CHAPITRE II
Delphine du couvent où la jeune fille gémit depui!*; dix-huit mois : « Il ne tiendra qu'à elle de me faire beaucoup de bien ou beaucoup de mal » , écrivait la pauvre mère anxieuse.
Donc Delphine quitte le couvent et reprend sa place dans la maison maternelle ; mais, au début, la jeune fille ne donne pas grande satisfaction à sa mère. Celle-ci^ cependant, avec une abnégation vraiment touchante, s'ingénie de toutes façons pour reconquérir le cœur qu'elle craint d'avoir perdu.
« Delphine s'apprivoise tous les jours davantage, écrit-elle le 30 décembre, ma patience, mes soins, ma tendresse feront, j'espère, un jour leur effet. Jusqu'à présent elle est trop enfant pour savoir ce que c'est qu'une mère. A la douceur, à la docilité et à la dévotion près, elle est toujours la même. Son esprit se développe lentement ainsi que ses idées. Elle en a peu, mais elles sont fort justes (i). »
En attendant que Delphine revienne à de meilleuî's sentiments, Mme de Sabran ne sait qu'imaginer pour amuser ses enfants et se les attacher. Elle les mène à la comédie, elle les promène, elle les quitte le moins possible.
Au printemps de 1786, elle est invitée avec eux: à venir faire un séjour chez la comtesse Diane de PgJïgnac à Montreuil. Chaque jour elle les emmène faire de longues promenades dans les environs pour leur mon-
(I) Communiquée par M. Prat.
trer les curiosités du pays ; elle doit s'imposer une dure contrainte pour dissimuler le chagrin qui lui ronge le cœur et paraître gaie et contente. Elle écrit avec résignation :
« 31 mai 1786.
« Il me faut parler quand j'ai envie de me taire et rire quand j'ai envie de pleurer. La crainte que j'ai d'ennuyer ma Delphine me fait chercher tous les moyens possibles de la distraire à mes dépens ; car tout ce qui convient à son âme innocente, calme et heureuse, ne convient plus à la mienne, et je ne dois plus penser qu'à elle.
« Tout ce que je puis faire de mieux à présent est de composer avec mes peines, de manière qu'il n'y ait que moi qui en souffre et que la société et surtout mes pauvres chers enfants ne s'en aperçoivent jamais. »
Le jour de la Pentecôte, toute la famille se rend à Versailles pour assister à la procession des Cordons bleus. La chaleur était extrême, la foule énorme et on risquait à chaque instant d'être étouffé. « Le plaisir d'amuser mes enfants me soutenait dans cette cohue horrible, écrit la mère dévouée, et malgré les coups de poing et les bourrades, je les ai menés dans la galerie voir passer la procession. »
Le voisinage de Versailles vaut à Mme de Sabran de fréquentes invitations à la Cour; elle est ravie des succès qu'y obtiennent ses enfants, elle les conte avec orgueil au chevalier :