‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 167 sur 310 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

toujours graviter autour d'elle toute une série d'adorateurs, Médor, Lolo (i), Bois (2), It, etc., etc. Boissy d'Anglas en particulier n'a pu voir la jeune femme sans subir son charme et il est devenu un des grands assidus de la maison. Hélas! elle les donnerait tous, et bien d'autres encore, pour avoir comme sa mère un ami fidèle et sûr, un ami de vingt ans, qui serait le compagnon de sa vie !

Lasse de mener cette existence misérable, sans affection et sans tendresse, Delphine finit par songer à se remarier. Après avoir longtemps agité cette idée dans son esprit, elle se décide à faire un jour à sa mère l'aveu de ses secrets désirs :

u 12 janvier 1797.

« Je suis toujours très contente de Mêdor^ mais tout cela est pourtant nul pour mon cœur. Il est vide. Je cherche un cœur qui corresponde avec le mien, et ma recherche est vaine, et mes faibles charmes disparaissent, et les années s'écoulent. Je n'aurai pas comme toi, dans mes années sérieuses, un ami, un tendre et unique ami. Ma position actuelle m'en fait sentir plus que jamais la nécessité, et m'a amenée à m'occuper même d'une autre idée qui, jusqu'à ce moment, m'était étrangère? Je voudrais me marier.

« A qui, grand Dieu? »

(i) Le comte Louis de Ségur.

(2) Boissy d'Anglas.

« A un homme riche et d'environ cinquante ans, même plus vieux me serait égal, car ce que je craindrais le plus au monde, c'est que l'on puisse croire qu'un autre intérêt que celui de mon fils m'y a décidé. Mais voilà les avantages que je trouve dans une pareille idée : d'abord de pouvoir élever mon fils comme je le désire, puis d'avoir la possibilité d'aller te voir, de rendre service à mes amis malheureux, et mille autres petits agréments qui ont bien leur prix. Qu'en penses-tu?

« C'est fort bien, mais où est le mari? »

« Voilà le hic, je ne sais où le trouver. Cherche-le de ton côté.

« Comment! vraiment? »

« Oui, cherche-moi un mari riche et vieux.

« Quelle mine fait Médor quand je parle de ce projet \ Quelle mine ferait Maurice!... ne l'en tourmente pourtant pas inutilement. »

Pas une lettre où Delphine ne revienne sur sa solitude, sur le besoin qu'elle a d'aimer et d'être aimée. Quelques semaines après, elle écrit encore :

« Je suis plus que jamais triste, isolée, mon cœur ne s'attache à rien... je voudrais me marier pour quitter cet état d'indépendance dont je ne sais que faire, et je ne trouve point de mari! Je ne vais presque plus dans le monde, je suis sauvage, il faudrait que tu fusses là... tu me mènerais, tu me redonnerais un peu de courage

« Mon occupation favorite est de relire tes lettres... Je te vois si intéressée, si occupée d'un objet aimable,

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