‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 170 sur 310 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

« Adieu, mon pauvre cœur est si gonflé, si triste, si noir, que je ne sais pas trop ce que je t'ai dit. Je n'en puis plus, je suis malade d'esprit et de corps. »

Quelques jours après, Delphine, s'arrachant à son chagrin, apprenait à sa mère la plus fâcheuse nouvelle du monde : l'hôtel de la rue du Faubourg-Saint-Honoré n'ayant pu être racheté par sa propriétaire, faute d'argent, l'État venait purement et simplement d'en disposer; il l'avait donné au général Beurnonville en paiement d'une dette de 80 000 francs que la nation , paraît-il , avait contractée envers le général. Delphine ajoutait philosophiquement : « Avec le temps on espère que cet arrangement ne tiendra pas plus que les autres et que ta maison reviendra à son maître naturel. »

Cette spoliation était un nouveau coup, et non des moins cruels, pour Mme de Sabran, qui se voyait ainsi enlever une somme considérable, qu'elle avait bien peu d'espoir de retrouver jamais.

Le chevalier Séguier, fidèle à sa promesse, avait quitté l'armée de Condé, et s'était rendu à Rheinsberg d'abord, puis à Berlin, pour organiser de concert avec Bouffi ers le départ pour la Pologne.

Que se passa-t-il exactement pendant le séjour de Séguier à Berlin, nous l'ignorons; mais tout à coup le jeune homme change brusquement tous ses projets; il vient d'apprendre que son nom ne figure pas sur la liste des émigrés, que rien ne s'oppose à ce qu'il rentre dans sa patrie, et au lieu de partir pour la Pologne, il décide de revenir en France. Il est certain que, malgré ses pro-

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testations, il aimait toujours Delphine, qu'il voulut à tout prix la revoir, et se rendre compte par lui-même de ce qu'il pouvait espérer de Tavenir.

Donc il partit pour la France et gagna sans trop de difficultés la capitale. Son premier soin fut naturellement de courir chez Delphine, sous prétexte de lui remettre un fichu brodé, de la part de sa mère. Malheureusement il s'était imaginé que sa présence suffirait pour enlever la place d'assaut ; il se montra trop entreprenant, trop hardi, et la jeune femme, bien que fort disposée en sa faveur, fut choquée.

Elle raconte longuement à sa mère l'arrivée de Maurice, les maladresses dont il s'est rendu coupable, et qui vont vraisemblablement l'éloigner de lui à jamais.

« Paris, 31 juin 1797,

« Tu es bonne par excellence de penser ainsi à parer ta pauvre fille : le fichu brodé est déjà monté et fait le plus joli bonnet du monde. Que ne peux-tu voir tout cela, alors seulement j'aurais du plaisir à le porter. Bonne mère, si Pargent ne nous manque pas, tu peux compter sur ma volonté, elle est tout à toi, et te revoir est le seul bien auquel j'aspire.

« A propos de Maurice, que je te conte donc tout ce qui m'arrive à son sujet! Avant de le voir ici, je me faisais en pensant à lui mille chimères. J'allais même jusqu'à penser quelquefois que de lui seul me viendrait quelque bonheur! Oh! comme j'ai changé d'avis

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