‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 133 sur 310 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

fut, à trois reprises différentes, amenée jusqu'à son domicile, rue de Bourbon, pour assister à la levée des scellés et à la visite de ses papiers. Ces formalités étaient une grande joie pour elle, car elles lui permettaient de voir Astolphe et de le serrer sur son cœur quelques instants.

C'est le 26 floréal an II que le Comité de sûreté générale chargea pour la première fois le Comité révolutionnaire de Bondy d'examiner les papiers de Mme de Custine et en sa présence. Se conformant à cet ordre, le Comité de surveillance de Bondy désigna pour remplir la mission trois commissaires, Chevallier, Feuilloys et Gérôme.

Le 29 , les trois commissaires se rendirent à trois heures en fiacre à la maison d'arrêt ; ils y prirent la prisonnière et la conduisirent à son domicile, où ils retrouvèrent d'autres commissaires de la municipalité. On perquisitionna dans tous les secrétaires, bureaux et armoires de l'appartement. On présenta à Delphine une foule de papiers, mais fidèle à son système de défense, elle déclara avec assurance n'en reconnaître aucun. Comme le nombre des pièces était considérable, on les plaça toutes dans un grand portefeuille qu'on mit sous scellés.

Heureusement pour Delphine, personne ne s'avisa d'aller regarder sous le canapé, où elle avait caché sa correspondance au moment de son arrestation, et cependant les commissaires poussèrent le zèle jusqu'à faire soulever les lames du parquet, et à briser un secré-

taire pour en découvrir la cachette. La perquisition fut longue et dura jusqu'à huit heures du soir. A cette heure seulement la prisonnière fut ramenée par les trois commissaires à la maison des Carmes,

Le 21 prairial, à cinq heures du soir, Delphine est extraite de nouveau de la prison et conduite à son domicile. Après lui avoir fait constater que les scellés sont intacts, les membres du Comité continuent l'examen des papiers. Ils trouvent des « actes de comédie et historiques contraires aux principes de la Révolution ». Plusieurs sont signés Elzéar. On demande à Delphine de qui sont ces pièces? Elle répond qu'elle l'ignore absolument. On lui demande quel est cet Elzéar et où il demeure? Elle répond qu'elle ne s'en doute pas. Elle déclare du reste ne reconnaître ni l'écriture ni la signature, et elle signe hardiment le procès-verbal.

Le I" messidor Delphine est pour la troisième fois extraite de la prison pour assister à l'ouverture d'un portefeuille contenant des pièces et des lettres saisies chez elle. On lui présente des papiers signés Elzéar Sabran. Elle reconnaît que ce nom est celui de sa famille, mais, dit-elle, « l'orthographe n'y est pas », et elle affirme ne pas reconnaître l'écr'^ure. On lui présente des lettres signées de l'abbé Gibelin et de l'abbé Devaux; elle avoue avoir connu autrefois des gens de ce nom-là, mais elle ignore complètement ce qu'ils sont devenus ( i ) .

(i) Arch. nat. F' 4658.

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