‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 139 sur 310 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

parvenir des lettres à leurs parents ou à leurs amis, et même accomplir certaines démarches délicates; l'intermédiaire évidemment courait quelques dangers, mais à prix d'argent on apaisait ses craintes et ses scrupules. Touché des angoisses de Mme de Sabran, qui depuis dix-huit mois n'avait pas eu la moindre nouvelle directe de sa fille, Séguier résolut de profiter de sa situation privilégiée pour tâcher de savoir exactement ce qu'était devenue Mme de Custine depuis sa sortie de prison, et où elle résidait. Un Suisse de ses amis partait pour Paris ; il le chargea de rechercher la jeune femme et d'en rapporter à tout prix des nouvelles ; pour lui donner le moyen de se faire reconnaître, il lui confia la dernière lettre qu'il avait reçue de Mme de Sabran ; en voyant l'écriture de sa mère, Delphine comprendrait qu'elle avait affaire à des amis, et qu'elle pouvait parler à cœur ouvert.

Le brave ^Suisse, aussitôt dans la capitale, courut rue de Bourbon ; mais Mme de Custine n'y était plus et on ignorait sa nouvelle adresse; enfin, après bien des recherches, des allées et venues inutiles, il finit par découvrir Delphine, rue Martel, n° 9, « chez le sieur Le Fève, au fond du faubourg Saint-Denis, entre la rue des Petites-Ecuries et la rue Paradis ». Laissons Séguier raconter lui-même l'entrevue :

<c A Mùlheim, près Freybourg-en-Brisgaw, ce 10 juin 1795.

« Bonne mère, soyez bien attentive : je vais vous parler de votre chère Delphine.

« Fâché de n'avoir pu jusqu'à présent que vous donner des nouvelles indirectes de votre fille, j'avais profité du voyage qu'un homme sûr faisait à Paris, tant pour mes affaires que pour celles de quelques-uns de mes amis, pour y ajouter celle, si intéressante pour moi, de vous procurer enfin des nouvelles certaines de cette pauvre délaissée, et j'avais donné ordre qu'on la cherchât dans tous les coins de la ville. Un long temps s'est passé sans que je reçusse des nouvelles de mon homme. Enfin hier il est arrivé. Je viens de faire huit lieues pour aller au-devant de lui. Je reviens tout essoufflé, et ma première occupation est de prendre la plume pour vous donner mot pour mot sa relation. Écoutez-le, c'est lui qui va parler :

« Muni de l'adresse que vous m'aviez donnée, je cours dans la rue de Bourbon, vis-à-vis l'ancien hôtel de Salm, et je m'enquiers de Mme Custine. Elle n'y était plus depuis longtemps. On me donne différentes adresses, où je pourrais trouver des renseignements. Je vais de porte en porte. Enfin je découvre qu'elle demeure rue Martel, n" 9. En deux sauts m'y voici. On me fait monter à un premier étage, on m'ouvre; j'entre dans un bel appartement où trois jolies dames assises étaient à causer.

« — Quelle est madame de Custine?

« — C'est moi », dit une d'entre elles, la plus charmante.

« Peste, monsieur, vous avez de jolies connaissances. Très jolie, sur mon honneur, si fraîche, si blanche!

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