CHAPITRE PREMIER 2i
aux lamentations de Delphine et de la reprendre avec elle. Elle écrit tristement ;
« Il a fallu céder encore à cette fâcheuse raison qui nous supplicie toute notre vie (sans jamais nous être bonne à rien) et faire taire la tendresse et la pitié qui me parlaient pour elle. Je ne sais comment j'ai pu avoir autant de courage; il faut que j'aie un cœur de pierre et je ne suis pas encore remise de l'impression douloureuse que cela m'a fait (i). »
Le couvent ne parut pas apporter dans le caractère de Delphine l'amélioration rapide que l'on espérait; elle en supportait impatiemment le joug et ne pouvait surtout se consoler d'être séparée d'Elzéar qu'elle adorait.
La mère de son côté souffrait cruellement de la sépa ration; elle allait fréquemment voir la jeune pensionnaire, mais elle se désolait de lui trouver toujours « cet air contraint que n'ont ni la candeur ni la franchise ». Delphine se montrait douce, docile, mais rien de plus, et elle n'avait pas ces effusions si naturelles et si douces au cœur d'une mère.
(i) Toutes les lettres de Mme de Sabran citées dans ce chapitre sont extraites de la Correspondance de Mme de Sabran, publiée par MM. Prat et Magnieu (Plon-Nourrit et C"*, 1875).