‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 186 sur 310 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

moyens sont usés, et le vrai danger du gouvernement est dans les finances. Il est possible que la conquête d'Italie, comme celle de la Hollande l'a fait, remonte le crédit pour quelques moments : mais il y a une dilapidation si grande, des frais d'administration si énormes, qu'il est impossible que les impositions, quelque énormes qu'elles soient, puissent couvrir seulement les frais de perception. La bureaucratie est immense, et payée avec une magnificence dont on ne peut se faire une idée. Tout le monde prend des places dans les bureaux. Le frère de Mme de Polastron, qui a eu seize ans, est commis au bureau de la guerre, et a la valeur de six louis par mois, une voie de bois par décade, de la chandelle, etc. Il n'est cependant ni chef, ni sous-chef, mais simple commis : jugez du reste.

(( Le gouvernement voulant tout sacrifier pour faire taire les mécontents, ne peut se soutenir que par des conquêtes. La paix se ferait, que ferait-il de ses soldats? Les terres qu'on leur avait promises sont vendues. Ils ne peuvent trouver des ressources extraordinaires que par la guerre, ils ne peuvent exister qu'avec de nouvelles ressources, renouvelées sans cesse. Donc, ils ne feront pas la paix. Qu'on cesse donc des négociations inutiles, puisqu'elles ne peuvent aboutir à rien, et qu'elles font perdre du temps...

« Pardon, madame, de mon griffonnage; mais malgré mes ratures, je n'ai pas le temps de recommencer ma lettre : M. de Géréminus part, il me laisse à peine le temps de plier ma lettre, et de vous assurer du plaisir

que j'aurais à vous voir. Je vous prie donc d'agréer l'assurance des sentiments les plus tendres. Peut-être ne devinerez-vous pas qui vous écrit : mais il m'est difficile de signer. Je rappellerai au chevalier de B... les boues de Saint- Amand ; à vous, la terrasse des Feuillants. »

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