CHAPITRE XXV
« Tu m'inquiètes en me parlant de ta santé; tu dis n'en être pas contente. Essaye donc de prendre des grains de vie du docteur Franck, cela ne te fera aucun mal. 11 faut tâcher de te purger et puis venir ici t'engraisser du bon lait de nos vaches.
« J'ai enfin monté mon cheval après des peurs inconcevables; je finis par le trouver très joli, mais il est vif et moi je tremble comme une feuille. J'espère que je m'y accoutumerai.
« Nous avons eu un grand événement depuis que je ne t'ai écrit, c'est la première communion d'Astolphe. Il a été vraiment angélique ! Le curé ne revient pas de sa pureté, de sa candeur et de son maintien pieux. Ils étaient soixante-douze enfants; rien de si joli et de si touchant que cette cérémonie. C'est dimanche dernier que cela a eu lieu ! Tu aurais été ravie de la simplicité de tout cela. Tu aurais pleuré, j'en suis sûre. Nous avons bien pensé à toi. Le petit Gibi, qui est le maître en titre de nos cérémonies, n'a pas peu contribué à la solennité de celle-ci.
« Je viens de lire dans le journal qu'Armand de Polignac avait sa grâce. J'en suis d'une joie extrême et bénis la main qui l'a donnée. Je pense qu'il prendra goût à ce plaisir, car cela doit en être un bien grand !
« Adieu, ma mé, écris-moi donc et dis-moi un peu ce que tu deviens et deviendras. Je t'embrasse, mon frère aussi, le Gibi aussi, Blondet aussi, Vami qui entend cela dit : moi aussi, moi aussi. Trim aboyé, les petits chiens du Gibi aussi, mes oiseaux chantent à tue-tête, enfin
c'est un train si grand que les oreilles doivent t'en corner. Mille tendresses à mon frère et à ton mari. »
Si Delphine écrit beaucoup à sa mère, elle écrit encore plus à Chateaubriand ; naturellement, elle prend plaisir à lui raconter tous les menus incidents de son existence ; la première communion d'Astolphe a été le grand événement de la semaine, elle lui en fait gaiement et gentiment le récit.
Mais le Génie, toujours pédant et grondeur, toujours en quête de sermons, ne l'entend pas ainsi : il monte sur son trépied, et il répond aux aimables effusions de son amie par une verte leçon :
« i8 juin 1804.
« Savez-vous que je ne me soucie guère de votre communion? Je trouve que vous l'avez fait faire trop précipitamment à votre fils. Je parierais qu'il ne sait pas un mot des principes de la religion. Les petites filles en blanc étaient crasseuses, le curé est une bête, tout cela est clair ; tout cela n'est bon que lorsque les enfants ont été longuement et sagement instruits, que quand on leur fait faire leur première communion, non par devoir d'usage, mais par religion. Vous faites communier votre fils, qui n'observe pas seulement la simple loi du vendredi, et qui ne va peut-être pas à la messe le dimanche.
« Voilà ce que vous avez gagné à raconter cela à un père de l'église, très indigne sans doute, mais toujours