‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 181 sur 310 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

démarches, sollicitant à droite et à gauche; elle en partit en proie aux plus vives inquiétudes, n'ayant obtenu que beaucoup de bonnes paroles, mais rien de positif.

Son séjour à Heilbronn ne lui apporta pas les joies, qu'elle espérait : d'abord Elzéar tomba malade de la fièvre tierce, et il donna à sa mère de très vives inquiétudes. Puis Delphine fut atteinte de la même maladie et sans être aussi gravement prise que son frère elle fut cependant fort souffrante. La réunion en fut forcée ment très attristée.

Après trois semaines de séjour à Klosterheilbronn,roTi se quitta de nouveau, Delphine et Astolphe pour rentrer à Paris, Elzéar pour aller rejoindre à Vienne son oncle l'évêque de Laon qui le réclamait, et Mme de Boufflers pour aller retrouver son mari à Wimislow.

Malgré les traverses qu'elle avait eu à supporter, Delphine avait éprouvé une grande joie de cette réunion. Elzéar et Berstœcher n'avaient pas été moins heureux qu'elle :

« Le bon Berstœcher raffole de toi, de la mère, écritelle à son frère; nous rabâchons notre séjour à Kloster. C'est là notre médecine universelle. Lorsque notre cœur est bien souffrant, nous parlons de Kloster et nous sommes un peu moins mal. Astolphe pense aussi à ce bon temps, il aime ses oncles, il en parle et, même dans ses prières, il prie pour ses oncles; dis-le à soxi grandoncle. Pom la grand'mère, c'est son sentiment. Il l'aime de préférence à tous, mais il l'oubliera, et nous aussi, puisque nous n'avons pas signe de vie d'elle. »

A peine rentrée à Paris, Delphine apprend que pendant son absence le Directoire a consommé un nouveau coup d'État contre les Conseils (22 floréal); elle assiste à de nouveaux troubles, mais elle y était tellement habituée, qu'elle ne s'en serait pas autrement inquiétée, si son ami Séguier ne s'était trouvé gravement compromis; ce fut au point que pour éviter qu'il ne fût arrêté, Delphine fut obligée de le cacher chez elle.

Maurice mande à Mme de Sabran :

« 22 octobre 1798 (!*'■ brumaire an VII)

« Une nouvelle bourrasque vient de me rejeter dans le temple de l'amitié : vous vous doutez bien que ce temple est la maison de votre Delphinette. Elle vient d'avoir la bonté de m'y recevoir, et, durant quelques jours, j'y respire le même air qu'elle; vous dire si cet air-là me sera aussi salutaire qu'il devrait l'être, c'est ce que je ne puis vous assurer. Cet air si doux, que votre fille respire, perd un peu de sa pureté dès qu'il vient toucher mes lèvres, et un maudit amant, qui veut toujours percer à travers l'ami, ne laisse pas d'en corrompre un peu les idées (i). »

Ce dangereux tête-à-tête, sur lequel Séguier comptait peut-être pour avancer ses affaires, n'eut pas le résultat qu'il espérait. Delphine était trop décidée à

(i) Papiers Prat.

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