CHAPITRE XVII
ni parents, ni frère, ni marz pour l'embrasser? Faitesmoi passer vos ordres. Elle les recevra bientôt. Je me suis conservé les moyens de communiquer avec elle. »
En même temps qu'elle recevait de Séguier cette lettre, qui était si bien de nature à apaiser ses préoccupations, Mme de Sabran apprenait une autre nouvelle qui n'était pas moins faite pour la réjouir et lui donner de grandes espérances. La paix de Bâle venait d'être signée, et la cessation des hostilités entre la France et la Prusse allait rendre possibles les communications entre les deux pays.
Mme de Sabran, ravie, s'empresse d'écrire à sa fille, mais elle n'ose laisser éclater sa joie, on sent combien elle y met de prudence, combien elle mesure tous les termes de sa lettre, pour ne pas compromettre celle à qui elle est destinée :
« Juin 1795.
« Après tant d'inquiétudes et de souffrances, mon enfant, je profite du retour de la sagesse et de l'humanité pour t'embrasser, quoique de bien loin encore. Puissent mes vœux être exaucés de ceux à qui je les adresse! Pour te revoir avant de mourir, trois cents lieues et la guerre entre une mère et une fille étaient une terrible barrière ; mais heureusement la paix vient de lever une partie des obstacles, et j'espère qu'elle lèvera bientôt tous les autres, et que j'aurai le bonheur de te serrer encore dans mes bras. Tu penses bien que ma tendresse était trop inquiète pour n'être pas ingé-
nieuse à me procurer de temps en temps quelque certitude sur ton existence ; ne fût-ce que par les papiers publics, où j'ai pu quelquefois suivre tes traces.
« Mais toi, ma fille, tune sais peut-être pas que je suis toujours chez ce bon prince Henri, si ami de tous les Français que je pouvais me faire illusion, et me croire encore quelquefois dans ma chère patrie. Il veut bien joindre une lettre à la mienne pour te montrer qu'il se souvient encore de toi et qu'il me continue toujours le même intérêt. C'est à lui qu'on doit la paix, et c'est à la paix que je devrai peut-être le bonheur de te revoir. Tu sais avec quelle grâce il m'a sollicité de venir chez lui dans des temps moins fâcheux; mais tu ne sais peutêtre pas les soins qu'il m'a prodigués dans les longues souffrances, qui m'ont empêché de retourner dans ma patrie, quand cela était encore possible. L'adoucissement du gouvernement et les excellentes intentions de ceux qui sont à la tête des affaires font renaître au fond de mon cœur la plus douce des espérances, celle que l'une de nous deux obtiendra la permission d'aller embrasser l'autre.
« Adieu, mon enfant, si ma lettre te parvient, réponds-moi par les commissaires français, qui voudront sûrement bien faire passer ta lettre au ministre de Prusse. Ton frère t'aime tendrement, ainsi que ta bonne mère. Il viendra donc un moment, je l'espère, où je te serrerai contre mon cœur, où les larmes que je verserai, seront des larmes de joie! »
A partir de ce moment Delphine n'eut plus qu'une