CHAPITRE XXV
quant à Elzéar, il lui déplaît à première vue : « il a trop d'esprit pour moi », dit-il aigrement, et les relations en restèrent là.
Chateaubriand, ayant abandonné la diplomatie, s'était décidé, après mûres réflexions, et un peu sur les instances de Delphine, à rester à Paris ; il s'installa avec sa femme rue de Miromesnil, n" 11 19, dans un petit hôtel, au coin de la rue Verte, à côté des jardins immenses de Tivoli et de Monceau : c'était presque la campagne (i).
Jusqu'à ce moment Mme de Custine avait toujours habité près de sa mère, rue Martel. C'était bien loin de la rue Verte, et quelle gêne allait en résulter pour les deux amants! Comment se voir souvent quand on habite si loin! Il y avait un moyen bien simple de tout concilier ; c'était pour Delphine de se transporter près du nouveau domicile de René. La Providence, propice aux amoureux, voulut qu'il y eût à ce moment même un appartement vacant au coin de la rue Verte et de la rue de Miromesnil, en face même du petit hôtel des Chateaubriand. Sans souci du qu'en dira-t-on et des bavardages inévitables, Delphine vint audacieusement s'y installer avec Astolphe et Berstœcher. C'était, il faut l'avouer, afficher sa liaison de façon assez scandaleuse, et cependant la jeune femme n'hésita pas.
Au mois de mai, quelque chagrin qu'elle éprouve de
(i) A cette époque les maisons étaient numérotées par quartiers et non par rues. — La grande et la petite rue Verte sont actuelle- «erit la rue de Penthièvre et la rue Matignon.
quitter Paris, Mme de Custine doit cependant aller prendre possession de ce château de Fervaques qu'elle a acheté en Normandie; les réparations qu'elle a ordonnées, les arrangements qu'elle a fait faire doivent être terminés; il est grand temps qu'elle aille se rendre compte par elle-même de la façon dont ses ordres ont été exécutés, si elle veut pendant l'été recevoir sa famille et ses amis, comme elle en a l'intention.
Mais avant de se rendre elle-même dans ses terres, Delphine a songé qu'il lui serait indispensable d'avoir auprès d'elle une espèce d'intendant qui l'aiderait dans sa gestion, et qui surveillerait le domaine et le château pendant ses absences. Nous l'avons vu souvent dans la correspondance parler d'un certain abbé Gibelin, qu'elle connaissait de longue date, et que toute la famille aimait beaucoup. L'abbé Gibelin avait été ruiné par la Révolution, mais comme compensation il avait pris femme, et il eût été fort heureux dans son nouvel état, s'il n'avait été très besogneux. C'est sur lui que Delphine jeta les yeux pour devenir intendant de Fervaques. Gibelin, pressenti, accepta avec bonheur et reconnaissance, et il partit aussitôt avec Mme Gibelin pour préparer les logements.
La première impression de l'intendant en arrivant dans sa future résidence fut peu favorable, mais heureusement elle ne dura pas. Delphine écrit à sa mère :
(( Nous avons reçu enfin des nouvelles détaillées du petit Gibi; c'est à mourir de rire, nous te gardons cette