‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 197 sur 310 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Ouire son sang royal, sa jeunesse et sa beauté, Mme de Custine n'était pas une conquête à dédaigner^ sa conduite pendant la Terreur lui avait valu une grande réputation.

Donc Chateaubriand, tout en gardant bien entendu ses relations intimes avec Mme de Beaumont, ébauche avec Mme de Custine une idylle mystérieuse, qui débute sous les meilleurs auspices. Il se montre d'abord plein d'enthousiasme pour sa nouvelle conquête, et il paraît fort amoureux. Malheureusement, un événement, imprévu vient bouleverser le roman dès ses débuts. René, pour des raisons impérieuses, dont nous parlerons plus loin, doit accepter le poste de secrétaire d'ambassade à Rome, auprès du cardinal Fesch, et son départ ne peut ^tarder. Ce fâcheux incident redouble l'ardeur d'un amour menacé d'une séparation prochaine.

Quoi qu'il ait en horreur le style épistolaire et que ses plus longues effusions de cœur se bornent en général à quelques lignes, René écrit à cette époque à Delphine plusieurs billets émus qu'on peut citer, car ils sont rares :

Mme de Custine, rue Martel, première porte cochère à gauche, en entrant par le bas de la rue.

« Je ne vis plus que dans l'espérance de vous revoir ! De grâce, un mot ! un seul mot ! pour m'aider à passer

nature à le flatter. On peut en maintes circonstances observer cette tendance bien surprenante chez un homme d'aussi grande valeur.

la journée. J'ai erré hier le reste de raprès-midi dans toutes les rues de Paris, sans savoir où j'allais. Ah! promettez-moi le château d'Henri IV (i). Promettezmoi de venir à Rome. »

Delphine ayant commis l'imprudence d'aller voir son ami dans la modeste chambre qu'il occupe à l'hôtel d'Etampes, rue Saint-Honoré, René ravi lui écrit :

« Encore un jour sans vous voir ! Vous allez le passer bien tranquillement, vous allez peindre, caresser Trim, et oublier qu'il y a dans le monde des personnes qui vous aiment : ma cellule est bien triste! Un vilain soleil sous le nuage, une bise froide, une chambre dépouillée de ses meubles et qui annonce déjà l'absence; il y a quelque temps, tout cela m'aurait été indifférent, mais une sainte apparition qui ma visité dans ma dem,eure , m'a rendu l'éloignement insupportable (2). m

Une sainte apparition ! l'image était vraiment un peu risquée !

Les autres billets échangés à cette époque sont de si peu d'importance qu'ils ne valent pas la peine d'être cités.

Pour quelle raison Chateaubriand quittait-il Paris où il avait tant de raisons de se plaire, quand ce n'eût été que pour poursuivre son intimité avec Mme de Custine ?

(i) Mme de Custine était en ce moment en pourparlers pour acquérir le domaine de Fervaques en Normandie, où Henri IV avait habité.

(2) Ces lettres ont été publiées par M. Bardou.x ; elles lui avaient été communiquées par M. La Caille.

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