‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 166 sur 310 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Janvier à juin i 797

Triste existence de Mme de Custine à Paris. — Elle songe à se remarier. — Correspondance de Séguier avec Mme de Sabran.

— Il va rejoindre Boufflers à Berlin pour l'accompagner en Pologne. — Il change brusquement d'idée et part pour Paris.

— Ses relations avec Mme de Custine. — Il lui déplaît. — Boufflers et Mme de Sabran partent pour la Pologne.

L'existence que Mme de Custine mène à Paris, au cours de l'année 1797, est de plus en plus pénible; elle a mille affaires sur les bras, pour elle, pour sa mère, pour l'évêque de Laon; elle fait les plus louables efforts pour tâcher de sauver quelques bribes de leur fortune, mais tout ne marche pas au gré de ses désirs, et elle éprouve bien des déboires : il lui faut se débattre au milieu de procès continuels ; elle est saisie par les créanciers de son mari; elle ne peut obtenir la restitution de ce qu'on lui doit; bref elle mène une vie affolante et désespérante, et tous les soucis l'accablent à la fois.

Mme de Sabran a été de nouveau et positivement déclarée émigrée, et sa maison du faubourg Saint- Honoré va être vendue pour un prix dérisoire. Si elle avait de l'argent, Mme de Custine n'hésiterait pas à l'acheter, mais il faudrait 30 000 livres comptant, et

faire des billets pour le reste. Elle n'a pas un sol ! Elle pourrait essayer d'emprunter, mais trouverait-elle, et puis il lui faudrait payer des intérêts ruineux, et où les prendrait-elle? « Je cherche de tous côtés, écrit-elle tristement, et je trouve les cœurs comme les bourses fermés. »

Sa mère ne pourrait-elle trouver à Berlin un banquier qui avancerait l'argent, et on achèterait la maison sous son nom? Le prince Henri, ou le roi de Prusse, ne consentiraient-ils pas à donner la somme nécessaire? Il serait d'une grande importance de se hâter, sans cela la maison sera vendue.

La santé de Delphine était-elle meilleure? Lui donnait-elle la force nécessaire pour lutter contre la mauvaise fortune et pour résister aux mille soucis qui l'accablaient? Hélas ! elle n'avait pas même cette satisfaction. Usée par les tourments, les inquiétudes, ^elle végétait dans un état de malaise et de souffrances à peu près constant. Malgré tout, elle ne perdait pas courage : « Je suis réellement bien malheureuse, écrit-elle à sa mère, mais je ne désespère point : en temps de Révolution tout change, tout varie; notre position peut devenir meilleure dans quelques mois », et elle supplie sa mère de songer à elle, à Elzéar et de ne pas s'abandonner au découragement. Sans l'espoir de la revoir elle n'aurait plus la force de vivre.

Delphine a-t-elle au moins des jouissances de cœur qui l'aident à supporter sa détresse? Elle assure que non, et nous devons l'en croire. Cependant nous voyons

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