‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 198 sur 310 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Lui-même a donné de son départ plusieurs explications successives et différentes.

A l'époque même il écrivait à Fontanes dans une lettre datée de Rome :

« Voilà oii m'ont conduit des chagrins domestiques. La crainte de me réunir à ma femme m'a jeté une seconde fois hors de ma patrie. Les plus courtes sottises sont les meilleures. Je compte sur votre amitié pour me tirer de ce bourbier. »

Donc, s'il est parti, c'est pour fuir sa femme qui le poursuit.

D'autre part, dans les Mémoires d^ outre-tombe, il écrit ces lignes touchantes et qui pourraient faire croire à la générosité de son cœur :

« La fille de M. de Montmorin se mourait, le climat d'Italie lui serait, dit-on, favorable, moi, allant à Rome, elle se résoudrait à passer les Alpes ; je me sacrifiai à l'espoir de la sauver. »

Donc, s'il a quitté Paris, c'est dans le désir de prolonger les jours de Mme de Beaumont.

A quel moment a-t-il dit la vérité? Au lecteur de choisir.

Avant de s'éloigner de Paris, il suppliait Mme de Custine de venir le voir à Rome, et il lui écrivait : ({ L'idée de vous quitter me tue », mais cela ne l'empêchait nullement de partir allègrement pour la Ville Eternelle, où il arriva le 25 juin 1803. Bien entendu, Delphine fut au désespoir du départ de l'homme qu'elle aimait, et elle ressentait d'autant plus vivement la sépa-

ration qu'elle n'ignorait pas que Mme de Beaumont devait rejoindre René. Mme de Beaumont, en effet, toujours très malade, arriva à Rome dans les premiers jours d'octobre.

En juillet, Delphine, pour se consoler du départ de René, va faire une saison à Plombières.

A son retour au mois de septembre, elle se rend avec Astolphe à Saint-Léger, auprès de sa mère, et elle y passe le reste de l'été.

Depuis quelques mois elle était en pourparlers pour l'achat d'une terre en Normandie. La négociation avait été interrompue par son absence ; elle la reprit aussitôt son retour.

Comment Delphine, que nous avons toujours vue si besogneuse, pouvait-elle songer à acheter une propriété? C'est que grâce à la protection de Fouché elle était rentrée en possession d'une grande partie de ses biens confisqués, et que sa situation de fortune était redevenue presque brillante. Rien ne s'opposait à ce qu'elle consacrât à l'achat d'une propriété une somme importante.

Elle avait toujours aimé la campagne, les bois ; son goût pour la vie paisible et calme devenant chaque jour plus vif, il était naturel qu'elle cherchât un asile, où elle put passer avec Astolphe tous les étés et se créer une installation définitive.

Après avoir beaucoup cherché, son ami, M. de Chaumont-Quitry, lui signala, près de Lisieux, le château de Fervaques, dans une vallée délicieuse; elle le visita, il

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