‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 161 sur 310 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

que tu ne deviennes amoureux, car alors adieu ta pauvre sœur!.,, tu me le diras, n'est-ce pas? Je t'ai bien tout dit. Adieu!

« Écris-tu au Griffon ? Il m'écrit aussi, et je lui réponds avec plaisir; il est bon et aimable. »

Mme de Custine en effet n'était pas seulement en correspondance avec sa mère et son frère ; elle recevait souvent des lettres du chevalier Séguier; mais si elle éprouvait pour lui une très vive amitié, la séparation, l'éloignement avaient légèrement modifié les sentiments qu'au premier abord elle avait cru ressentir pour le bel officier. Séguier dans ses lettres parle nettement d'amour; malheureusement, plus il se montre pressant, plus Delphine manifeste de réserve; elle offre son amitié et rien de plus. Assez déconfit de la tournure que prennent ses amours, Maurice cependant ne se décourage pas, et comme il pense que Mme de Sabran possède sur sa fille une grande influence, il la supplie de plaider sa cause auprès de l'inconstante jeune femme :

« 3 février 1796.

« J'ai reçu des nouvelles de Delphine, du 6 décembre, de Paris. Vous vous doutez bien de ma joie en recevant sa lettre. Ah! la volupté que j'éprouvais n'est pas à coup sûr la volupté du malheur. J'étais loin dans ce moment d'une joie aussi triste! En l'ouvrant, j'ai un peu déchu de ce si grand bonheur. On a cru apparemment que mes sentiments voulaient s'émanciper, et on

me signifie bien positivement qu'il faut que je m'en tienne à l'amitié. Je croirai y perdre, mais j'aurai tort : L'amour est ennuyeux, maussade, au lieu qu'une jolie petite amitié est la plus belle chose du monde. Après ce bel arrêt, elle me parle de son arrivée à Paris, qu'elle appelle le terrible lieu. « Plaignez-moi, dit-elle; que « vos vœux m'accompagnent et me préservent de tous « les maux qui grondent sur ma tête î » La charmante Delphine ! elle devait être bien jolie, bien intéressante, quand elle écrivait ces lignes, un coude sur la table, la tête appuyée dans sa main, peut-être quelques larmes roulant dans ses yeux... »

Delphine cependant n'est pas toujours cruelle, quelquefois elle fait la coquette : elle demande à Maurice les motifs qui ont pu lui inspirer une passion si ardente? Elle ne peut se l'expliquer. Est-ce sa figure? Mais alors ce grand amour n'a plus de raison d'être, car elle doit lui avouer qu'elle n'est plus jolie : les chagrins et les malheurs ont eu raison d'attraits périssables.

Bien entendu Maurice n'ajoute aucune foi à ce pénible aveu, mais ce marivaudage a le don de ranimer toutes ses espérances, et il s'empresse de raconter à Mme de Sabran la nouvelle phase de ses amours :

« Ce 1 1 février 17.96.

« La lettre qu'elle m'écrit est charmante, pleine de la plus douce sensibilité. Il paraît que l'on n'est pas tranquille à Paris et que l'inquisition est très forte.

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