‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 142 sur 310 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

idée, revoir sa mère, sa mère chérie, le plus vite possible. Mais comment faire, comment la rejoindre? Mme de Sabran, qui n'était pas animée d'un moindre désir, offrait de faire la moitié du chemin et de se rapprocher des frontières de France. Ne pouvait-on se donner rendezvous à Bâle, par exemple?

La chose paraissait fort simple en apparence, mais en réalité elle offrait de sérieuses difficultés. Delphine ne pouvait sortir de France sans un passeport, or elle portait un nom trop célèbre pour qu'on le lui accordât aisément.

M. de Dreux-Brézé, qui résidait à Lausanne, voulut de son côté venir en aide à sa belle-sœur, et il obtint à prix d'argent deux faux passeports suisses, l'un pour Delphine , l'autre pour Nanette et Astolphe, mais Mme de Custine avec raison refusa d'en faire usage (i). Elle ne voulait faire qu'un voyage légal, qui ne pût nuire en rien à sa situation et aux justes réclamations qu'elle avait déjà adressées au gouvernement pour rentrer en possession de ses biens confisqués : il lui fallait donc un passeport donné par le Comité de salut public, et elle s'efforça de l'obtenir; heureusement pour elle, elle avait retrouvé quelques amis, elle les fit agir, et elle fut enfin autorisée à aller prendre les eaux de Baden, près de Zurich.

(i) Les passeports et un voyage à Paris que M. de Dreux-Brézé avait fait faire, avaient coûté i 696 livres 1 1 deniers. Il les réclama à Mme de Sabran, en la priant de lui écrire rarement parce qu'il était dans une telle gêne qu'il avait de la peine à payer les frais de poste.

264 MARQUISE DE CUSTIXE

Dès qu'elle fut en possession de la précieuse pièce, elle fit ses préparatifs de départ. Malheureusement le passeport était pour elle seule, et elle ne pouvait emmener ni Astolphe ni Nanette; elle prit alors le parti de les conduire tous deux à Niederviller, qui était sur sa route, et de les y laisser pendant son absence. Puis elle écrivit à sa mère pour lui donner rendez-vous à Klosterheilbronn, qui ne se trouvait pas trop loin de la frontière.

Vers la fin de juillet, Mme de Sabran apprend que sa fille est en route pour Niederviller; elle fait en hâte ses préparatifs et elle part avec Elzéar, pour Baireuth, puis pour Anspach, où ils font un assez long séjour, attendant toujours une lettre qui doit les fixer sur le jour de la réunion. Mais cette lettre n'arrive pas, et les voyageurs s'impatientent et se désolent. Ils devraient cependant être au comble de la joie, mais ils ont tant souffert depuis cinq ans, ils ont passé par de si cruelles et de si terribles épreuves, qu'ils ne peuvent plus croire au bonheur ni à un événement heureux; ils se consument dans l'anxiété et la crainte, prévoyant toutes les catastrophes, même les plus invraisemblables.

Enfin, de guerre la.sse et ne pouvant contenir leur impatience, ils partent pour Klosterheilbronn oii est le rendez-vous; là sûrement ils auront des nouvelles, et peut-être même Delphine les y attend-elle déjà.

Hélas! à Klosterheilbronn, ils ne trouvent ni lettre, ni Delphine!

Mme de Sabran est au désespoir : il n'y a pas à en

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