‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 155 sur 310 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

d'une grille au travers de laquelle on entrevoit, à la lueur d'une lampe, le palladium du couvent, une statue de la Vierge et de l'enfant Jésus en bois noir, revêtue de vêtements splendides et couverts de pierreries.

Elzéar raconte à sa sœur comment, après avoir longuement prié devant la Vierge et l'avoir remerciée de sa divine protection, ils eurent l'idée de consacrer en exvoto le rosier que l'abbé d'Engelberg leur avait donné :

« Faisant allusion à la romance du « Rosier » que la mère a faite pour toi, j'écrivis ces deux vers sur un petit papier :

Beau rosier! c'est pour nous que le ciel t'a sauvé. Reste ici sous les yeux de qui t'a conservé.

« Nous l'attachâmes à une rose et, après l'avoir arrosé de douces larmes, nous suspendîmes religieusement le rosier à la voûte. O ma sœur ! si tu passes jamais par là, n'oublie pas d'aller voir ce don votif d'une mère et d'un frère, en mémoire de toi, en reconnaissance du salut de ta vie (i), »

Mme de Sabran n'était pas seule à venir supplier la Vierge d'Einsiedeln; dans la même auberge où elle résidait, elle rencontra Mlle de Condé, qui venait aux pieds des autels chercher un refuge aux douleurs de sa vie.

« Nous vîmes Mlle de Condé (i) prête à quitter pour ie ciel une terre ensanglantée du meurtre de ses parents.

(i) Douze ans plus tard Delphine vint à son tour faire un pèlerinage à Einsiedeln. Voir chap. xxviii.

Elle avait quitté Fribourg pour venir à ce pèlerinage d'où elle voulait aller par les Grisons faire ses vœux dans un couvent de Turin. Nous la trouvâmes déjà toute mystique et vraiment intéressante par le détachement absolu, où, jeune encore, elle paraissait être du monde, et par la confiance aveugle qu'elle semblait avoir dans la Providence. Je la vis prier de si bon cœur dans la chapelle de la Vierge que les larmes m'en vinrent aux yeux. »

De retour à Zurich, Elzéar et sa mère descendirent encore à l'auberge de V Epêe, où tout leur rappelait Delphine. Leur nouveau séjour dans cette ville leur laissa encore de jolis souvenirs.

Elzéar écrivait à sa sœur :

« Le temps que nous passâmes à Zurich s'écoula entre des occupations douces et de charmantes promenades. Le matin, dans le cabinet de Lavater, nous tâchions de nous pénétrer de son génie. Le soir, auprès du monument de Gesner, nous allions lire le Pastor Fido, et de retour chez moi, après le coucher du soleil, je t'écrivais, ou j'écrivais pour toi. Nous nous étions établis là vraiment, comme pour nous pénétrer de ton souvenir... »

Leurs plus agréables moments étaient ceux qu'ils passaient chez Lavater :

« Il nous laissait pénétrer dans son cabinet, sanctuaire

(i) Louise-Adélaïde de Bourbon (i 757-1824), fille de Louis Joseph de Bourbon, prince de Condé, et de Charlotte-Godefrioe- Élisabeth de Rohan-Soubise.

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