CHAPITRE XIV
demande que le président lise mes lettres en entier. Il les tronque pour me perdre. Je vous demande justice de cette mauvaise foi. »
Ce courage et cette fermeté soulevèrent dans l'auditoire un murmure approbateur.
Dumas, se voyant pris sur le fait, se troubla et murmura que les jurés auraient toute la correspondance et jugeraient sur les pièces, mais Armand exigea que sa lettre fût lue en entier. Il écrivait au Conseil « qu'il avait espéré durant plusieurs jours que le duc accepterait les propositions de la France, mais que les puissances coalisées- avaient opposé des offres supérieures aux nôtres et que le prince paraissait disposé à préférer le trône de Pologne, qu'on lui promettait, au commandement des armées françaises ».
Cette explication si naturelle donna toute satisfaction au public et les marques d'approbation redoublèrent.
Enfin le président demanda à Armand s'il avait eu connaissance des complots de son père. Il répondit simplement « qu'il n'avait jamais connu de son père d'autre dessein que celui de bien servir la République ».
« Il est impossible, lui répondit le président, il est contraire à la nature des choses qu'un fils tel que vous, habituellement en correspondance avec son père, ne soit pas son complice. »
Chauveau-Lagarde, releva vivement ces derniers mots :
« Quel est le tribunal dans le monde, s'écria-t-il, où l'on oserait se permettre de condamner un accusé sur des présomptions pareilles? Quoi! il est contraire à la nature des choses qu'un fils ne soit pas complice d'un père! Quelle jurisprudence! J'irai plus loin. Et quand même l'accusé aurait été instruit des desseins d'un père coupable (car le général doit l'être sans doute puisque vous l'avez condamné), je le demande ici, un fils doit-il dénoncer son père? Où serait donc la piété filiale, la première des vertus? Où seraient les mœurs qu'on cherche à régénérer? »
Lorsque la discussion fut close, la parole fut donnée à Roger, substitut de l'accusateur public, pour son réquisitoire, puis, après lui, au défenseur. Malheureusement, autant Custine avait montré d'éloquence et de présence d'esprit, autant Chauveau-Lagarde fut au-dessous de sa tâche; il n'eut pas de peine cependant à démontrer la complète innocence de son client.
Le tribunal, inquiet des manifestations favorables qui se produisaient dans le public, envoya des émissaires qui répétaient partout : « Si l'on acquitte ce jeune homme, il vengera le sang de son père. »
Après la clôture des débats, les jurés se retirèrent dans leur chambre de délibération, puis ils rentrèrent dans la salle des séances et tous, l'un après l'autre, donnèrent leurs réponses aux questions qui avaient été remises par le président.
La déclaration de la majorité des jurés ne laissait pas