‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 205 sur 310 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

main les fermiers et les ouvriers. Enfin à dix heures j'ai pu me coucher, je n'en pouvais plus.

« Voilà un récit fidèle de notre journée. Viens vite partager nos joies et nous donner tes bons conseils. La tour a trouvé grâce de nouveau, elle me paraît charmante; tu la verras, j'espère, et tu prononceras son arrêt. Adieu, ma mé, je te quitte car j'ai mille et mille choses à faire!

« Conte à Elzéar toute notre réception, il aura la tête tournée de ce pays; rien de plus joli; on dit que c'est la plus belle vallée de la Normandie. Mille tendresses à ton mari.

(( Le Gibi et sa femme se mettent à tes pieds mignons. »

Quelques jours après son arrivée, Mme de Custine a la joie de recevoir une lettre du Génie ^ courte il est vrai, mais aimable et gaie, où il la plaisante sur sa crainte perpétuelle d'être oubliée de ses amis. Il lui confirme ses projets : il ira sûrement la voir en juillet : « Ce sera comme dans un conte de fées : il voyagea bien loin, bien loin, et il arriva à Fervaques. Là logeait une fée, qui n'avait pas le sens commun. On la nommait la princesse sans espoir, parce qu'elle croyait toujours après deux jours de silence que ses amis étaient morts, ou partis pour la Chine, et qu'elle ne les reverrait jamais (i). »

Rassurée sur cette visite qu'elle attend avec une si

(i) Chateaubriand et Mme de Custine, par Chedieu de Robethon. Plon-Nourrit et C'*, 1893.

vive impatience, Delphine reprend sa correspondance avec sa mère. Ses lettres sont simples, naïves et d'une bonne grâce charmante; on sent à chaque ligne l'intimité exquise qui existe entre la mère et la fille, et l'affection profonde qui les unit. Nous n'avons malheureusement par les réponses de Mme de Bouffiers ; telle que nous la connaissons, elles devaient être adorables. Le 13 juin, Delphine écrit à sa mère pour solliciter sa visite; elle lui raconte leur paisible existence dont elle raffolerait. En même temps elle lui fait en termes émus le récit de la première communion d'Astolphe :

« Ce 13 juin.

« Je suis désolée, ma petite mé, de ce que tu ne songes pas plus sérieusement que tu ne fais à venir ici. Nous te désirons, te souhaitons de tout notre cœur! Tâche donc d'arranger cela le mieux qu'il te sera possible ; venez tous, ou bien viens avec mon frère; il vaut mieux un peu que pas du tout. Ce qui serait sûrement le comble à notre joie serait de vous réunir tous ici. Mais l'accord des volontés est souvent ce qu'il y a de plus difficile à trouver; tâche, prêche, arrange, mais viens nous voir. Promets-moi à un temps fixe; pourvu que je sois sûre que tu viennes dans mon séjour de cette année, je te laisserai tranquille sur l'époque, ce sera ce qui te sera le plus commode. J'aimerais mieux pour toi que ce fût à présent, car le pays est beau à faire plaisir.

Page 1