CHAPITRE XXI
parfait, c'est un jeune homme plein de mérite et d'amabilité, il t'aime déjà de tout son cœur et t'attend avec impatience.
« Adieu, cher ami, reviens embrasser ta sœur, viens partager ma retraite, viens me parler de la mère, de toi, du temps passé, du présent, viens enfin! Je ne me porte pas trop bien depuis quelque temps, je suis si malheureuse qu'à la fin le chagrin mine absolument le corps, je n'ai plus du tout de courage, je n'en puis plus. »
Mme de Custine, depuis un an, avait pris pour Astolphe un précepteur que nous avons déjà eu l'occasion de citer incidemment ; c'était un jeune Allemand nommé Berstœcher. Elle en était enchantée; il s'occupait de son élève avec beaucoup d'intelligence et de soin, et il développait admirablement les rares qualités de son esprit. Il s'était attaché à la famille avec une rapidité extrême. Bien qu'il n'en ait jamais rien laissé paraître, nous le soupçonnons fort d'avoir subi, comme tant d'autres, le charme étrange de Delphine, et d'avoir éprouvé pour elle une passion très vive, mais respectueuse et discrète ; il est resté auprès d'elle jusqu'à sa mort, ne la quittant jamais, et lui donnant sans cesse et toujours les marques du plus profond attachement.
Mme de Custine parle souvent, très souvent de Berstœcher dans ses lettres à sa mère et elle cite de lu: des traits charmants.
Elle écrit le 13 juillet :
« Le bon Berstœcher partage mes peines. Écoute ce qu'il vient de faire pour moi. J'étais dans une posi-
tion terrible pour de l'argent, je n'en avais pas et n'en trouvais à emprunter qu'à des intérêts exorbitants ; il m'en a prêté, il a placé cent louis, qu'il possédait, sur nous, à l'intérêt ordinaire. C'est vraiment parfait; c'est un excellent homme mais surtout bon et sensible et très aimable. »
Quelque temps après, elle écrit encore : « Tu me parais enchantée du gouverneur de mon fils ; je t'en sais bien bon gré, car vraiment c'est un ami parfait. 11 était allé faire un petit voyage à Strasbourg, il y est resté six semaines, pendant lesquelles on a employé toutes les séductions possibles pour le détacher de nous, on lui a offert les places les plus brillantes; il a tout refusé pour ne pas nous quitter, et si on nous avait bannis, comme il en a été question pour tous les nobles, il nous aurait suivis. Que nous sommes donc heureux de ce côté! Aussi mon Astolphe devient-il un véritable homme de mérite, tu l'aimerais à la folie. »
Les lettres de Mme de Sabran à sa fille étaient délicieuses, et Delphine lui dit en termes charmants tout le bien qu'elles lui font, quel baume bienfaisant elles répandent sur les plaies de sa vie; c'est grâce à elles qu'elle ne perd pas courage et attend avec patience l'heure de la réunion :
<f 20 juillet 1797.
« Je viens de recevoir une longue lettre de toi qui m'a fait bien plaisir, car il y a longtemps que je n'en