CHAPITRE XIV
« fuyait les patriotes et qu'il était lié avec les contrerévolutionnaires, qu'il avait été le complice des projets liberticides de son père ». Le président lui ayant demandé quelles preuves il pouvait alléguer, Vincent répondit « qu'il l'avait ouï dire et qu'au surplus tout le monde l'assurait ». Puis il se retira pour être reconduit dans sa prison.
Aussitôt Dumas procéda à l'interrogatoire de Custine. Faisant allusion à la lettre du 13 juillet il lui demanda « quelles étaient les peines de son père auxquelles il participait si douloureusement ».
Armand répondit :
« Qu'il s'agissait de la prise de Condé qui avait eu lieu presque au moment où le général était venu prendre le commandement de l'armée du Nord et que sa douleur était d'autant plus vive que Valenciennes étant menacée du même sort, les ennemis de son père ne manqueraient pas de lui en faire un crime, quoique depuis son arrivée à l'armée il lui eût été impossible de communiquer en rien avec les deux places. »
Le président lui demanda encore pourquoi il instruisait son père du renouvellement du Comité de salut public. Armand répondit que « rien n'était plus intéressant pour un général d'armée que de savoir à quels hommes il avait affaire, et quel parti il pouvait tirer de leurs lumières » .
On lui demanda ensuite s'il avait eu des liaisons avec les députés frappés par le glaive de la loi (les Girondins). Il répondit « qu'il ne les avait jamais vus
qu'aux différents Comités dont ils étaient membres, et où il était obligé d'aller pour les affaires de son père ; qu'au demeurant il estimait leurs talents et qu'il ignorait leurs intentions m .
Les réponses d'Armand étaient si simples, si claires, si loyales que l'assistance se montrait de plus en plus disposée en sa faveur. On disait de tous côtés : « Mais ce jeune homme est innocent, il sera sûrement acquitté. »
Poursuivant son interrogatoire, Dumas demanda à l'accusé pourquoi il avait été envoyé auprès du duc de Brunswick.
Armand répondit que « le Conseil l'avait chargé d'engager ce prince célèbre par ses talents militaires à accepter le commandement des armées françaises, qu'il avait tout fait pour réussir, et que s'il avait pu v parvenir, il aurait cru rendre un grand service à la patrie en préparant ses triomphes sur les puissances coalisées; qu'au surplus si la cour avait eu quelque vue ultérieure dans ce projet, il l'avait ignoré, et qu'il était naturel qu'on ne l'eût pas communiqué à un jeune homme de vingt-trois ans dont on fait d'ordinaire un instrument aveugle de ses desseins en pareil cas ».
A ce moment, Dumas donna lecture aux jurés de la correspondance de Custine pendant son séjour à Brunswick. Par des citations perhdement choisies, il donna à entendre que l'accusé avait été chargé d'oftVir au duc le trône de France. Mais Armand, s'apercevant qu'il dénaturait les lettres, se leva vivement et s'adressant aux jurés, s'écria audacieusement : « Citov(Mis, je