‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 191 sur 310 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

par qui : par des femmes tarées, la honte de leur sexe, de leur temps et de leur pays : de ces femmes hardies

Qui goûtant dans le crime une tranquille paix, Ont su se faire un front qui ne rougit jamais.

« C'est assez les désigner. Ah! mon ami, j'en appelle à ta raison et à l'élévation de ton âme : fais-lui sentir la profondeur du goufïre où elle allait s'engloutir; oii elle allait précipiter son malheureux enfant, ses parents, ses amis, tout ce qui peut l'intéresser au monde! Fais sentir à cette aveugle et malheureuse femme que même une honnête servante refuserait ce magnifique parti... Aveugle que j'étais moi-même! Je la félicitais et me réjouissais des succès qu'elle obtenait sans savoir à quoi elle les devait...

« Réveille Delphine au bord de ce précipice. Non, elle aura pitié de moi : elle ne me dira point un éternel adieu ! elle ne mettra pas entre nous une éternité anticipée!... Iphigénie ne dévouera pas Oreste aux furies, et le poignard qu'elle a levé sur mon cœur, tombera de sa main ! »

Enfin Elzéar s'adresse à sa mère et lui demande comment elle peut dans de pareilles conditions l'enga^ ger à rentrer en France :

« Peux-tu sérieusement me presser de rentrer dans cette incertitude et veux-tu m 'engloutir dans la fange? Moi surtout qui n'ai encore pris aucune couleur dans tout ceci, débuterais-je par me cochonner sous le joug

de Bonaparte et dans le fraternité de B... Tu ne peux raisonnablement me le proposer, tu n'ignores pas tout ce qu'il m'en coûtera de devoir rentrer dans ce gouffre, et par pitié pour moi et pour toi-même tu devrais nous épargner ce malheur... »

Bien qu'Elzéar ait parlé à sa mère avec une violence inaccoutumée, elle lui répond avec douceur et bon sens; elle cherche à lui montrer les choses sous leur véritable jour et à calmer des inquiétudes qui n'ont pas encore de raison d'être.

« A califourchon sur ce sot mariage, dont il n'a jamais été sérieusement question, tu rabâches, tu rabâches, tu es l'exacte copie d'un ennuyeux original.

« Tu ne peux pas me méconnaître au point de te persuader que je donne les mains à une union si peu faite pour ta sœur. Je te l'ai écrit cent fois. Delphine n'y tient en rien et je crois ce qu'elle me dit. De plus elle m'a assuré que je serais l'arbitre de son sort, et certes ce n'est pas moi qui pourrait chercher mon bienêtre dans le déshonneur de mes enfants.

« Je te montrerai les lettres de ta sœur, dans lesquelles elle me parle de la Barbe bleue. C'est ainsi qu'elle appelle l'homme en question. Tu verras par le portrait qu'elle m'en fait qu'elle n'y tient en rien, qu'elle n'y pense pas, et qu'elle sera charmée que je l'en débarrasse.

« Tu parais craindre qu'il y ait quelque danger pour moi dans mon refus. Sois bien tranquille. J'ai déjà tout mon plan de conduite tracé dans ma tête, et rien, rien

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