CHAPITRE XVII
pensée) ne rejette ce monde, ou un monde d'esprit et d'énergie avec lui !
« Je vous prie de lui faire parvenir, d'une manière sûre, ce billet, qui ne contient rien digne de son attention, mais qui est au moins un témoignagne de mon attention et de mon respect pour lui (i). »
Mme de Custine vivait avec son frère dans une intimité trop confiante pour qu'elle ne lui fît pas le récit de ses amours dans la prison des Carmes. Elle lui raconta tout et poussa même la confiance jusqu'à lui remettre, pour qu'il les lût à loisir, les lettres enflammées, brûlantes qu'elle avait reçue de son amant.
Elzéar exalté par les récits de sa sœur, enthousiasmé par les passages qui le concernaient, et par les éloges dithyrambiques de Beauharnais, crut devoir en prendre
(i) Voici la lettre que Delphine était chargée de remettre au général Miranda :
« Je n'espérais pas l'honneur et le plaisir de recevoir par la main de Custine-Sabran une lettre de Miranda. Vous m'étiez d'abord présentissime à mon âme, homme qu'on ne peut jamais oublier.
« Quelle âme, la bonne Custine que la providence a honorée par tant de malheurs !
« Et vous, homme énergique, vous vous soutenez encore dans les tourbillons des révolutions, d'intrigues et de cabales.
« Restez toujours vous-même, et vous serez toujours grand et immobile.
« Finissez une fois, par la supériorité de votre génie, la guerre, et faites trembler tous ceux qui ne veulent que faire trembler. Nil intentatum relinque, pour faire revenir la paix.
« Ma santé ne me permet pas de m'entretenir plus longtemps avec vous.
« Vous aurez mille amis plus forts, mais aucun plus sincère admirateur que moi. »
copie; il fit plus encore, il y ajouta des annotations de sa main, et les remit à sa sœur, avec les originaux des lettres.
Les réflexions d'Elzéar sont si étranges, si stupépéfiantes, que nous croyons devoir les donner en entier; elles montreront mieux que nous ne pourrions le faire l'étonnante mentalité de ce jeune homme et sa surexcitation maladive. Il est vrai que dans la circonstance Beauharnais lui avait singulièrement montré la voie. Voici les réflexions d'Elzéar sur la première lettre du général (i) :
« Ma sœur, je suis touché jusqu'au fond de l'âme, en lisant les expressions dont se servit ton amant pour te parler de moi, en voyant les illusions qu'il se faisait, d'après les traits dont m'avait peint à ses yeux ton aveugle tendresse. L'amour enchérissait encore sur l'amour fraternel pour me peindre avec avantage, il ne voyait que ton frère.
« Sans doute, dans le premier moment, la différence d'opinion et de parti m'en eût éloigné. Sans doute sa réputation, en tout genre, m'eût fait frémir de ton imprudence d'avoir commis la tienne et ton bonheur à cet homme; ainsi peut-être l'aurais-je méconnu et fui toute ma vie. Mais à présent que tu m'as prouvé que c'était l'être selon ton cœur, que je lui devais de t'avoir fait goûter le bonheur à l'ombre même de l'échafaud; à présent que tu m'as fait lire son cœur dans ses lettres,
(i) Voir les lettres d'Alexandre de Beauharnais, chap. xv, P- 234.