CHAPITRE XXV
qui, en dépit de notre arrivée, continuait toujours. Alors de dire : « Quel temps! Que je suis fâchée que vous soyez ainsi mouillés, mon Dieu, messieurs! » et des mines à l'avenant.
(( Le commandant de la troupe, monsieur fort bien tourné, montant à cheval comme un ange, a ordonné l'ordre de la marche, et me voilà escortée de tout cela. J'avais des peurs de verser, qui troublaient un peu mes discours, mais personne ne paraissait s'en apercevoir, car ils sont si accoutumés aux mauvais chemins qu'ils trouvaient celui-là très bien. Pendant la route je remarquai un monsieur, qui était près de la voiture et qui montait un cheval charmant ; je cherche quelque chose à lui dire, et ne trouvant rien de mieux, je m'avance et gracieusement je lui dis : « Monsieur, vous avez un bien joli cheval. » — « Madame, c^ est le vôtre. » — Me voilà confondue et d'une joie parfaite.
« Nous arrivons sur le territoire de Fervaques, et là une troupe joyeuse me donne un bouquet. Une croix sur la route était ornée de fleurs, enfin, hors la pluie, tout était fort agréable. J'oublie de te parler du pays : je n'ai rien vu de plus joli, de plus frais, de plus champêtre, c'est la Suisse en miniature !
« Enfin après bien des cahots, nous sommes arrivés à Fervaques; les rues étaient bordées d'habitants, tous joyeux et contents; les boîtes, les coups de fusil, rien n'y manquait. On me donne la main jusqu'à ma demeure, et là on me dit qu'on voulait seulement m'installer, mais non me gêner, qu'on viendrait me voir dans
un autre moment. Je dis que dès que mes effets seront arrivés, je m'empresserai de recevoir ces messieurs.
« Me voilà donc dans mon château. Je cours aux fenêtres voir le jardin qui est charmant, et qui le sera bien autrement, lorsque les arbres seront plus grands; ensuite les appartements; rien n'est fini! Ici ont commencé les lamentations; je pourrai habiter le mien dans trois semaines, mais que de choses à faire, que d'ennuis! Au reste il sera charmant; celui du Gibi aussi. A propos, le Gibi était aux fenêtres avec sa moitié, il se frottait les mains, se rengorgeait, était ravi. Il me paraît heureux et sa femme aussi ! Nous avons rabâché toute la journée; après le dîner, j'ai été me promener dans le jardin et le potager, qui m'ont ravie, rien de si joli. M. de Quitry n'était pas là pour en recevoir les compliments, il est absent et ne doit revenir que ces jours-ci.
« Pendant la promenade, les cloches de l'église ont carillonné et les boîtes ont fait fracas. Après la promenade le clergé, tout le bourg, les messieurs de la cavalcade, et puis les dames parées, avec des bouquets superbes, des couplets charmants; je te les envoie. Le maire m'a dit en entrant : « Madame, voilà votre hameau « qui vient vous exprimer combien il est heureux de vous « voir ici. » Les visages étaient obligeants, les intentions excellentes, seulement nous n'avions pas assez de sièges pour tout le monde, car il y avait au moins cinquante personnes, mais tout cela avait l'air d'être sans apprêt, et vraiment de bon cœur! Nous avons de-