CHAPITRE XIV
guerre, et remise à Bouchotte qui chargea son secrétaire de la transmettre à Fouquier-'Jlnville avec ces quelques mots :
« Tu jugeras, républicain, combien la lettre de Custine doit paraître suspecte, puisqu'elle a été écrite à la veille de la trahison de son père, au moment où le Comité de salut public l'a arrêté dans ses complots, »
Custine fut extrait de la Conciergerie le 1 2 nivôse et comparut devant Dumas, vice-président du Tribunal révolutionnaire, assisté de son grefiier Grappard. Fouquier-Tin ville était présent. Après avoir été longuement interrogé et avoir répondu loyalement à toutes les questions, Armand fut ramené à la prison.
Deux jours après, le 14 nivôse (3 janvier 1794), après une détention qui durait depuis plus de cinq mois, le jeune homme comparut devant le Tribunal révolutionnaire à neuf heures du matin.
Il avait absolument interdit à sa femme d'assister au procès, parce que sa présence aurait pu le troubler.
Le Tribunal était composé des citoyens René-François Dumas, président, Marie-Emmanuel-Joseph Lanne et Pierre-Louis Ragmay, juges. Claude Roger faisait fonctions de substitut et d'accusateur public, Jean-Baptiste Tavernier de commis orreffier.
Quand les douze jurés (i) eurent pris place devant le Tribunal, l'accusé fut introduit; il était parfaitement
(i) C'étaient les citoyens Gauthier, Martin, Dufour, Sillion, L'Hespir, Duglay, Devèze, Topina, Le Brun, Carnet, Bene, Gannay. (Arch. nat. W"* 306.)
calme et résolu, et son visage ne laissait pas paraître la moindre émotion.
Les citoyens La Fontène et Chauveau, conseil et défenseur officieux (i), accompagnaient l'accusé.
Puis le président fit prêter serment à chaque juré individuellement (2).
Dumas, après avoir dit à Custine de s'asseoir, ordonna au greffier de lire l'acte d'accusation.
En voici les principaux passages :
« De l'interrogatoire subi par Custine fils, le 12 nivôse, il résulte :
« Qu'il a depuis longtemps été associé au système de trahison, formé par un tyran perfide et ses infâmes ministres avec les cours de Vienne et de Berlin, contre la liberté française et la souveraineté nationale ;
« Qu'il s'est rendu le complice des conspirations tramées par son père, avec le traître Dumouriez et à la faveur desquelles Mayence, Condé et Valenciennes ont été livrées aux despotes coalisés contre la France;
« Qu'en 1792 il a été choisi par l'infâme Delessart
(i) Custine avait choisi comme avocat M. de la Fiotterie, mais il ne se présenta pas à l'audience; on désigna alors un avocat d'office, Chauveau-Lagarde.
(2) Voici le texte du serment :
(« Citoyen, vous jurez et promettez d'examiner avec l'attention la plus scrupuleuse les charges portées contre Custine, accusé, présent devant vous, de ne communiquer avec personne jusqu'après votre déclaration, de n'écouter ni la haine ou la méchanceté, ni la crainte ou l'affection; de vous décider d'après les charges et moyens de défense, et suivant votre conscience et votre intime conviction, avec l'impartialité et la fermeté qui conviennent à un homme libre. »