‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 207 sur 310 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

de bonne foi, faisant d'énormes fautes, mais sachant qu'il fait mal et se repentant éternellement.

« Attendez-moi à Fervaques vers la fin de juillet (i). » Malgré l'aimable insistance de sa fille, Mme de Boufflers n'annonce pas son arrivée; bien plus, elle ne parle même plus de venir. Cette fois Delphine se fâche. Il faut absolument que sa mère la voie dans son nouveau domaine :

<i Lisieux, le 20 juin.

« Mais comment donc, petite mé, n'avons-nous plus de tes nouvelles? Bien loin de venir, tu ne réponds seulement pas à mes lettres. Je me désole; voilà le mois presque fini et tu ne viens pas! C'est triste à mourir. Il n'y a pas de jour que nous ne te désirions; il faut absolument que tu nous voies ici, il faut que tu viennes cette année tôt ou tard! Mais écris-moi exactement; rien de si triste que de ne pas savoir ce que tu deviens. Je suis depuis hier établie dans mon appartement; il n'y a rien de plus joli. Je voudrais tant t'y voir, et t'entendre faire tous tes hélas!

« Mon fils et Vami ne sont pas encore dans leurs nouvelles chambres. Nous aurons les ouvriers dans l'intérieur au moins six semaines, mais ce sera bien joli. Si on avait beaucoup d'argent, on finirait ce château, et cette habitation serait délicieuse; sans cela même j'espère qu'il ne te déplaira pas trop. Enfin, je suis

(i) Chateaubriand et Mme de Custine, par M. Chedieu DB

ROBETHON. Pion, 1893.

comme certains oiseaux, je commence à m'accoutumer à ma cage.

« Nous menons une vie pourtant des plus monotones. Mais le temps semble ici avoir doublé sa marche; les jours passent avec une rapidité effrayante; ils s'écoulent doucement comme la petite rivière qui passe sous mes fenêtres. Ne laisse pas passer les plus beaux jours sans venir. Que deviens ton mari, mon frère? N'importe où ils sont, ils ne seront jamais aussi bien qu'ils seraient ici ! »

Devant les objurgations de sa fille, Mme de Boufflers se décide à répondre : elle ne peut venir immédiatement, elle a mille soins, mille affaires qui la retiennent, mais elle promet sa visite pour la fin de juillet.

Delphine est désolée de ce nouveau retard, mais elle espère que sa mère restera plus longtemps, ce qui sera une compensation. Elle profite de sa lettre pour lui donner d'amusants détails sur son installation, sur son personnel, sur un fameux jardinier que sa mère lui a choisi, et qui paraît être un grand fripon, mais si habile, si précieux néanmoins, qu'on n'oserait s'en séparer !

H 22 juin 1804.

M Tu me désoles en me mandant que tu ne viendras pas ce mois-ci, et que ce ne sera qu'à la hn de juillet, je crois qu'à force de reculer, tu m 'arriveras en bouquet le jour de ma fête; ce serait sûrement le plus beau qu'on puisse me donner.

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