pour la chose publique du parti auquel peut-être vous serez bientôt obligé; mais il sera nécessaire dans l'hypothèse que vous établissez; il ne sera peut-être même pas perdu pour elle ; et ce que (du moins pour vous) je désire par-dessus tout alors, c'est que l'exposé de vos motifs soit clairement, méthodiquement, fortement, mais prudemment rédigé; c'est un objet digne de la plus grande attention.
(( Vous savez le renouvellement et la composition actuelle du Comité de salut public. Il semble qu'il peut garder le silence sur vos dépêches et sur la nouvelle fâcheuse que vous leur donnez; du moins le journal du soir ne fait-il pas mention qu'il en ait été donné connaissance à la Convention.
« Adieu, mon cher papa, je vous embrasse tendrement. N'oubliez pas un fils qui souffre de toutes vos peines et jouirait plus que vous-même du bonheur que vous méritez et que peut-être la fortune ne vous refusera pas toujours (i). »
Cette lettre arriva à Cambrai après le départ du général; elle fut saisie, renvoyée au ministère de la
(i) Arch. nat., W'' 306.