CHAPITRE XXI
Juillet à décembre 1797
Elzéar quitte Venise et va rejoindre sa mère en Pologne — I précepteur d'Astolphe, Berstœcher. — Projets de réunion entre Delphine et sa mère. — La révolution à Paris y met obstacle. — Chagrin de Delphine.
La correspondance, si active autrefois entre Mme de Custine et son frère, était complètement tombée; il y avait des mois et des mois qu'Elzéar n'avait pas écrit. Delphine savait seulement qu'il résidait toujours à Venise, et que, malgré de pressantes instances, on ne pouvait parvenir à l'en faire revenir; il prenait prétexte de la guerre, et de la présence des Français dans les environs , pour y prolonger son séj our contre toute raison .
Enfin, au mois de juillet, Delphine reçoit une lettre de son frère : il a fui Venise et les dangers de la guerre, il s'est réfugié en Pologne, à Wimislow. La jeune femme est ravie de le savoir près de sa mère; n'est-ce pas le commencement de la réunion si ardemment désirée? Elle va faire tout au monde pour aller les retrouver, et si ce n'est pas possible, c'est eux qui viendront la rejoindre à Paris ; elle s'ingénie à tout préparer pour les recevoir :
« 7 juillet 1797.
« Que je suis heureuse, mon ami, de te savoir auprès de la mère! J'étais si inquiète, si tourmentée de ce que tu pouvais être devenu. Je n'avais aucunement de tes nouvelles. Tu te plains de mon silence, c'est bien moi qui peux me plaindre du tien. Mais ne me taxe pas d'oubli, cher Elzéar, jamais tu ne peux sortir de mon cœur. Tu es le premier objet qui y soit entré, tu es le premier être que j'aie aimé. Si tu savais comme je me repais de la chimère de te revoir ici! Ta chambre est préparée, on t'attend, on se réjouit de te posséder dans notre petit réduit. Tu serais en règle très promptement car tu n'es pas sur la liste (i). Juge donc de mon bonheur !
« Si mes moyens d'argent le permettent, je compte toujours aller voir la mère cet hiver. C'est là mon rêve favori. Si tu venais avant, nous irions ensemble, sinon je te ramènerais. Oh! mon ami, la vie est trop courte pour la passer toujours si loin de ce qu'on aime.
« Je n'écrirai pas à mère aujourd'hui. Tu lui parleras de moi, de mon bonheur de la savoir contente dans sa retraite, de mon occupation continuelle d'elle et de son mari, du désir que j'aurais de la revoir, des tourments où je suis d'en être si loin. Soigne-la, cette bonne mère, parle-moi de sa santé, de sa manière d'être là-bas, enfin écris-moi. Mon fils se porte bien, son gouverneur est
(i) La liste des émigrés.